Simon Casas : « On stagne »… au fond du trou

Le 10 juillet 2013, Simon Casas, grand organisateur des corridas nîmoises, a suscité une réunion avec la CCI de Nîmes, l’Office du Tourisme, le Club hôtelier nîmois, la Chambre d’agriculture et la Chambre des métiers de la ville. Selon Henri Douais, président de la CCI, il leur a déclaré gravement : « On stagne. Qu’est-ce qu’on peut faire ?« 

La clairvoyance, que dis-je, la profondeur existentielle de cette interrogation quasi métaphysique est admirable. Oui, déjà en juillet dernier, avant Rion-des-Landes, avant Mont-de-Marsan, avant Dax, avant Bayonne, avant Rodilhan-le-retour, sans oublier – affront suprême – l’annulation paniquée en fin d’année de trois corridas sous la seule pression d’un événement Facebook, Simon Casas le sentait bien que tout partait à vau-l’eau dans le royaume crépusculaire des aficionados en pleine déconfiture. Car pour le flamboyant Bernard Dombs (son vrai nom) dont le sens de la modération est bien connu, dire « on stagne », cela signifie « on touche le fond ».

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Quand les politiques ont un gros problème, ils créent une commission. Quand Casas broie du noir, il commande un sondage. Le but – fort intéressant – de celui-ci consistait à analyser la fréquentation de la féria des vendanges de Nîmes (du 12 au 15 septembre 2013) et plus particulièrement des corridas qui se tenaient à cette occasion. Les résultats ont été présentés par la Gazette de Nîmes début décembre, de façon plutôt vague. Aucun autre média n’en a parlé à ma connaissance et ce n’est pas surprenant : ils sont extrêmement déprimants pour les pro-corrida. Fort heureusement, ils ont été mis en ligne par la CCI, ce qui va nous permettre de leur donner toute la lumière qu’ils méritent.

Tout d’abord, quelles sont les sources sur lesquelles se base cette étude ?

– Le public participant à la féria : 765 personnes interrogées
– Les commerçants du centre-ville : 214
– Les hôteliers : 19
– L’analyse de la billetterie des arènes fournie par Casas
– Les statistiques des navettes parking – centre ville

Un échantillon biaisé à tous les niveaux

Visiblement, l’équipe qui a réalisé l’enquête (et qui fait partie de la CCI) a un peu de mal avec l’analyse de données de façon générale. C’est ainsi qu’elle affirme sans broncher que son échantillon est représentatif alors qu’il est formé de 60% d’hommes contre 40% de femmes et que la moitié des personnes interrogées ont entre 18 et 40 ans. Représentatif de quoi, alors ? Certainement pas de la France, où le ratio hommes/femmes est de l’ordre de 48/52 et celui de la tranche 18-40 ans est d’environ un tiers des adultes.

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Comme cela est souligné avec honnêteté un peu plus loin sur un autre graphique  : « Le plan de sondage a été fait de façon à interroger un maximum de personnes participant aux corridas. La répartition de la population réelle n’est pas nécessairement la même. » Ça, c’est sûr qu’en interrogeant principalement les personnes qui sortent des arènes, on va trouver un fort pourcentage de pro-corrida… D’ailleurs, la même équipe titre le graphique présenté : « Un échantillon robuste pour le public des arènes« . Autrement dit, si ce graphique est robuste, c’est grâce à la façon dont ses données ont été biaisées. Une étrange façon de présenter les choses.

Mais là où on touche le point qui fait mal, c’est lorsque que Casas révèle ses chiffres officiels de ventes de billets. Les voici :

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Vous avez bien lu : moins de 40 000 places vendues. En septembre dernier, j’avais évalué le total à 50 000 d’après les indications publiées par le Midi Libre. D’autres analyses relatives aux fréquentations données par Casas qui figurent dans la même enquête précisent qu’elles ne concernent que la billetterie vendue à l’avance, qui ne représente que 82% du total (le reste étant vendu sur place). Mais pour les chiffres des entrées, cette précision ne figure pas et il semble donc bien qu’il s’agit là de 100% des places vendues.

Alors, 40 000 ? 50 000 ? Peu importe, dans les deux cas, c’est un gadin historique. Grâce à ces chiffres qui confirment nos nombreux articles précédents sur la chute des fréquentations des corridas, on peut s’offrir en bonus le petit plaisir de prendre une fois de plus Simon Casas en flagrant délit de grand n’importe quoi. Voici ce qu’il racontait au Midi Libre le 18 septembre dernier, juste après la féria.

« Question : Avec la crise, y a-t-il eu moins de monde que les années passées ?

