Les requins sauvés par le Conseil d’Etat ?

Enfin une décision sensée ! Le Conseil d’Etat vient de désavouer le préfet de La Réunion qui envisageait de « prélever » (donc de tuer) 90 requins dans la réserve marine et la bande de 300 mètres autour de La Réunion pour des raisons prétendument scientifiques et de sécurité. Ce massacre imbécile et inutile avait été décidé par le préfet sur l’injonction du tribunal administratif de Saint-Denis, dont la décision vient d’être cassée.

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Dix associations de protection animale, dont Sea Shepherd et la Fondation Brigitte Bardot, se sont dressées contre un tel projet, en réalité motivé uniquement par des arrière-pensées commerciales. Quelques extraits de leur manifeste :

« Pêcher le requin aux frais de l’Etat (et donc à nos frais) est si lucratif pour les heureux élus que les pêcheurs locaux en sont déjà à se disputer le bout de gras dans la presse réunionnaise. 
En effet, la pêche des 90 requins récemment condamnés par le préfet représente une aubaine si juteuse que d’aucuns envisagent déjà l’abandon de toute autre activité: « Ça rapporte plus que de chasser l’espadon ou le thon », entend-on déjà ! A 900 euros le requin – destiné à l’équarrissage (!) – plus 700 euros la sortie de pêche, soit 1600 euros net, auxquels s’ajoute les « prises accessoires », on le conçoit aisément. Combien de français ne gagnent pas une telle somme en un mois de labeur !

Alors c’est la curée, et chacun veut sa part du gâteau… La chasse aux sorcières est ouverte : 45 requins bouledogue et 45 requins tigre – espèces dont le statut IUCN est “quasi menacé”- sont ainsi promis à une mort certaine. Une décision unilatérale aux relents moyenâgeux, prise par un préfet qui avoue lui même ne pas savoir où il va, sans aucune consultation publique, sans aucune validation scientifique et avec des deniers qui ne lui appartiennent pas. Tout le monde sait bien que la mort de ces 90 individus ne réglera pas le problème. La chasse aux requins relève donc de l’offrande sacrificielle sur l’autel du clientélisme ».

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Le Conseil d’Etat estime que « les mesures prises jusqu’à présent ont été insuffisantes pour empêcher la multiplication récente de ces attaques » et demande au préfet « de mettre en place une signalisation adaptée des interdictions ou des limitations de baignade et d’activités nautiques et d’assurer une information suffisante de la population ».

« Seules les mesures d’interdiction de baignade et d’activités nautiques, dans des zones où un dispositif efficace de surveillance et d’alerte n’a pas été mis en place, sont susceptibles de supprimer le risque d’attaques« .

Le 19 juillet, le juge des référés de Saint-Denis avait aussi enjoint le préfet à procéder à des prélèvements « conséquents et plus massifs », y compris dans la réserve marine. Cette injonction vient d’être cassée par le Conseil d’Etat qui dénie au juge de référés un tel pouvoir de décision : « Les mesures de prélèvements de requins ou d’installation de dispositifs limitant leur incursion dans certaines zones […] ne peuvent être prescrites par le juge des référés« .

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Pour rappel, à une époque, l’île de Hawaï avait procédé à un massacre de requins dans un contexte analogue. Cela n’avait eu strictement aucun effet sur la fréquence des attaques subies par des nageurs ou surfeurs, victimes de leur seule imprudence irresponsable.

Est-ce que les requins sont sauvés pour autant ? Il est un peu tôt pour le dire. Disons qu’ils bénéficient d’un sursis inespéré, car rien n’empêche le préfet de prendre dans les jours qui viennent un nouvel arrêté plus solide juridiquement. Ceux qui ne voient, dans cette lamentable histoire, qu’une occasion de s’enrichir sur le dos des requins ne vont certainement pas laisser tomber aussi facilement.

En attendant d’y voir plus clair, il faut continuer à signer la pétition qui demande de renoncer à ce massacre insensé.

Sources : ordonnance 37902 du Conseil d’Etat, manifeste pour les requins de La Réunion, article dans le journal réunionnais Clicanoo.
Crédits photos : 1 – Thomas Vignaud, 2 – Amanda Cotton, 3 – Paolo Santos. D’autres photos extraordinaires de requins sur le site du Smithsonian Institute

One Reply to “Les requins sauvés par le Conseil d’Etat ?”

  1. bernard

    Bonjour,
    A noter que cette année c’est la deuxième décision préfectorale contestée victorieusement par les associations de PA, la première était celle du préfet du Rhône décidant (sous un faux prétexte semble t’il) l’euthanasie des éléphantes du parc de la Tête d’Or.

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