Qui a peur de MoveOn.org ?

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Une note qui répondra en partie aux commentaires échangés par ramses et Anna ce matin :

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Très belle chanson, très vraie, GW a été en décalage total avec les réalités.
Je regrette seulement de n’avoir pas entendu cette chanson, ou d’autres sur ce thème, pendant ces 8 longues années de Présidence…
Tout juste, de temps en temps, quelques porteurs de pancartes devant la Maison Blanche.
ramses
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Cette chanson a été diffusée sur les radios et les télés dès le mois d’avril 2006.

Il y en a eu pas mal d’autres du même genre, surtout chez les rappeurs, et ce dès le début de l’invasion de l’Irak en 2003, quand il est devenu évident pour un nombre croissant d’Américains qu’il n’y avait aucune arme de destruction massive là-bas et que donc, Bush et ses proches avaient menti. Anna
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Des personnes dans l’action, il y en a. On en a vent ou pas, ou peu c’est selon. Alors on en parle !

Ce soir, à voir « MoveOn ou le combat de David contre Bush » sur Canal+ à 22 h 25.

À l’heure où Barack Obama s’apprête à prêter serment sur la Bible d’Abraham Lincoln, Canal+ propose le portrait d’activistes pas comme les autres. Qui a peur de MoveOn.org ?, une version moderne de David contre Goliath au pays de la politique US, un film signé Alexandre Jordanov et Scott Stevenson ( Alexandre Jordanov qui avait été enlevé en avril 2004 au sud de Bagdad avec son cameraman, Yvan Cerieix, relâché après quelques heures, alors qu’ils réalisaient un documentaire pour l’émission de télévision le Vrai Journal de Karl Zéro. – Source rsf).

Composé de 17 membres permanents, le mouvement MoveOn s’est construit au fil des années de la présidence de George W.Bush, durant ces sept dernières années. Avec ses activistes acharnés, autant redoutés par les Démocrates et les Républicains, l’organisation est devenue une vraie machine politique, dénombrant désormais près de 5 millions de membres à travers le monde.

Leur but est simple : ils veulent rompre avec l’ère Bush. Qui a peur de MoveOn.org ? revient sur la montée en puissance du mouvement, des débuts aux portes de la Maison Blanche… Alexandre Raveleau

Je vous copie ici le superbe article des RDV de l’Agora consacré à Qui a peur de MoveOn ?

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MoveOn.org, le 5ème pouvoir américain ?

Qui a peur de MoveOn ? Telle est la question que posent Alexandre Jordanov et Scott Stevenson dans leur documentaire diffusé ce soir sur Canal+. Un documentaire factuel, sans aucun commentaire, donnant largement la parole aux membres de l’organisation (et à leurs adversaires).

Organisation citoyenne et participative née en 1998, MoveOn c’est une nouvelle manière de faire de la politique qui n’aurait jamais pu exister sans l’internet. Les partis républicain et démocrate craignent ce mouvement démocratique, extrêmement réactif que son fonctionnement en réseau intrigue.

Le staff de MoveOn ne comprend en tout et pour tout que 17 personnes dont les deux fondateurs, Joan Blades and Wes Boyd, un couple d’entrepreneurs de la Silicon Valley.

La pertinence de chaque action – pétition, clip, pub, etc. – est décidée par vote électronique par plus de cinq millions de membres, tous bénévoles de l’organisation, qui ont par ailleurs largement contribué à la victoire de Barack Obama en incitant les jeunes et les minorités à se rendre aux urnes.

MoveOn.org est le premier cybermouvement politique de l’histoire. Un modèle exportable qui finira bien par arriver chez nous…

Sans l’affaire Lewinski, l’organisation MoveOn.org existerait-elle ? Sans George W. Bush aurait-elle pu se développer, rassembler plus de cinq millions de membres partout aux Etats-Unis, lever des centaines de millions de dollars pour dénoncer la politique répressive qui a suivi le 11 septembre, le patriot act, la guerre d’Irak, pour aider les victimes de Katrina, pour critiquer la politique de santé de Bush à travers des campagnes de pub et des clips et, finalement, contribuer à élire Barack Obama, 44ème président des Etats-Unis ?

