Dérèglement climatique, l’omerta sur la viande

La principale source de gaz à effet de serre (GES) émis pour les besoins des êtres humains n’est pas l’industrie, ni les transports, ni l’énergie, ni la déforestation, mais l’élevage d’animaux destinés à la consommation humaine. Cette activité pèse, selon un rapport de la FAO publié en 2006, pour 18% dans le total des GES émis (14,5% selon des calculs plus récents), alors que l’industrie contribue à hauteur de 16%, les transports 14%, l’énergie 13% et la déforestation 10%. Une part significative de la déforestation étant due à l’élevage, cela fait bien de la production de viande la cause numéro 1 de GES causés par l’homme.

Dans les lignes qui suivent, nous avons laissé volontairement de côté les aspects éthiques relatifs à l’exploitation d’animaux, pour ne parler que de son impact sur le dérèglement climatique.

Les causes de gaz à effet de serre en % équivalent carbone (source FAO)

Les causes de gaz à effet de serre en % équivalent carbone (source FAO)

Il existe plusieurs types de GES, les principaux étant le dioxyde de carbone, le méthane et le protoxyde d’azote. Ne sont pas pris en compte dans cet article les GES d’origine naturelle, indispensables à la vie sur Terre (la vapeur d’eau en particulier, les nuages représentant 72% de l’effet de serre total), mais uniquement l’excès de GES liés à l’homme. C’est cet excès dit anthropique qui est la cause principale du dérèglement climatique global.

Un point important est que chaque type de GES a un potentiel d’effet de serre différent à quantité égale – le méthane est 25 à 30 fois plus nocif que le dioxyde de carbone, le protoxyde d’azote est 300 fois plus nocif. Il se trouve que justement, la première des causes de GES émis par l’élevage est le méthane libéré par les flatulences et les déjections des animaux, suivie par le protoxyde d’azote présent dans les produits d’épandage. Certains GES se dispersent en quelques jours (la vapeur d’eau par exemple) alors que d’autres restent beaucoup plus longtemps dans l’atmosphère (un siècle pour le dioxyde de carbone et le protoxyde d’azote, une dizaine d’années pour le méthane).

Réduire les GES en ne s’intéressant qu’au CO2 est la moins efficace des stratégies puisqu’il subsiste une centaine d’années après avoir été émis. Autrement dit, si on arrêtait toute émission de CO2 aujourd’hui, l’impact complet n’en serait visible que vers l’an 2115. En revanche, réduire les GES en limitant les émissions de méthane, c’est-à-dire en diminuant significativement l’élevage intensif, aurait un effet visible à très court terme.

Un tiers des surfaces cultivables de la planète sert à produire de l’alimentation uniquement destinée au bétail, au détriment des cultures destinées à l’alimentation humaine. Ces surfaces ont été créées dans les pays du Sud par déforestation massive, alors que le bétail qui va s’en nourrir est principalement destiné à la consommation humaine des pays du Nord. Si toute l’humanité passait à une nourriture exclusivement végétalienne, les surfaces cultivables actuelles suffiraient à nourrir à satiété des dizaines de milliards d’êtres humains.

La production d’un kilo de viande de ruminant nécessite environ 15 000 litres d’eau. Ce nombre est obtenu en prenant en compte la quantité d’eau utilisée pour cultiver la nourriture du bétail et ensuite l’eau qu’il consomme au cours des quelques années de vie qui s’écoulent entre sa naissance à sa mise à mort. Autrement dit, à chaque fois que vous mangez un steak de 100 g, vous coûtez autant d’eau à la planète que si vous preniez 500 douches ou que vous tiriez 150 fois la chasse de vos toilettes.

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Dans son cinquième rapport paru en 2014, le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) précise que si on limitait la consommation moyenne de viande de ruminants à 10 g par jour et la consommation d’autres chairs animales et d’œufs à 80 g par jour, cela réduirait de 36% les GES d’origine agricole et de 8% les émissions totales. Cette simple mesure aurait autant d’effet que de réduire le trafic routier mondial de moitié.

On le voit, la production (et donc la consommation) de produits animaux est un non sens écologique catastrophique. Pourtant, non seulement les lobbies d’éleveurs mais, de façon surprenante, les plus grandes organisations écologistes telles que Greenpeace ne mentionnent même pas le sujet sur leurs sites officiels, ces dernières pour des raisons scandaleuses, brillamment révélées dans le film Cowspiracy (en accès gratuit avec sous-titres en français). Une conséquence de ce silence coupable est que la question de l’impact de l’élevage sur le climat n’est même pas au programme de la COP21, la conférence internationale sur le climat qui va se tenir à Paris dans quelques semaines. L’association française L214 est l’une des rares à tenter d’alerter les décideurs et le grand public sur le sujet.

Cette omerta est criminelle, puisqu’elle occulte, on le répète, la toute première cause de dérèglement climatique, sur laquelle chaque individu peut agir très facilement, avec un impact à court terme, pour sauver l’existence même de notre espèce en limitant ou en arrêtant toute consommation de viande et d’autres produits animaux.

Carl Lewis, 9 médailles d'or olympiques, 8 fois champion du monde, végétalien

Carl Lewis, 9 médailles d’or olympiques, 8 fois champion du monde, végétalien

Sources et compléments d’information :

2 Replies to “Dérèglement climatique, l’omerta sur la viande”

  1. Anna Galore Post author

    Mon commentaire d’il y a deux jours a disparu lors de la rstauration de l’ancien blog, je le remets :

    J’ai le plaisir d’ajouter que cet article a été publié par le Huffington Post :
    http://www.huffingtonpost.fr/roger-lahana/ges-animaux_b_8127450.html

    Sa sortie a été diffusée sur Twitter par le compte officiel du HuffPost à ses 605000 abonnés.

    Il s’agit de mon 14e article sur ce média prestigieux, sous mon vrai nom ou sous mon pseudo. Vous pouvez tous les retrouvez en suivant ces liens :
    http://www.huffingtonpost.fr/roger-lahana/
    http://www.huffingtonpost.fr/anna-galore/

    Un très grand merci à l’équipe éditoriale du Huff qui me fait confiance depuis des années sur des sujets qui me sont chers.

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