Maubourguet, le témoignage de Stéphanie Lahana

Stéphanie a fait partie des nombreuses victimes de l’explosion de violence des aficionados contre les anti-corridas, à Maubourguet le 23 août. Deux aficionados l’ont rouée de coups de poings parce qu’elle voulait empêcher un fou furieux de frapper Ghislaine et Régine de son manche de râteau. Elle raconte ci-après les circonstances de son agression ainsi que la suite des événements dans les rues de ce village honteux, puis jusqu’aux urgences de Tarbes.

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Samedi 23 août 2014, je me suis rendue dans la commune de Maubourguet pour participer à une action citoyenne anti-corrida dans les arènes où six veaux de moins de 2 ans (Erales) devaient subir des sévices graves et actes de cruautés (définition de la corrida selon l’Art. L 521-1 du Code pénal), jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Ces actes de cruautés et sévices graves devant être perpétrés et se terminer fatalement par l’abattage de ces six veaux de moins de 2 ans par trois enfants mineurs, ce qui est parfaitement illégal au regard du Code du travail (Art. D4153-35 du Code du travail).

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Léo VALADEZ : 17 ans, né le 17 février 1997 – Jésus Enrique COLOMBO : 16 ans, né en septembre 1997 – Andy YOUNES : 17 ans, né le 30 mai 1997

INTÉRIEUR ARÈNES

Vers 20 h 45, je me suis dirigée vers les arènes en compagnie de Joëlle. Nous ne portions sur nous que des sifflets en plastique. Nous avons subi une fouille, comme toutes les personnes souhaitant pénétrer dans l’enceinte de la cour d’école, par une femme habilitée à le faire, tandis que les hommes étaient fouillés par des messieurs.

Dans la cour, nous avons fait la queue pendant plusieurs dizaines de minutes car une seconde fouille avait lieu à l’entrée de l’arène. Les gens râlaient de devoir subir tous ces contretemps. Au fur et à mesure que nous approchions, j’ai vu que des anti-corrida étaient refoulés à ce deuxième filtrage, notamment sur la base d’un fichier papier qu’une des personnes à l’entrée (civils et CRS) consultait. Ils étaient gardés entre la file et la buvette. Nous sommes passées devant eux comme si nous ne nous connaissions pas. Discrétion avant tout, assurée à bloc par les amis repérés et refoulés.

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La musique commençait à jouer. La tension montait. À peine venais-je de passer le second contrôle que j’ai entendu les premiers sifflets et vu les premières fumées monter du centre de l’arène. Je suis arrivée en haut des escaliers. De là, j’ai vu Ghislaine enchaînée à la rambarde du premier rang tout de suite sur ma gauche. Elle n’était pas seule, d’autres anti-corrida étaient sur sa propre gauche ; que des femmes.

Un rapide coup d’œil circulaire et je me suis vite rendu compte que je ne pouvais pas facilement atteindre l’autre côté de l’arène qui était suffisamment vide pour pouvoir sauter à mon tour. Je décide alors de me ranger du côté des militantes du premier rang. Je commence à sortir mon sifflet, puis me ravise. Autant ne pas me faire repérer trop vite pour pouvoir agir dans une seconde vague.

En passant, je vois Ghislaine recevoir une gifle magistrale ! Je n’ai pas vu l’agresseur. Déjà j’étais choquée et cela ne venait que de commencer ! Un CRS est arrivé pour essayer de couper son antivol. Une spectatrice en tailleur-pantalon marron, coupe au carré, se tenait juste à côté de moi et hurlait sur les filles. Tout se brouillait dans ma tête : trop d’infos de partout !

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Là, je vois avec horreur des individus de sexe masculin se regrouper dans le calejon. L’un d’entre eux, armé d’un énorme balai/râteau en bois tente de frapper les filles entravées. Je me jette sur le balai et le repousse une première fois. Là, l’individu recule prestement pour me déséquilibrer en avant, me regarde avec une haine totale et, avec un mauvais rictus semblant dire : « regarde ce que je vais leur faire à tes copines », il retourne le balai/râteau de manière à ce que nous n’ayons plus de prise, et commence à donner des coups de manche dans le visage des militantes. C’est l’effroi. Ça crie de partout, CRS et aficionados courent, font des croche-pieds et frappent tout ce qui leur passe sous la main.