MoveOn n’a que dix ans d’existence. Il est né d’une exaspération, en 1998, quand, au moment de l’affaire Lewinski, le congrès s’apprête à voter une mesure d’impeachment contre Bill Clinton. C’est alors que Joan Blades and Wes Boyd, un couple de créateurs de logiciels de la Silicon Valley, décident de faire circuler une pétition sur Internet : « Censuring Clinton and Move On to Pression Issues Facing the Nation » : « blâmer Clinton et passer à des sujets vitaux pour la Nation ».

On pourrait raisonnablement penser que l’élection d’Obama sonne le glas de MoveOn.org. Maintenant que le job est fait, les millions de bénévoles ne vont-ils pas rentrer chez eux ? Mais non. Selon Alexandre Jordanov, co-réalisateur de Qui a peur de MoveOn ? « l’organisation va continuer à faire la police après l’arrivée d’Obama ».

Ce dernier sait qu’au moindre faux-pas, ils ne le rateront pas. Pour le réalisateur qui s’est immergé parmi les membres de ce mouvement, notamment lors des élections de 2006, « ce seront toujours des dissidents ».

Qu’est-ce que MoveOn.org ? Un parti politique, un lobby ou simplement la première organisation citoyenne et participative des temps modernes ? « Ce n’est pas un lobby, mais une force politique. C’est un contre pouvoir », estime Alexandre Jordanov qui connaît bien le sujet pour l’avoir souvent traité dans le Vrai journal, sur Canal+.

Cette fois, il ne s’agit pas d’un simple reportage, mais d’un voyage au long cours, d’autant plus exceptionnel que le staff de MoveOn ne se laisse pas approcher facilement : « C’est une force de l’ombre. Ils n’ont pas de siège avec entrée en marbre… Ils se rassemblent par visio-conférence. On ne voit jamais les fondateurs… ».

D’autres cinéastes, et pas des moindres, tel Oliver Stone, attendent toujours de pouvoir réaliser un documentaire sur ce mouvement redouté, plus puissant, selon un intervenant du documentaire, que les syndicats ou le lobby des armes. Michael Moore même le craint.

Les principaux médias américains accusent MoveOn d’avoir pris le Parti Démocrate en otage : « vous êtes aux ordres de MoveOn, lui disent-ils, vous êtes à sa merci ». Alexandre Jordanov rappelle dans son film comment Joseph Liebermann, influent sénateur démocrate, s’est fait ruiner politiquement par MoveOn : « Ils l’ont viré comme ça, en claquant des doigts ! Car il a voté des budgets pour la guerre d’Irak ».

Mais la cible privilégié de MoveOn restent les Républicains qui ne peuvent prononcer ce nom sans s’étrangler, certains d’entre eux allant jusqu’à la qualifier d’organisation nazie et comparant ses méthodes à celles de Joseph Goebbels, ou les accusant d’être communistes.

Les Républicains ont bien essayé de contrecarrer le mouvement, mais ni Tom Delay, surnommé The Hammer (le marteau), un ponte du Parti Républicain, ni le site StopMoveOn n’y sont vraiment parvenus. Les Républicains, comme les Démocrates d’ailleurs, ont essayé de copier le modèle MoveOn, sans y parvenir.

Tout est sans doute une question de dynamique interne, de structure. « Chez MoveOn les décisions vont du bas vers le haut. Les Républicains, s’amuse Alexandre Jordanov, ne comprennent pas ce fonctionnement. Chez eux tout part du haut pour descendre en bas… ».

