QPC corrida : enfumage à la tête de l’Etat

Quand il s’agit de corrida, les ministres aficionados de gauche ne valent pas mieux que les ministres aficionados de droite. Après les obstacles dressés par le précédent garde des sceaux pour tenter de planter la procédure, c’est au tour du nouveau premier ministre de faire pression pour que le Conseil constitutionnel rejette la QPC relative à l’inconstitutionnalité de la corrida. De toute évidence, le lobby tauromachique a des relais partout et il y en a au gouvernement qui ne veulent absolument pas d’une possible abolition de la corrida.

C’est ainsi que le cabinet de Jean-Marc Ayrault a écrit à deux reprises en juillet au Conseil constitutionnel pour plaider le maintien de la corrida et rejeter le bien-fondé des arguments juridiques soulevés par le CRAC et DDA.

Selon la chef du service de la législation et de la qualité du droit déléguée par le Premier ministre, « il n’appartient pas au Conseil constitutionnel de substituer son appréciation à celle du législateur sur les motifs d’intérêt général qu’il a ainsi retenus pour justifier une exception à des dispositions réprimant les sévices et les actes de cruautés relatifs à certains animaux », aussi a-t-elle « l’honneur d’inviter le Conseil constitutionnel à déclarer conforme à la Constitution l’article 521-1 du code pénal. » Le directeur adjoint au secrétaire général du Gouvernement, Thierry-Xavier Girardot, en remet une couche dans un second courrier pour appuyer cette position.

Aux yeux des brillants juristes du cabinet d’Ayrault, c’est clair : leurs confrères du Conseil d’État sont des nuls. Ils auraient dû être recalés dès leur première année de droit pour avoir estimé valide la demande de QPC, en confirmant le risque sérieux d’inégalité devant la loi que soulève l’alinéa autorisant les corridas et en transmettant le dossier au Conseil constitutionnel. N’importe quel chef de service ou directeur adjoint en sait plus qu’eux en la matière. A moins qu’au Conseil d’État, ils ne soient tous un ramassis d’activistes jusqu’au-boutistes de la cause animale.

Le CRAC a donc écrit à plusieurs reprises au chef de l’État pour protester contre les agissements des services du Premier ministre. La veille de l’audience au Conseil constitutionnel, Hélène Vaquier, présidente du CRAC, a reçu cette réponse :

Le 10 septembre 2012

La correspondance que vous avez adressée au Président de la République lui est bien parvenue et il m’a confié le soin de vous répondre.

Soyez assurée de l’attention portée à vos préoccupations réitérées concernant l’inscription de la tauromachie au patrimoine culturel immatériel de la France. Il a également été pris note de vos remarques au sujet des récentes décisions du Conseil d’État relatives à la constitutionnalité de cette mesure.

A cet égard, vous le savez, le Chef de l’État ne peut, sans porter atteinte à l’indépendance de l’autorité judiciaire dont il est le garant, intervenir dans une procédure, émettre une appréciation sur les décisions rendues ou en modifier la portée.

J ’ai toutefois transmis votre courrier à Madame Christiane Taubira, Garde des Sceaux, ministre de la justice, ainsi qu’à Madame Aurélie Filippetti, ministre de la culture et de la communication, déjà saisie de votre précédente démarche.

Je vous prie d’agréer, Madame la Présidente, l’expression de mes hommages.

Pierre Besnard
Chef de Cabinet du Président de la République

Fort bien, mais que valent la prétendue neutralité du Président de la République et son refus d’interférer avec une procédure juridique en cours si son Premier ministre n’a pas les mêmes scrupules et se livre à un travail de sape délibéré ?

Rien.