Je sens qu’on me tire les cheveux. Je me retourne. Derrière moi, l’individu de sexe féminin au tailleur brun qui hurlait sur les filles était remonté un peu plus haut sur les gradins et venait de me voler mes lunettes de soleil. Dans un regard plein de défi, elle les jette violemment par terre. Sous la surprise, je me retrouve déséquilibrée en arrière et tente de me rattraper à sa veste. Au moment même où j’entends un homme hurler : « Toi tu la touches pas salope ! » je reçois un premier coup de poing entre l’œil et le  nez du côté droit du visage. Coup qui me précipite directement au sol, mes 50 kilos ne font pas le poids devant ces aficionados qu’on dirait tout droit sortis d’une équipe de rugby.

Ma tête heurte le sol dans un bruit qui résonne encore tandis que ma jambe gauche s’écrase sur les gradins en béton ce qui me vaudra un hématome d’une dizaine de centimètres sur le tibia. Je tente de me retourner pour me redresser et là je reçois un second coup directement en pleine face sur le nez. Ça craque. J’ai mal. Je tente de me protéger, mais un individu me tire sur les bras tandis qu’un second m’assène un nouveau coup sur la pommette gauche cette fois : ecchymose sous-orbitaire. Je sens la haine. On ne veut pas se défouler en tapant sous l’emprise de la colère. Non. On veut me démonter la figure. Les coups sont réfléchis et ils pleuvent. Je ne ressens plus la douleur, mais le bruit des coups reçus m’angoisse.

Au bout de minutes qui me semblent des heures, j’entends enfin une voix qui me rassure. Je la reconnais. Elle hurle « Arrêtez ! Arrêtez ! ». C’est celle d’une militante qui était à côté de moi dans les gradins. Et de fait, les coups s’espacent. Mes agresseurs sont retenus par d’autres personnes. À ce moment, je suis toujours au sol. Elle me prend dans ses bras. Terrorisée et reprenant enfin mon souffle je me mets à hurler de toutes mes forces. Il fallait que cette angoisse sorte. Je ne suis plus qu’une boule, un bout de femme recroquevillée contre elle, je tente même de disparaître sous un pan de sa veste.

Je sens quelqu’un me prendre la main, doucement. C’est un des spectateurs. Il demande aussi aux autres afiocs de ne pas revenir à la charge. À la manière qu’il a de me tenir le bras tout du long comme s’il surveillait mon pouls, je me dis qu’il est médecin. Il nous regarde et nous dit que tout cela n’est pas bien, que nous sommes violents. Là, je sors de mes gonds. Je lui montre mon visage tuméfié et lui pose la question « Vraiment ? Vous êtes témoin ! Regardez ça et répondez-moi ! Qui sont les violents ? » Gêné, il détourne son regard qui se pose sur Ghislaine et consœurs. Il secoue la tête impuissant… Tout cela semble être trop aussi pour lui.

Ma sauveteuse et ce monsieur vont me protéger jusqu’à ce qu’un CRS vienne me chercher. Je me tiens le visage côté gauche, celui qui a le plus reçu de coups, tandis que le CRS m’emmène prestement. Je vois un camion de pompier. Je demande à voir un médecin. Il me répond que j’en verrai un là où il m’emmène, cela s’avérera faux.

COULOIR

J’arrive dans un couloir de l’école où de nombreux anti-corrida sont évacués. Des touristes aussi. Un groupe de jeunes gens qui voulaient assister à la novillada se retrouvent expulsés tout comme nous. Ils sont furieux contre les forces de police, d’autant plus qu’ils seront eux aussi exfiltrés et qu’ils ne pourront pas retourner dans les arènes. Tout à coup, on entend une rumeur qui dit que suite aux gazages à répétition dans l’arène, la corrida va être annulée. Fausse joie.

