Celui qui a peur de notre ombre

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Hier soir à Alès se tenait le conseil municipal. Nous y étions, comme nous étions au précédent, en décembre dernier. Nous, les anticorridas, venus à l’appel de Jean-Pierre Garrigues, président du CRAC.

Nous étions là pour faire sentir notre présence à Max Roustan, le maire d’Alès, dont j’ai déjà eu l’occasion de dire tout le peu d’estime que j’ai pour lui. Accroché à son petit pouvoir depuis 18 ans et bien décidé à se faire réélire en 2014, ce potentat cynique et manipulateur ne fait même pas semblant de cacher sa nature. Une fois par mois, il vient se donner en représentation lors des conseils municipaux devant sa cour de dames permanentées et de messieurs formolisés.

Il est vrai qu’Alès est l’une des villes les plus pauvres et les plus âgées de France, avec près d’un tiers de la population au-dessus de 60 ans et un nombre d’habitants qui stagne depuis vingt ans, c’est dire si Monsieur le Maire en a fait une commune dynamique depuis qu’il en a pris les commandes.

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S’il laisse (parce qu’il le doit) la parole à ses conseillers de l’opposition sur tous les sujets à l’ordre du jour, il ne se prive pas de leur répondre ensuite par des injures ou des phrases méprisantes à l’emporte-pièce, pour la plus grande joie de sa basse cour qui l’applaudit à tout rompre ou rit de ses réparties fines, telles que « J’en ai marre de ce flot de conneries » et autres grandes marques de débat démocratique. Et cela, quand il ne coupe pas carrément le son de leur micro s’il estime que ça suffit.

La raison de notre présence ? Manifester notre désaccord au moment où il viendrait tôt ou tard à mettre au vote le renouvellement de délégataire en charge d’organiser les corridas à Alès pour les trois prochaines années. Initialement, cela aurait dû se produire en décembre, mais le sujet avait été retiré de l’ordre du jour, peut-être parce que Roustan savait que nous allions venir. Nous sommes donc revenus en janvier – c’était hier.

Une source bien informée nous avait confirmé que le maire avait fait son choix : le délégataire retenu avait présenté une candidature dans laquelle il ne réclamait aucune subvention. Une information très surprenante quand on sait qu’à Alès comme ailleurs, les corridas sont largement déficitaires.

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Quelques minutes avant le début de la séance, nous avons appris officieusement que le Maire reporterait l’annonce sur le choix du délégataire à une session extraordinaire du conseil qui se tiendrait lundi prochain à 9h30, ceci afin de rendre bien plus difficile la venue de perturbateurs (c’est à dire de citoyens obligés d’être à leur boulot à cette heure-là).

Nous avons décidé de rester quand même. Nous étions plus d’une vingtaine dans la salle, au lieu de six lors de la séance précédente.

Le sujet principal en débat portait sur le budget 2013.  Roustan, dans un long préambule, s’est plaint des réductions importantes des fonds sur lesquels il pourrait compter de la part de l’État, ceci en raison de la crise. Un conseiller de l’opposition (PS) a souligné que des économies étaient pourtant faciles puisque environ 1,2 millions d’euros étaient affectés à la propagande de la mairie et 900 000 euros à la restauration des arènes, deux postes qui pouvaient largement être réduits.

Les différents points à l’ordre du jour ont défilé. Toujours aucune allusion au choix du délégataire. C’est le même élu PS, Benjamin Mathéaud, qui a soulevé la question : qu’en était-il des corridas pour 2013 ?

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Roustan l’a tout simplement ignoré. Il n’a rien répondu et a passé la parole à un autre. Nous l’avons apostrophé depuis le fond de la salle : « Répondez, Monsieur Roustan ! », « Répondez à la question ! ». Aucune réaction, à part un sourire goguenard qui a vite tourné au visage crispé. Nous avons lancé nos slogans – « Dictature tauromachique ! », « Il faut abolir la corrida ! » – tout en brandissant des panneaux rappelant que 55% des Alésiens voulaient l’arrêt des corridas dans leur ville. Et, bien entendu, comme il ne répondait toujours rien, nous l’avons traité de lâche.

Roustan a expédié les derniers points en un temps record. « Vous voulez décider en notre absence lundi prochain à 9h30 ! » a lancé Jean-Pierre. Benjamin Mathéaud a fait une ultime tentative pour demander que l’horaire soit changé. Le maire lui a répondu qu’en tant qu’élu, il avait à être disponible 24h sur 24 et sur ces mots, il a aussitôt levé la séance. Et vive la démocratie.

