La Femme aux Semelles de Vent

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Il y a tout juste 140 ans, le 24 octobre 1868 à Saint-Mandé dans le Val-de-Marne, naissait une grande femme, une femme surprenante au caractère bien trempé, avec un coeur gros comme ça, l’orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra, journaliste, écrivain et exploratrice française : Alexandra David Neel.

Il semble que Louise Eugénie Alexandrine Marie David possède un certain goût du voyage dès son plus jeune âge. En effet, à quatre ans et demi, elle fugue dans le bois de Vincennes. A 15 ans à peine, elle fugue de Belgique où elle est en vacances et s’embarque pour l’Angleterre où elle ira s’installer à peine son diplôme de chant théâtral français au Conservatoire royal de musique de Bruxelles en poche. Elle sait déjà qu’elle veut voyager en Indes et qu’elle doit maîtriser l’anglais pour pouvoir y aller.

A londres, elle fait connaissance avec des membres de la Société Théosophique. Ces contacts lui seront précieux lorsqu’elle se rendra à Ceylan et en Inde car elle sera recommandée par cette société qui y a fondé plusieurs centres d’accueil pour les Européens.
Cette association internationale, créée à New York en1875, a pour but « de prouver que toutes les religions du monde se valent, de promouvoir l’étude des littératures et des religions de l’Orient et d’étudier les sciences occultes et développer les pouvoirs psychiques de l’individu.»
Tous ces gens qu’elle rencontre, piqués d’ésotérisme, lui font prendre conscience qu’il y a une place à prendre dans un travail de vulgarisation intelligente de ces cultures mystérieuses qui fascinent tant et qui étaient jusqu’ici l’affaire de quelques érudits universitaires dont les ouvrages spécialisés restaient totalement hermétiques à la compréhension du commun des mortels.

Après Londres, elle s’installe à Paris pendant 3 ans, puis, part à Tunis où elle rencontre l’ingénieur Philippe Néel, qui travaille pour l’extension des chemins de fer dans les colonies nord-africaines qu’elle épousera à l’âge de 36 ans, ce qui, pour l’époque est bien tardif.

L’orientalisme est très à la mode en ce début de XXe siècle dans une certaine couche de la bourgeoisie qui se veut à l’avant-garde. Bien qu’elle se montre très critique envers le public qui s’intéresse aux philosophies orientales et aux hurluberlus qui gravitent dans certains cercles d’initiés, Alexandra veut devenir quelqu’un dont la compétence sera reconnue sérieusement dans ce domaine.

Ainsi, entre 1900 et 1910, son ambition réalisée est que :
« Notre orientaliste de vocation a trouvé un  » créneau » dans l’édition : la vulgarisation, qui permet à un public éclairé mais non-spécialiste de découvrir des textes peu connus.»

Le 9 août 1911, elle embarque à Marseille pour son premier grand voyage vers les Indes. Elle a alors quarante-trois ans et son mari cinquante. Ils ignorent qu’ils ne se reverront que quatorze ans plus tard !

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Le XIIIe Dalaï-Lama

1911-1924 « Le lointain voyage », les mille chemins de l’Asie

Alexandra David-Néel vaincra le Tibet interdit et gagnera une notoriété mondiale en étant la première Occidentale à pénétrer à Lhassa, en février 1924. Mais avant cela, elle aura sillonné, pendant treize ans, les routes de Ceylan, de l’Inde, du Sikkim, du Népal, du Bhoutan, de la Birmanie, de la Malaisie, de l’Indochine, du Japon, de la Corée, et bien sûr de la Chine.

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Des dizaines de milliers de kilomètres parcourus avec tous les moyens de locomotion possibles et imaginables : bateaux, trains, rickshaws, charrettes, barque en peau de yacks, à dos de cheval, de yack, d’éléphant, en chaise à porteur ou en palanquin et même à dos d’homme ou suspendu à un crochet de bois glissant le long d’une simple corde au dessus des eaux tumultueuses du Mékong! Et surtout, elle s’est révélée une
marcheuse exceptionnelle et infatigable ! A un âge où les femmes de son époque étaient considérées comme déjà à la porte de la vieillesse, Alexandra David-Néel a repoussé leslimites de son énergie physique et de sa force psychique hors du commun au-delà de tout ce qu’elle-même pouvait imaginer.

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Gangtok

Alexandra vivra jusqu’à 101 ans… Son histoire merveilleuse et passionnante est à lire dans ce pdf de Clio de Siebenthal . Je m’en suis largement inspirée pour cette note, tellement qu’à l’origine elle faisait 19 pages, c’est pourquoi je préfère vous renvoyer directement vers le document !!!

Le site officiel : de La Fondation Alexandra David-Neel à Dignes.

Concernant Lhassa, cité interdite aux étrangers, Le National Géographic (en anglais) a reproduit l’article de 1955 My Life in Forbidden Lhasa, l’histoire de et par Heinrich Harrer (histoire qui inspira Sept ans au Tibet, le film de Jean Jacque Annaud).

A écouter, si vous le souhaitez, en lisant :

Anti

12 Replies to “La Femme aux Semelles de Vent”

  1. Anna Galore

    Un destin hors du commun, un parcours extraordinaire. Elle m’a fait rêver depuis la première fois où j’ai entendu parler d’elle quand j’étais jeune ado.

    On n’arrive pas à imaginer comment une femme, à cette époque-là, a pu traverser une bonne partie de l’Himalaya jusqu’à Lhassa, avec une tenue de montagne plus que sommaire, puis se faire accepter par les Tibétains (au passage, apprendre leur langage) et rencontrer les plus grands lamas de l’époque.

    Fabuleux, à tous les sens du terme.

  2. anti

    Tout cela est parfaitement décrit dans le pdf, tant et si bien que je n’en n’ai pas parlé. J’ai omis de recopier aussi l’anecdote lue sur Wiki :

    « Mais Alexandra David-Néel est finalement démasquée (pour cause de propreté trop grande : elle allait se laver chaque matin à la rivière), et dénoncée à Tsarong Shapé (le gouverneur de Lhassa). »

    Une femme parmi d’autres que je trouve fascinante.

    anti

  3. voiedoree

    Le premier avis que les Maîtres donnent aux néophytes est « doutez ! ». Le doute incite à la recherche et la recherche est la voie qui conduit à la connaissance. »
    {Livre, Enseignements secrets des bouddhistes tibétains (Les), Alexandra David-Neel, Ed. Adyar}

  4. terrevive

    Je viens de visiter sa maison-musée. Quelle femme !!! Chaque photo nous emmène vers des situations qui nous laisse médusés.

    La fin de la visite dans l’intimité de son bureau et de sa chambre avec sa secrétaire toujours vivante qu’elle appelait « Tortue » est presque magique.

    Un lieu qui vaut le détour-pèlerinage mais qui pourtant ne reste pas passéiste puisqu’il aide les populations du Tibet grâce au petit magasin très actif.

  5. anti

    Merci pour ce retour Terrevive. Nous n’avons pas encore trouvé le temps de nous rendre à Digne, mais l’envie reste présente et ton commentaire la ravive.

    « Je viens de visiter sa maison-musée. Quelle femme !!!  »

    Oui, et particulièrement bien entourée à ce que je viens d’apprendre 😉

    « … Mahmoud Darwich, Alphonse Daudet, Kathy Dauthuille, Alexandra David-Néel , Leif Davidsen, Liam Davison, Kéthévane Davrichewy, Abha Dawesar, Antoine  »

    Source : http://www.1auteur.com/auteurs.html

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