Nous restons là, cantonnés dans ce petit espace clos, impuissants. Une militante claustrophobe commence à se sentir mal. Certains d’entre nous subissent un contrôle d’identité, d’autres non. Parmi les militants, je retrouve tout d’abord Cédric, puis ma protectrice que je remercie (encore aujourd’hui !) et David qui se frotte le ventre. Un aficionado lui avait lancé violemment (comme en témoigne le bleu qu’il aura dans les jours suivants) un projectile au niveau de l’abdomen.

David et moi commençons à discuter avec les deux CRS qui ferment notre attroupement. L’un d’eux nous  apprend qu’ils viennent de Reims. Quand je lui demande s’il n’en a pas marre d’être là, il me répond que ça, ce qui se passe là, c’est de la gnognotte comparé à ce qui se passe ailleurs.

Nous discutons et c’est ainsi qu’il nous apprend que les planques de stups dans des apparts vides dans les barres d’immeubles, « les chambres » comme il les appelle sont connues de tous les services de Police. Devant ma surprise et à la question « Pourquoi vous n’intervenez pas ? » il me répond que c’est le prix à payer pour avoir la paix dans les banlieues.

Il nous raconte aussi les petites retraitées qui sont rémunérées par les dealers pour stocker et / ou vendre la came moyennant finances. « Que voulez-vous ? Qu’on leur trouve un boulot à ces gars-là ? Pour qu’ils gagnent en 1 mois ce qu’ils se font en 2 h de temps ? Et les petites vieilles ? Ils repèrent celles qui vivent avec à peine le minimum vieillesse et ils leur donnent 1500 € de plus par mois. Comment voulez-vous qu’elles refusent ? Ça leur change le quotidien j’peux vous l’dire. »

Incrédule, je repense au film « Paulette », de Jérôme Enrico, que je croyais être une pure fiction et qui décrit en fait juste cette réalité. Au Ministère de l’Intérieur, on assure ! La sécurité intérieure du pays se résume à laisser les truands tranquilles et à envoyer des troupes de CRS casser de l’anti-corrida pacifiste. Des centaines de CRS, policiers et gendarmes on a eu pour nous ce week-end ! Pendant ce temps les grosses agglomérations comptaient leurs morts, et pleurent toujours pour obtenir plus de moyens ; des adolescentes disparaissaient, etc.

Il n’arrive plus de nouveaux militants dans le couloir. Nos amis ont dû être directement expulsés dehors. Après une bonne demi-heure d’attente, les forces de l’ordre commencent à nous faire sortir. Cela prend beaucoup de temps car chaque couple de personnes doit être escorté par deux gendarmes jusqu’à la rue. Ils sont très méfiants. L’un deux dit : « Attention à ce qu’ils ne retournent pas dans l’arène ». Évidemment, nous y pensons tous et ils savent que nous sommes déterminés.

RUE

Pendant le court trajet qui nous mène à l’extérieur, on croise deux camions de pompiers. Je pense avec angoisse aux militants blessés qui doivent être à l’intérieur. Si les camions sont toujours là, c’est que leur état doit être suffisamment grave pour qu’il faille le stabiliser avant de prendre la route…

Dans la rue, nous nous retrouvons scindés en deux groupes, les CRS étant au milieu. Nous tentons de ne pas reculer. Certains d’entre nous s’assoient. Très vite, les CRS chargent et gazent à tout va. Nous reculons. Il doit être près de 22 heures. Ce petit jeu durera jusqu’au milieu de la nuit, jusqu’à 1 ou 2 h du matin. Nous sommes révoltés d’avoir été évacués si vite de l’arène et souhaitons faire annuler le massacre coûte que coûte. Ils le sentent.

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Dans la rue, des aficionados viennent frapper des militants. Les CRS traînent les pieds pour intervenir. Là, je repère deux individus dans un renfoncement. Ils semblent attendre que les CRS repartent pour nous foncer dessus. Je vais en informer un CRS. Il hésite une demi-seconde et braque sa lampe à l’endroit indiqué et fait partir les types en embuscade.