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La vraie question qui demeure est la suivante : comment le délégataire peut-il s’en sortir sans subventions ? Notre ami Mario a une hypothèse. Si ce n’est pas la mairie qui finance le déficit, c’est que quelqu’un d’autre va le faire. Ce quelqu’un d’autre doit avoir un sacré intérêt à ce qu’Alès continue à faire des corridas. Il suffit peut-être de se demander à qui profite l’embrouille : le lobby tauromachique et ses parrains tout-puissants. Ce n’est qu’une hypothèse, bien sûr. Une chose est certaine : le délégataire n’est pas un mécène et il ne va sûrement pas travailler à perte. Il y a donc forcément quelqu’un quelque part qui tire les ficelles de ce jeu de dupes.

Une autre chose est certaine : nous ne lâcherons pas Roustan. Il faut faire disparaître la corrida de sa ville, avant de passer aux suivantes. Libérez-vous, mobilisez-vous pour être avec nous à la grande action des 11 et 12 mai à Alès. Tout le programme des trois manifestations prévues où nous attendons 5000 participants venus de partout est désormais en ligne sur le site ales2013.com.

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22 Replies to “Celui qui a peur de notre ombre”

  1. Micky

    Bravo ! Extrêmement bien écrit et très clair… La démocratie ce sera pour beaucoup plus tard, voir jamais selon le misérable Roustan!
    Le Combat Continue!

  2. NAVARRO

    Comment peut-on vouloir d’un maire aussi inhumain,qui ne fait et n’entend que ce qu’il veut,sans se soucier de ce que pense la majorité des alésiens?

  3. bachelard

    Ne rien lâcher lorsqu’il s’agit d’ôter la barbarie.
    Lorsque le dialogue est difficile voire impossible : résister !
    Vive la vie !

  4. Laurens

    Et si Roustan, en lieu et place d’une rouste, recevait une cajolerie susceptible de lui faire oublier les raisons essentielles de sa psychonévrose d’impuissant orgastique ? Par exemple : « Et si M. le Maire, vous étiez reconnu par une pétition de 55 % de vos administrés comme le Père de la Cité Exemplaire du XXIème s., Allez-Alès !, qui voit ses nombreux citadins âgés parrainer autant de juniors en manque de devenir ? »

  5. sylvana

    Je crois que ces dirigeants de villes tauromafiaques, n’ont aucune idée de la sympathie qu’ils gagneraient auprès de la France entière. VIVE le Maire qui prendra cette courageuse décision. Il y gagnera sur tous les plans ! Les autres suivront, ils n’auront pas le choix ! Allez Fournier ! Allez Roustan et les autres !!! ALLEZ !!!

  6. anti

    Mon fils m’a dit quand je lui ai raconté, m’a répondu : « Ben, ton maire, il était pas très Alèse !  » Mdrrr ! Il est bon ce petit ! Comme quoi, l’esprit n’attend pas le nombre des années… Puisse-t-il insuffler du bon sens aux Alésiens l’an prochain quand ils iront aux urnes.

    Pour en revenir à hier, je n’ai vu dans la non réponse de Roustan que le fait de se défiler devant l’affrontement d’avis divergeant du sien et de quelques uns de ses administrés. Pour des gens qui soutiennent la corrida en prônant la beauté du « combat », ils ne se posent pas en exemple. Dans la même veine, le fait de reporter la décision à un conseil ultérieur se tenant un lundi matin est loin de la valeur de « combat loyal » que brandissent volontiers les aficionados en parlant de la corrida. On voit bien la veulerie de ces personnes qui nous parlent de respecter un avis quand nous, nous demandons le respect de la Vie.

  7. anti

    Lu dans le Midi Libre de ce jour :

    Les anticorridas se sont levés, brandissant des slogans et huant le maire. (FRED GAUTIER)

    Ils étaient dans l’obscurité à l’arrière de la salle du Capitole, assistant au conseil municipal parmi le public, comme le taureau dans son toril. Et soudain les anticorridas ont bondi dans l’arène municipale, scandant des slogans, piqués au vif par l’absence de réponse du maire Max Roustan lorsque Benjamin Mathéaud (PS) lui a demandé pourquoi le dossier de la délégation de service public concernant les arènes d’Alès avait été retiré du conseil de lundi soir.