La moindre campagne de pub, le moindre clip doit être, ou non, accepté par les membres à qui sont soumis les projets. Si un projet de clip n’est pas approuvé, on s’en apercevra vite car il ne recevra que peu de dons. S’il est apprécié, en revanche, des millions de dollars permettront de le réaliser et surtout d’acheter des espaces publicitaires pour le diffuser.

Le premier coup d’éclat de MoveOn s’est produit en 2004, lorsque CBS a refusé de diffuser un de ces clips militants concernant le déficit sous prétexte que le public aurait été choqué par ce thème. Réponse d’un membre de MoveOn : « c’est vrai que le déficit est choquant ».

Mais l’interdiction de ce spot sur une chaîne nationale est la meilleure chose qui pouvait arriver à MoveOn. « Ce fut un coup de pub énorme, prétend l’un des intervenants dans le documentaire. Ce fut la campagne la plus vue et la moins chère de toute l’histoire de la pub ».

D’autres campagnes suivront comme cette publicité très polémique à propos du Général Petraeus qui fera vivement réagir la Maison blanche. Son slogan était : « General Petraeus or General Betray us ? » (Le général Petraeus est-il un traître ? »). Il y aura aussi une campagne de clips contre Georges W. Bush, tête de turc de MoveOn.org.

D’innombrables clips (dont on peut en voir certains dans ce papier) baptisés « Bush en trente secondes » seront tournés à travers le pays et donneront lieu à un vaste challenge organisé par « le chanteur Moby, le comédien Al Franken et le fils du milliardaire George Soros, lequel a d’ailleurs fait un don de 5 millions de dollars au site. Le cinéaste documentariste Michael Moore et le consultant démocrate James Carville, ex-wonderboy de la campagne Clinton, figuraient parmi les membres du jury », comme le rappelait alors l’Humanité.

Plus tard, à d’autres occasions, d’autres artistes ne tarderont pas à s’investir comme R.E.M., Ben Harper, Bruce Springsteen, etc. qui en 2004, lors de la campagne des présidentielles, participeront à la méga tournée Vote for change tour destinée à récupérer des fonds.

Dans le film, on voit Michael Moore, lors d’un meeting, expliquer ceci : « Les mecs qui ont inventé Internet, j’imagine qu’ils s’y sont mis à plusieurs au Pentagone. A mon avis, ils ont dû se faire lyncher parce qu’ils ont permis aux gens de communiquer. Le fait de pouvoir contourner les médias privés et partager l’information, ça représente un danger énorme pour le pouvoir ».

MoveOn est insaisissable parce qu’il fonctionne en réseau. C’est un vrai cyber-mouvement sans chef ni centre. Même ses serveurs, pour des raisons de sécurité ne se trouvent pas aux Etats-Unis, mais au Japon. Et celui qui en est le responsable, au sein de MoveOn, n’est autre qu’un ancien de la CIA. Selon Alexandre Jordanov, « MoveOn a une peur bleue des Républicains et de leurs méthodes d’espionnage »

MoveOn.org est-il un modèle pour la France, pour l’Europe ? « Oui, répond Alexandre Jordanov. D’ailleurs Tony Blair a fait appel à MoveOn pour la campagne des législatives de 2005. Résultat : les travaillistes ont gagné les élections. Même Ségolène Royal a fait appel à eux. C’est de là qu’est née son idée de démocratie participative. Elle n’en a pas fait grand chose… Les politiques en France s’y intéressent parce qu’ils pensent qu’ils peuvent gagner de l’argent avec… »

Certes, MoveOn est le champion des levées de fonds : « Pour Kerry en 2004, ils ont levé 46 millions de dollars, le double de la campagne de Sarkozy ». De quoi en effet faire rêver l’omniprésident…

« Barack Obama, son argent vient de petits donneurs, des gens qui donnent 5, 10 dollars… MoveOn peut dire qu’aucun grand groupe financier, aucun lobby puissant ne lui donne de l’argent. Leur argent vient des citoyens. La politique a changé. On n’a plus besoin de demander à tel ou tel lobby, on n’a plus besoin d’être menotté ».