Je vois Alain à terre. Je vais le voir, il semble mal. Une militante me rejoint, nous tentons de lui porter secours. Il se tient les côtes. On lui propose de le porter. Il préfère ne pas bouger pour le moment. Les CRS nous ordonnent de dégager. Nous partons. On entend crier. Derrière nous, les CRS tentent de déloger Alain qui semble avoir des difficultés à se relever. Demi-tour des militants, gazage de la part des CRS. Nous arrivons au bout de la rue qui est fermée par des grilles et surveillée par des gendarmes.

Là, ça me saute aux yeux : les gendarmes sont extrêmement professionnels. En bons militaires, « Soldats de la Loi » comme on les appelle, ils la respectent et l’appliquent. Ils ne nous regardent pas de travers, ne s’adressent pas à nous comme à des moins que rien. Rien à voir avec le comportement agressif de leurs collègues CRS dont la devise bien connue est « Servir »… Mais servir qui ? Servir un Premier ministre qui n’a pas hésité à dire qu’il avait les « moyens matériels de stopper toute manœuvre et toute manifestation contre la corrida… »

LE PETIT PONT DE BOIS

Notre groupe décide de se diriger vers la rivière. Nous allons tenter de faire le tour pour rejoindre notre objectif. Nous nous engageons sur un petit pont de bois tout près de l’arène quand un CRS nous ordonne, un peu paniqué, de ne pas avancer plus. Il appelle de toute urgence des renforts. Nous ne sommes pas décidés à lâcher le morceau. Nous nous tassons le plus possible pour faire face à la charge qui ne manque pas d’arriver, mais nous faisons bloc. Nous ne reculons pas.

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Le pont commence à vaciller… et ils recommencent à gazer… nous nous relayons pour échapper au gaz. Ceux de devant s’en vont, de nouveaux arrivent. Malheureusement, malgré toute notre bonne volonté, l’air devenant irrespirable pour tous (militants et CRS), nous reculons. Ils semblent néanmoins craindre sérieusement que nous traversions la rivière en masse. Un simple bâton jeté à l’eau et c’est la cavalcade en face, avec projecteur pour vérifier que personne ne tente une approche aquatique.

LA SORTIE DES ARÈNES

Nous retournons devant les premiers policiers du bout de la rue. Les premières personnes sortent des arènes deux par deux ou en famille, pas plus. Les forces de l’ordre doivent vouloir éviter une bagarre générale. Nous faisons une haie de déshonneur. A plusieurs reprises, des aficionados tentent de frapper des militantes qui leur rappellent que la corrida est, conformément à la définition de la loi, une succession d’actes de cruauté et de sévices graves sur animaux et qu’ils sont par conséquent des tortionnaires et des sadiques. Ainsi, Françoise a été prise à partie dans la rue, vite secourue par une bonne dizaine de militants. Plus tard, une autre femme a été menacée par un type sorti de sa voiture quand Florian s’est interposé entre eux. Sans lui adresser un seul mot, mais sûr de lui, limite goguenard pour le coup, magistral, il l’a fait reculer. Impressionnant.

23 h. Tout est calme. Les militants discutent entre eux. Soudain, les CRS reviennent. Quelqu’un crie : « Ils ont repéré quelqu’un ! Attention ! Ils vont charger ! » Mais tout se passe trop vite. Les grilles sont ouvertes et cinq à sept CRS chargent comme une meute sur Jean-Pierre Garrigues qui était en pleine discussion avec d’autres militants. Ils le jettent au sol et le maintiennent avec violence alors qu’il ne tente même pas de résister. Ils disparaissent avec lui. Les militants sont abasourdis ! Ils s’assoient devant les grilles et scandent « Libérez Jean-Pierre ! » pendant de longues minutes.

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Nous nous dirigeons ensuite vers l’autre rue où sortent les aficionados qui ont dû rester assister à la remise des prix aux toreros. Nous leur faisons une haie de déshonneur. Comme les aficionados sortent deux par deux ou en famille, cela dure un bon moment. Puis, les CRS reviennent en force : le camion des taureaux, celui du boucher et celui de l’abattoir passent devant nous.