Réponse : Non, on a un taux de remplissage à Nîmes qu’on ne voit quasiment nullement part ailleurs. Il y a eu beaucoup de monde. On a fait autant d’entrées qu’il y a deux ans, donc c’est une belle satisfaction.« 

En 2011, le total d’entrées était de 80 700 spectateurs. Et en 2012, 68 900. Une belle satisfaction, en effet.

Qui sont ces spectateurs ? Des Français à 95%, dont plus de la moitié vivent dans le Gard, et seulement 5% d’étrangers. Affirmer que la féria contribue au rayonnement national, voire international, de Nîmes est de la pure propagande locale, c’est factuellement faux. Il serait bien plus exact de dire que la féria est une grande fête régionale, rien de plus.

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Qu’en pensent les commerçants ? En dehors des restaurants, tous les autres (cafés, commerces alimentaires, commerces non alimentaires) se déclarent majoritairement insatisfaits par la tenue des férias à Nîmes, car trop regroupée autour des arènes et pas assez dans le reste du centre-ville. Pour tous ces gens-là, les corridas sont plus une source de problèmes qu’une contribution bénéfique à leur chiffre d’affaires.

Reste la question de fond à laquelle cette enquête ne répond pas, du fait de son échantillonnage délibérément biaisé comme rappelé plus haut : est-ce que les gens qui viennent à la féria le font en majorité pour voir des corridas ? Pour y répondre, il suffit de savoir combien de personnes viennent à la féria des vendanges. Difficile à dire avec précision : certains avancent le chiffre d’un million de fêtards, d’autres tablent sur 800 000, d’autres encore descendent jusqu’à 500 000.

Dans tous les cas, cela confirme qu’un pourcentage ultra-minoritaire d’entre eux se rend aux arènes pour voir une ou plusieurs corridas. Prétendre, comme le font Casas et consorts, que c’est la corrida qui attire du monde pendant les férias n’est rien d’autre qu’un mensonge. Un de plus.

Photo de Simon Casas en plein débat philosophique : Michaël Esdourrubailh

13 Replies to “Simon Casas : « On stagne »… au fond du trou”

  1. David Joly

    Les aficionados ont le moral en berne, ils voient leur Titanic s’enfoncer de plus en plus vite dans les eaux usées de la poubelle de l’histoire française.

    Et pour se remonter le moral, ils ne peuvent que se dire qu’ils sont défendus par Casas et Viard : la pendaison n’est pas loin…

  2. KRAUS

    Je reviens d’Argentine où la corrida est interdite depuis 1920 et où les plazas de toros sont transformées en parcs de loisirs. La population est en partie d’origine espagnole et la langue espagnole. Quand je leur ai dit qu’en France, on faisait encore de la corrida, ils étaient outrés, alors qu’ils ont une idée de la France un peu trop idyllique.

  3. Anna Galore Post author

    @David : bien vu ! Ils sont mal, en effet, entre le maniaco-dépressif qui ne sait plus quelle outrance inventer pour qu’on s’intéresse à lui et le fraudeur fiscal multirécidiviste qui se prend les pieds dans ses mensonges.

    @Géraldine : des chiffres qui font d’autant plus mal que ce sont ceux fournis par Casas en personne. Aucun afioc ne pourra donc les contester.

    @Kraus : merci pour ce témoignage édifiant.

  4. carole davis

    Bravo! Ce sont des bonnes nouvelles pour 2014. Avec la montée de pression de la protection animale, cette année sera leur défaite. Bye bye bullfighting.
    Et à bientôt sur le terrain.
    Et pour vous, violents, qui lisez cet article, nous arrivons en masse. Nous ne sommes pas des « terroristes, » nous sommes tout simplement des personnes contre la violence, contre votre barbarie. C’est fini pour vous. Fini.

  5. Gualyvo -

    Bien qu’il refuse de l’avouer la faillite de la corrida est bel et bien en route

    Que 2014 soit l’année de l’abolition de la torturomachie

    2014 La délivrance des taureaux des arènes.

  6. soleil vert

    Ces chiffres édifiants sont à rappeler au nouveau préfet du Gard. Quant à l’arène de Nîmes, on ira voir ça de plus près cette année.
    Ils sont en phase terminale, nous serons les soins palliatifs.

  7. anti

    Article toujours aussi percutant Anna ! Mille mercis ! La lutte a besoin de personnes comme toi. Engagée, intelligente, solide comme un roc, motivée par la seule et unique chose qui devrait compter : l’obtention de l’abolition !

  8. MARESCOT

    Article édifiant, efficace et percutant, comme à l’accoutumée ! Lorsqu’à l’instar de CASAS, VIARD et autres immondes FAISEURS DE BARBARIE, on construit sa carrière sur le mensonge et la souffrance des innocents, on mérite une mort (virtuelle) lente, faite d’agonie ! Adieu donc les bonimenteurs et autres profiteurs de la mafia tauromachique !

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