« Aujourd’hui, selon Alexandre Jordanov qui avec son compère Scott Stevenson a réalisé un documentaire aussi passionnant qu’excitant sur cette autre manière de faire de la politique, aujourd’hui MoveOn, c’est par rapport au Parti démocrate, comme l’IRA avec le Sinn Féin, sauf qu’au lieu de bombes, c’est à coups de dollars qu’ils font de l’activisme ».

A lire aussi sur Agoravox : Comment les démocrates sont en train de perdre les présidentielles

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5 Replies to “Qui a peur de MoveOn.org ?”

  1. Anna Galore

    Article passionant, hyper complet ! Il me tarde de voir le doc d’Alexandre Jordanov, ses précédents étaient tous extrêmement bien faits.

    J’avais vu il y a quelques années un reportage sur MoveOn, au Vrai Journal il me semble et d’Alexandre Jordanov aussi. On y parlait de l’implication de Moby, du fils Soros (présenté comme étant l’une des personnes-clés du mouvement) et du don fait par son père pour aider MoveOn à se lancer. Georges Soros était également interviewé.

    Tout contre-pouvoir peut se transformer en danger s’il oublie ses motivations premières. Mais fort heureusement, MoveOn semble pour le moment à l’abri d’une telle dérive.

    Bravo à eux d’avoir aussi bien réussi dans leur action.

  2. Netsah (Anna's son)

    Très bon article premièrement.

    Et tant qu’on en est à parler de Mr. Obama, je vais faire un peu de pub pour un site que je viens de découvrir, dont une des personnes à créer le personnage de FrenchMan (déjà un article dans le Monde et sur divers sites internet).

    Voici le lien pour les épisodes de frenchman. C’est léger mais ça a réussit à me faire sourire et c’est un exploit aujourd’hui :
    http://www.frenchnerd.com/pages/FRENCHMAN-980046.html

    Netsah

  3. startine

    Extrêmement intéressant et bien documenté.
    Je pense depuis longtemps que cette connexion en réseau est un moyen fabuleux -car insaisissable et toujours renaissant de ses cendres- de faire passer des infos (le lecteur devant bien sûr les prendre avec du recul et de la circonspection pour ne pas tomber dans une manipulation quelconque)… et jusqu’à ce matin, je ne connaissais pas MoveOn. Mais cela confirme mes intuitions.

    Car ce matin, j’ai pris le métro (cela ne m’arrive pas souvent, c’est pour cela que je le mentionne, comme quoi dans le mauvais, il existe toujours une parcelle de bon), et je suis tombée sur un article parlant de cette émission dans « Direct Matin ». J’ai alors fait « tilt ».

    Et je m’étais promise de faire des recherches sur MoveOn.org (vous connaissez mon virus des enquêtes, n’est-ce pas ? 😉

    Hé bien voilà, je sais tout ou du moins l’essentiel grâce à toi. Comme je n’ai pas Canal, je vais regarder toutes tes videos.

  4. ramses

    Je n’ignore pas qu’il existe, aux Etats-Unis, un certain nombre de sites contestataires, notamment « reopen911 », qui n’ont, malheureusement, jamais eu beaucoup d’écho dans les media traditionnels et n’ont, en pratique, jamais infléchi la politique américaine.

    Les citoyens n’ont pas pour habitude, là bas, de remettre en cause le Pouvoir en place. Je doute fort que ces sites aient eu une influence notable sur l’élection de Barack Obama, qui ne les a d’ailleurs jamais revendiqués.

    Et je ne pense pas que Barack Obama s’appuie sur ces sites pour impulser sa politique.

    Vu de la toile, la « démocratie participative » est un contre-pouvoir. Pour le Capitole, c’est un épi-phénomène.

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