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Ils ont peur de notre réaction. ILS ONT PEUR. Pas nous. Avec un profond chagrin, nous huons ces gens qui se repaissent de la mort immonde que subissent les taureaux dans les arènes…

Il commence à se faire tard, mais nous ne quittons pas la place. Chaque spectateur doit garder un mauvais souvenir de cette novillada.

LA CASERNE DES POMPIERS

Nous sommes en train de discuter quand une militante vient nous trouver pour nous signaler qu’Aurélien est en train de faire un malaise suite à un violent coup qu’il a reçu sur la tête une demi-heure plus tôt. Il s’avère que mon mari et moi avons un brevet de secouriste Croix-Rouge. Tout cela m’inquiète. Fort heureusement, nous sommes justement devant la caserne des pompiers. Je cours voir Aurélien qui est allongé, mais conscient et file à la caserne.

Quatre personnes discutent devant le garage des véhicules. Je leur demande si quelqu’un fait partie des pompiers. Une dame me regarde, me jauge et finalement répond : « Oui ». Je lui explique la situation et elle va prévenir les autres personnes qui sont dans le bureau de permanence. Un pompier en civil sort passablement énervé : « Vous ne rentrez pas ici vous ! » Roger arrive et ensemble, on lui explique qu’on a une personne en train de faire un malaise suite à un traumatisme crânien. Il hésite. « Faites le 18 ». Ce que fait Roger.

La situation est ubuesque ! Personne ne va prendre Aurélien en charge pendant ce temps. J’entends Roger expliquer que nous sommes devant la caserne, avec un pompier et que personne n’intervient et qu’on nous a dit de faire le 18… Pour moi, il n’y a pas de temps à perdre, je demande au gros pompier en tee-shirt rose : « Vous voulez pas prendre le téléphone là ? » Gêné… : « Oui ». Je l’arrache des mains de Roger et le donne au pompier puis file auprès d’Aurélien.

Il y a trop de monde autour de lui. Les gens reculent, nous le mettons en position de sécurité et je veille à ce qu’il ne perde pas connaissance. Je lui parle, lui pose des questions. Il tente de sourire et me dit « Je me sens partir »… Angoisse… Mais que font les pompiers !!! Je le rassure, tout est sous contrôle, les pompiers sont là, ils préparent le camion pour lui. De fait, ils finissent par arriver. À deux, ils le soutiennent et le font marcher jusqu’à l’ambulance et partent en urgence pour l’hôpital.

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Là, une jeune femme interpelle un pompier : « Vous auriez de la glace ? » lui demande-t-elle en lui montrant son genou. Il lui répond : « Ah là, c’est plus de la glace qu’il vous faut. » et s’en va rejoindre l’ambulance en la laissant là. De fait, elle a une énorme bosse sur la jambe droite, sous le genou. C’est tellement impressionnant que je me demande sur le coup si ce n’est pas cassé ! Cela lui fait deux genoux sur une seule et même jambe !

HÔPITAL

Il est tard. Plusieurs d’entre nous partent pour Tarbes pour tenter d’avoir des nouvelles des blessés. Une militante médecin nous accompagne. Sur place, le personnel est très gentil, mais soumis au secret médical, les femmes à l’accueil ne peuvent rien nous dire. Même pas qui est arrivé de Maubourguet. En revanche, si nous avons les noms, elles peuvent nous dire si oui ou non ils sont là. Voyant notre inquiétude, l’une d’entre elles nous rassure en nous disant qu’aucune de ces personnes n’a son pronostic vital engagé. Ouf !

Nous sommes tous épuisés et nous attendons, notre militante médecin ayant demandé à rencontrer le médecin de garde. À un moment donné, oh merveilleuse surprise, nous voyons Aurélien assis sur un banc dans une salle d’attente derrière l’accueil. Il nous voit à son tour et nous retrouvons son grand sourire avec une joie incommensurable ! Il est plus de 3 h du matin.