    Le coup de grâce est venu lorsqu’ils ont appris que la délégation de service public ferait l’objet d’un conseil municipal extraordinaire lundi 28 janvier à 9 h 30, un horaire pour le moins tout aussi extraordinaire.

    http://www.midilibre.fr/2013/01/22/chantier-au-palais-de-justice-fabrice,630867.php?fb_action_ids=10151454570956518&fb_action_types=og.recommends&fb_source=other_multiline&action_object_map={%2210151454570956518%22%3A474497812587234}&action_type_map={%2210151454570956518%22%3A%22og.recommends%22}&action_ref_map=[]

  8. anti

    Autre article intéressant, toujours dans le Midi Libre, en date du 23 mai 2012 :

    Alès Chaude ambiance au conseil municipal : « Il est malade… Il faut le piquer »

    L’élu Benjamin Matheaud (PS) a porté plainte contre le maire (UMP) d’Alès, Max Roustan, pour des propos jugés insultants à son encontre, tenus lors du conseil municipal le 13 février dernier. « J’ai attendu près d’un mois et demi pour éviter tout amalgame avec la campagne de la présidentielle, mais aussi pour donner le temps à des excuses qui ne sont jamais venues. »

    Une citation directe à comparaître a été déposée le 24 avril auprès du tribunal d’Alès, au titre « du délit d’injure publique envers une personne chargée d’un mandat public. » Elle vise ce que le conseiller qualifie de « sérieux dérapage. M. Roustan me mettant en cause s’est écrié : “Non mais il déconne à plein tube là quoi, il faut le soigner, il est malade là”, “Il faut le piquer là ! Oh oh vite !” »

    Ces citations corroborées « par plusieurs témoignages et un enregistrement privé réalisé ce soir-là ont fait l’objet d’une retranscription devant un huissier de justice », souligne Me Stéphane Allard, avocat du plaignant, « si le juge le désire, il peut toujours se référer au verbatim officiel de la séance publique ».

    Benjamin Mathéaud est-il le Lucky Luke du contentieux que dépeignent volontiers ses détracteurs ? « Je ne tire pas une jouissance particulière de cette action en justice qui me coûte de l’argent et du temps, répond-il. Avec cette procédure, je veux mettre un coup d’arrêt aux manières peu républicaines de M. Roustan. De nombreuses personnes dont certaines ne partagent pas mes opinions, m’ont confié être choquées de la manière dont il se comporte en conseil municipal. »

    L’image d’un maire Rabelais qui parlerait comme Raimu, un braillard à la faconde hilarante, embarrassée d’aucune bienséance, et qui en dépit d’éventuelles conséquences parle vrai, là où d’autres chattemites se carapatent en révérencieuses politesses, bref ce que beaucoup d’Alésiens résument par “c’est Max”, agace particulièrement le conseiller PS. À l’entendre, “il est pas libre Max” : « Quand on est maire et jusqu’à présent député, on se doit de donner l’exemple et faire attention à son langage. »

    Benjamin Mathéaud ne réclame qu’un euro de dommages et intérêts, d’une valeur symbolique et politique : « En démocratie on peut tout se dire à condition de respecter ses interlocuteurs. Je ne suis qu’un simple conseiller municipal mais à travers moi c’est une partie des Alésiens qui ont voté pour l’opposition que M. Roustan méprise. Ce n’est pas la première fois que mis en difficulté, il choisit l’agression verbale pour esquiver le débat de fond. Il pratique l’insulte comme dernier argument quand il ne trouve rien à dire. »

    Christophe Rivenq, directeur de cabinet du maire, « Max Roustan, refuse de s’abaisser à répondre », lui réserve le même retour de bâton, « Quand on n’a pas grand-chose à dire, on laisse les tribunaux parler à sa place. Si on ne sait pas se battre dans l’arène politique, il faut changer de métier. À défaut de tribune électorale, l’élu socialiste cherche par tous les moyens, y compris les polémiques stériles à faire parler de lui. Nous, on s’occupe de l’avenir du territoire pas de son avenir. La justice tranchera comme elle l’a fait récemment pour l’action intentée par la CGT. »

    Le tribunal justement tiendra une première audience vendredi 25 mai à 9 h, afin de fixer le montant de la consignation à verser pour que la procédure suive son cours.