Ils nous font le coup du gentil et du méchant. En termes clairs, on appelle cela de l’hypocrisie, de la manipulation, de l’enfumage, du foutage de gueule. Le vice est poussé loin dans cette réponse de tartuffe quand il est précisé que les protestations du CRAC ont été transmises aux deux ministres qui, de fait, auraient dû traiter ce dossier dès le début. Est-ce pour tenter de rassurer ces grands enfants naïfs que sont les militants anti-corridas ? Mauvaise pioche : ces deux ministres n’ont eu à aucun moment la voix au chapitre ni la moindre chance d’intervenir dans la procédure. Il faut dire qu’elles ont le grave défaut d’être anti-corridas.

Pourtant, ce sont bien leurs homologues du gouvernement précédent qui avaient géré ce dossier, eux, et pour le pire : Frédéric Mitterrand avait mis la corrida à l’inventaire du patrimoine culturel de la France et Michel Mercier s’était opposé à ce que la QPC parvienne au Conseil constitutionnel. Ne voyez aucun lien de causalité au fait que ces deux-là étaient justement des ministres procorridas d’un président de la république et d’un premier ministre procorridas.

Dans le nouveau gouvernement de gauche, les ministres de la culture et de la justice sont anticorridas mais le premier ministre étant procorrida, il ne s’est pas privé d’exercer ses prérogatives. C’est lui qui est allé au front au nom de tout le gouvernement, forcément solidaire avec lui bien entendu.

Mais peut-être que de tout cela, Hollande – pour rester neutre – n’en savait rien jusqu’à la veille de la session du Conseil. Personne ne lui dit rien, vous comprenez.

Ne cherchez pas l’erreur, elle ne se cache même pas.

5 Replies to “QPC corrida : enfumage à la tête de l’Etat”

  1. lecocq Post author

    J’attendais beaucoup de ce gouvernement car le précédent manquait cruellement d’humanisme, d’empathie et étaient pratiquement tous aficionados…
    Malheureusement dans celui ci, on laisse impunément se prononcer les pro corrida Mr Ayrault, Valls et Mme Carlotti alors que les sages doivent statuer sur la QPC…
    Honte à la France qui a classé cette barbarie issue d’Espagne à son patrimoine!
    J’espère au moins que l’on tiendra compte des 80% de Français opposés à ces jeux barbares…

  2. Anna Galore Post author

    Immense déception, en effet !

    Si le Conseil constitutionnel recule, ce seront à ces 80% de Français de peser pour que les politiques comprennent enfin que plus personne à part une poignée n’en veut, de cette horreur.

    Je vais mettre en ligne dans la matinée un nouveau communiqué du CRAC qui décrit plus en détails le double-jeu de Hollande et les manœuvres d’Ayrault et Valls autour de la QPC.

  3. Mélanie Post author

    Déçue également , c’est effarant qu’au 21ème siècle cette pratique barbare soit encore autorisée, surtout quand la majorité des Français est scandalisée par ces « spectacles » qui ne plaisent qu’au personnes manquant cruellement de compassion, de respect et d’humanisme, c’est donc ça l’image du Gouvernement, bravo, la France dans toute sa splendeur …. Honte à vous et à tous ceux qui soutiennent cette horreur !! Et Bravo au reste du peuple qui continue à se battre pour abolir la Corrida, je croyais que le nouveau Président serait  » à l’écoute des Français  » Décidément ils savent bien mentir ces politiques.

  4. anti Post author

    Quelle déception en effet ! Autant d’énergie déployée pourquoi ? Pour conserver une tradition étrangère cruelle et malsaine alors qu’on aurait tant besoin de modèles de paix et de non violence, basés sur la compassion.

  5. Sanchez Post author

    DECEPTION EN EFFET. AVOIR MIS LA CORRIDA AU PATRIMOINE CULTUREL FRANCAIS EST UNE HONTE et c’est mécontenter une grande partie des français qui sont contre cette tuerie barbare en public. SI CE NOUVEAU GOUVERNEMENT NE FAIT RIEN C’EST QU’IL NE VAUT PAS MIEUX QUE LE PRECEDENT ET DECOIT CEUX QUI ONT VOTE POUR LUI.

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