Nous nous quittons soulagés. Certains ont encore de longues heures de route devant eux, remontant directement sur Paris ou ailleurs. Merci à eux d’être restés si longtemps. Quant à nous, nous rentrons à notre hôtel situé à 1 h de route. Malgré la fatigue, le sommeil ne viendra pas tout de suite ce soir-là.

Tout au long de cette soirée d’action, je suis restée et reste admirative du courage et de l’abnégation dont ont fait preuve tous les militants. Admirative de leur sérieux, de leur discipline, de leur réactivité. C’est une seule âme qui agit, une âme profondément empathique, une belle âme. Et je suis convaincue à présent, comme l’écrivait Natale Anti Corrida, que : « Pour chaque coup reçu, un nouveau militant se décide à agir plus, à s’engager encore plus ».

Stéphanie Lahana

20 Replies to “Maubourguet, le témoignage de Stéphanie Lahana”

  1. Domi Nonalacorrida

    Merci Stéphanie, pour ce témoignage poignant, si proche de la situation et en même temps écrit avec le recul de la réflexion ; espérons que plus jamais ce déferlement de violence des policiers ne se reproduira ; par contre, les afiocs, je sais qu’ils recommenceront ; j’espère aussi que nous serons encore plus présents, la prochaine fois pour montrer notre désaccord et surtout essayer d’empêcher quoi que ce soit jusqu’à ce que nous obtenions l’abolition. Je t’embrasse.

  2. Sylvie. Laulom

    Quel courage vous tous bravo. Ou on voit que ces arriérés sont prêts à tuer ou à laisser mourir pour continuer leur petit plaisir sadique !!! Surtout les blessés allez jusqu’au bout des démarches judiciaires et faites et refaites appel. !! J’espère que les blessés vont mieux.

  3. Anna Galore Post author

    Soyez toutes et tous certains d’une chose : nous sommes à chaque fois plus déterminés. Et oui, les plaintes vont pleuvoir, avec les identifications supplémentaires que permet la vidéo de Manu en plus des photos http://www.annagaloreleblog.com/2014/08/29/maubourguet-video-dun-lynchage/

    Rendez-vous à Carcassonne dimanche pour dire une fois encore non à cette abomination !

    Et une victoire de plus : une corrida prévue à Cazaubon samedi a été reportée par crainte d’une manif d’anticorridas, à lire ici :
    http://www.ladepeche.fr/article/2014/08/29/1941564-corrida-portugaise-reportee-cause-manifestation-anti.html

  4. Natale

    Stéphanie, merci, bravo.
    De là où nous sommes, nous allons tous nous mettre triplement au travail pour abolir, partout où nous sommes, avec ce que nous sommes, suivant nos moyens, nos réseaux, nos connaissances, nos disponibilités. Nous serons à Carcassonne, à Cazaubon, partout, partout. Auprès des élus, et puis les initiatives personnelles…
    Oui, ils ont peur car ce sont des peureux déjà, ensuite ils ont tort et c’est fini pour ces créatures tarées.
    La corrida est un canard à la tête tranchée qui ne sait pas encore qu’il est mort et qui court encore. L’image est horrible pour une végane mais c’est ce genre d’image qui me vient quand je vois les (grasses) créatures perverses fanfaronner.
    Dans la vidéo, on entend une créature dire « ils n’ont rien sur eux, les fouilles cela ne sert à rien ». Si, vous aviez votre GRAND courage. Voilà de quoi vous étiez armés.
    A quelle moment pourrons-nous faire appel à l’Europe, puisque la France est gangrénée par la mafia tauromachique? Ce deni de justice, ces violations des droits … J’attends avec impatience que l’Europe siffle la fin de la récré. J’ai totalement confiance dans les avocats du Crac.