    Le fameux vif échange du conseil municipal du 13 février, surfe sur internet et comptabilise près de 5 000 vues.

    http://www.dailymotion.com/video/xopv90_max-roustan-depute-maire-ump-d-ales-insulte-benjamin-matheaud-conseiller-municipal-d-ales-ps_news

    * * * * * * *

    Eh bé ! C’est scandaleux !!!

  9. Temple

    @ Bonjour Sylvana – et tout le monde,
    Je viens de lire sur je ne sais plus quelle page ton commentaire concernant la censure de Midi Libre qui était autrefois bien moins intolérante. De mon côté, je n’essaie même plus d’y poster quoi que ce soit – à part quelques messages ironiques aux censeurs – car mes messages atterrissent quasi systématiquement à la poubelle.
    Bien sûr, ce manque de fair-play peut être énervant, mais au fond, c’est très bon signe, signe jubilatoire même que le monde de la tauromachie est tellement affaibli qu’il ne tolère plus la moindre pichenette. Alors, continuons à les contredire et à dénoncer leurs mensonges. Les sites de SudOuest et Newsring et bien sûr Youtube, sont accueillants : quelqu’un en connaît d’autres ?

  10. sylvana

    Bonjour Temple ! CQFD !!!
    Ma censure a duré « un certain temps » et était systématique. Rassure toi Temple ça continue … sauf que ce n’est pas systématique ! Si les informations les gênent, en particulier lorsque je fais réf. ou que j’indique les liens A.G. (je l’ai d’ailleurs signalé) et ils l’ont fait paraître, mais je suis toujours censurée dès que j’apporte une info qui n’est pas en leur faveur.
    Comme dernièrement j’ai formulé mon avis sur l’inscription de la corrida au patrimoine, en précisant que la commission, depuis 2011 (date de leur inscription sur l’inventaire) s’était réunie deux fois depuis, (la commission se réunie une fois par an, en novembre) et qu’aucune décision n’avait été prise. J’ai rajouté ce que je pense, que ce projet, c’est l’Arlésienne, une vraie bombe, et qu’elle ne sortira jamais des tiroirs du ministère de la Culture. Censurée à chaque fois ! Mais comme tu l’écris c’est très bon signe ! La fin approche à grands pas et elle est inéluctable, ILS LE SAVENT !!!
    Nos amis de ce blog vont certainement te donner les renseignements que tu demandes.

  11. sylvana

    Précision : lorsque que j’ai écris en demandant pourquoi on ne publiait pas quand je donnais un avis en indiquant l’adresse du lien A.G. c’est le commentaire de mon mécontentement qui a été publié. Les commentaires faisant l’objet de ma plainte n’ont jamais été publiés !

  12. HENRY

    Bravo Anna et les autres ! J’habite loin, à Caen, et ce n’est ici ni le pays du soleil ni celui de la tauromachie (ni celui des ignobles combats de coqs du Nord) mais j’approuve et partage et soutiens totalement votre cause. Beaucoup de petits potentats locaux n’ont pas encore pris conscience que les temps changent, que le vent tourne et que le temps leur est compté. Merci pour votre engagement, oui, merci cent fois !

  13. noisette

    J’étais à ce conseil municipal pour soutenir la lutte anti-corrida. C’était mon premier conseil et en tant que citoyenne, j’ai été attristée du piètre niveau de M. Roustan : politique , réparties, propositions, attitude pendant le temps de parole de l’opposition,… Tout le comportement de ce maire et de ses adjoints montrait un dédain et une impolitesse assez insupportables. Mauvais point et on comprend que son dédain vis à vis de la demande des anti torture de taureaux n’est ni plus ni moins l’image de ce qu’il est plus généralement. Vive le CRAC et vivement la fin des sanglantes corridas!

  14. Omegane

    Tous les ans, je parcours des centaines de kilomètres pour passer quelques semaines dans un petit coin de Cévennes cher à mon coeur, non loin d’Alès.
    Mais je ne peux me résoudre à me rendre dans cette ville pour tout ce que représente à mes yeux la médiocrité crasse de son équipe de décideurs. En raison de cet effet répulsif, je vais dépenser ailleurs mes économies, ne pouvant me résoudre à prendre le risque de les laisser se déverser dans ses répugnantes arènes.
    Puis-je espérer que cela change un jour ? Merci à tous ceux qui là-bas, dans mes chères Cévennes, y consacrent leur temps, leur énergie et leur courage.

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