  5. guigui antico

    Je viens juste de lire ton témoignage chère Stéphanie et suis stupéfaite d’apprendre que tu étais derrière Régine et moi!
    A part un coup d’œil juste avant le sifflet, je me me suis plus du tout retournée… j’étais rivée sur Didier en contrebas et les maltraitances graves et menaces (de coups supplémentaires, de viol…) que l’on a tous subies!
    Je suis vraiment culpabilisée de n’avoir rien pu faire pour aucun de mes amis…
    J’espère que tu vas mieux aujourd’hui car on a deux tâches capitales à finir: l’OBTENTION DE L’ARRÊT DES CORRIDAS et LEUR FAIRE PAYER LEUR LÂCHETÉ!

  6. David Joly

    Je me suis retrouvé dans le couloir. J’ai marché quelques mètres et suis entré dans une salle où tu étais assise au fond, les yeux dans le vague.

    Je suis venu vers toi, je t’ai parlé, ait essayé tant bien que mal de te réconforter par quelques mots.

    Je n’aurais cependant jamais pu deviner tout ce que tu avais subi si tu ne l’avais décrit comme tu le fais ici.

    N’importe qui aurait été abattu sur le coup, tant physiquement que psychologiquement, après un tel lynchage. Mais toi, tu n’as pas lâché, tu es repartie sur le front parmi nous, et ce jusque très tard dans la nuit, sans jamais rien concéder une seule minute.

    Bravo Steph, ce combat c’est ça aussi : la fierté et l’honneur d’être proche de gens comme toi.

  7. anti

    Merci à toutes et à tous pour vos commentaires, messages, mails et appels téléphoniques. Ça va mieux. Je me remets de mes émotions et l’ostéopathe a fait des merveilles pour le physique. Ghislaine, je comprends que tu ne m’aies pas vu. De mon côté, je n’ai rien vu de l’agression de Didier, pourtant juste à côté. Et je ne suis pas d’accord avec toi quand tu dis que tu n’as rien pu faire pour personne. Votre soutien moral à Didier l’a aidé plus que tu ne le penses. Merci David pour ton soutien de toujours. Une chose est sûre, nous sommes déterminés, nous sommes de plus en plus nombreux et nous ne lâcherons rien tant que les exceptions à la loi contre la cruauté et les sévices graves envers les animaux ne seront pas retirées du Code Pénal.
    A bientôt les amis !

  8. sophiedesnoisettes

    TOTAL RESPECT pour Stéphanie et tous les militants présents dans ces arènes de la HONTE
    DIFFUSONS sans relâche et PARTOUT ces témoignages sur la déchéance et la perversité qui caractérisent les afiocs et consorts.
    Lutter pour que cesse la BARBARIE des ARÈNES est plus qu’ un droit, c’ est un DEVOIR qui concerne tous les citoyens de la Planète en COMPASSION pour les TAUREAUX et autres MARTYRES des corridas

  9. sylvia R

    Les salauds ! Il y a toujours un revers de médaille quand on fait du mal. Ces gens abreuvés de haine vont payer.
    Et vous on vous les distribuera les médailles lors de l’abolition de cet ignoble spectacle. Et on fera une énorme fiesta !

  10. pahaut

    Stéphanie, à ta lecture je revis ces événements où nous avons vécu des moments surréalistes, où coups et extrême violence à notre encontre ont encore été de mise. Mais qu’ils se détrompent, je suis prêt, nous sommes tous prêts pour recommencer ; chaque coup au contraire de ce qu’ils escomptent nous galvanise, le jour arrive où nous seront plus nombreux, plus déterminés et leur saloperie de messe noire n’aura pas lieu !! Bon rétablissement, je suis fier de toi et de nous tous !!

  11. Gualyvo -

    Que dire, je ne trouve pas mes mots, cette violence c’est trop d’horreur, indigne d’une société du 21ème siècle qui se prétend civilisé, mais dont les barbares se comportent avec une telle sauvagerie qu’on se demande s’ils ne tournent pas un mauvais film de fiction de cauchemar sur la terreur à faire peur.

    La seule chose que je peux dire, c’est Bravo et félicitation Stéphanie, et tous les militants présents, pour votre courage et ténacité, à risquer vote vie pour la juste et noble cause, celle des taureaux.

  12. Roland

    Bonjour,

    Je vous adresse tout mon soutien.Une fois encore, les sadiques des arènes et leurs complices prouvent qu’il existe un lien évident entre perversité à l’encontre des animaux et perversité sur les humains.
    Quand les pouvoirs publics exaltent les conduites humaines les plus barbares, quand la violence est banalisée par des petits potentats locaux, il ne faut pas s’étonner de ces agissements de pervers , particulièrement en zones de non-droit.
    Je vous souhaite de vous rétablir vite. Bravo pour votre courage à toutes et à tous.

  13. grasiewicz

    Bonjour Stéphanie,

    Je cherchais justement le nom de la jeune femme victime de cette violence dont j’ai été témoin, je pense que c’était toi dans les gradins que j’ai réconfortée lors de ton coup porté sous ton oeil, tu hurlais, j’étais à côté de Ghislaine Lecocq et le médecin qui a essayé de te protéger et à qui j’ai demandé de te laisser pour que je puisse m’occuper de toi, oui il a eu des propos injustes disant que nous avons récolté ce que nous avions semé. Ensuite, ça s’est passé très vite, il m’a remis entre les mains des CRS.

    Je te reconnais à la photo, tu avais un chemisier blanc et effectivement il y avait cette femme très menaçante derrière nous, je ne pouvais pas bouger sinon elle me poussait ! Ton témoignage sur ce blog va me permettre de t’identifier sur l’attestation que je joins au procureur de Tarbes, mais je cherche l’autre nom de celui qui a été grièvement blessé, roué de coups aussi, sous nos yeux dans le couloir de l’arène, je crois que son nom est Didier Talou, je l’ai en ami, je vais vérifier.

    En tout cas, je suis contente de t’avoir retrouvée grâce à ton témoignage et je te souhaite un bon rétablissement. Contacte-moi si tu as besoin.

    Mes amitiés

    Christine

  14. guigui antico

    Christine, je viens de découvrir ton témoignage. Sous le danger et les coups, je n’ai même plus vu qui était autour de moi à part Régine et Didier…

    Tu as peut être vu qui nous a frappées toutes les deux ? Et mis des coups de râteau ? Ainsi que les salauds qui ont jeté Didier et frappé à coups de pieds ?

    Merci pour ta réponse

  15. grasiewicz

    Oui Ghislaine, j’ai vu mais tellement de monde frappait… C’est le gros en chemise blanche qu’on voit sur la photo où vous êtes, ils sont derrière vous, il tenait un râteau et dans le couloir en bas c’était un autre avec un foulard rouge qui a tiré Didier et le frappait, les autres sont montés dans les gradins pour nous lyncher aussi. Mais ils se ressemblent tous, ces dégénérés. On avait des photos mais l’appareil a été volé par des spectateurs, malheureusement.

  16. anti

    Bonjour Christine ! Merci d’être passée ici et d’avoir laissé ton commentaire et surtout merci de m’avoir secourue ce samedi, du fond du cœur. Du coup, je pourrai aussi mettre ton nom dans ma plainte. De mon côté, tout est allé tellement vite que je n’ai rien pu voir de l’agression de Didier.

    Au plaisir de te revoir, et encore mille mercis.

  17. grasiewicz

    Bonjour à tous,
    Je tenais à remercier l’efficacité du site d’Anna Galore qui m’a permis de retrouver les personnes agressées avec moi dans la terreur de ces arènes de Maubourguet, car inquiète de l’état de Stéphanie de n’avoir pu la revoir après notre évacuation…
    Grâce à toutes ces parutions de témoignages, nous avons pu nous retrouver.
    Merci encore et bon courage à tous sur le terrain.

  18. soleil vert

    Avec des images prises en caméra cachée, et par un journaliste professionnel (prévenu par nous), on verra qui sont les agresseurs et qui sont les agressés, une bonne fois pour toutes. Face à des gens véritablement drogués et malades de leur mauvaise foi, les propos ne servent à rien, seules les images ne mentent pas. Enfin, quid de la justice ? Elle va encore regarder ailleurs, et jusqu’à quand ??

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