La Grotte de Blandas

une2.jpg La semaine dernière, la Direction régionale des affaires culturelles du Languedoc-Roussillon a annoncé la découverte de nombreux vestiges archéologiques dans une grotte située sur le Causse de Blandas dans le Gard, grotte qui pourrait être restée fermée depuis 5 000 ans.

L’exploration de la grotte du causse de Blandas a débouché sur ce que les spécialistes du néolithique considèrent comme une découverte majeure de l’archéologie. Nous publions aujourd’hui un document. Il montre le menhir qui obstruait la cavité. Il empêchait d’accéder à un important réseau souterrain fréquenté par les hommes il y a 5 000 ans.

La stèle gravée apparaît au grand jour après les travaux de dégagement.

C’est une histoire digne d’un épisode d’Indiana Jones. L’histoire de spéléologues spécialisés dans l’inventaire des grottes caussenardes. Ils viennent de pénétrer dans l’un de ces trous qui font du plateau de Blandas un véritable gruyère. Les spéléos progressent depuis quelques minutes quand ils sont arrêtés par un bloc de grès qui obstrue le boyau, un obstacle qui n’a rien de naturel. Pour preuve : des inscriptions sont gravées dans la pierre.

Peyrarines_1.jpg Les spéléologues remontent à la surface et découvrent que le sommet de l’obstacle émerge du sol, au centre d’une sorte de dépression. Il fait penser à un menhir aux trois-quarts enterré dans des remblais. Ils ignorent alors qu’il leur empêche d’accéder à ce qui sera sans doute l’une des découvertes majeures de l’archéologie régionale.

Car des menhirs, il n’en manque pas sur ce causse situé au nord du grand cirque de Navacelle. On en a recensé une soixantaine. Il y a là aussi des dolmens ainsi que de bien mystérieux cercles de pierres dressées qu’on appelle des cromlechs. Ils témoignent d’une vie foisonnante au néolithique.

Pour l’archéologue Philippe Galant, qui travaille à Blandas depuis une vingtaine d’années, une telle concentration est simplement due aux conditions de conservation. « Jusqu’à nos jours, le maintien d’une agriculture raisonnée a permis de bien préserver les sites », explique-t-il.

Philippe Galant a bien sûr été l’un des premiers prévenus quand les spéléologues ont averti la Direction régionale des affaires culturelles de leur découverte. Il fut même l’un des premiers à pénétrer dans la cavité après que l’on eut dégagé la stèle.

Ce qu’on découvre alors va au-delà de toutes les espérances. Des grottes où les hommes du néolithique ont laissé leurs marques, soit parce qu’ils en extrayaient de l’eau, de l’argile, de la calcite pour leurs parures ou le dégraissage de leurs céramiques, soit parce qu’ils s’en servaient de lieu de sépulture, on en a recensé quelques-unes en France : une dizaine pas plus au cours des cent dernières années dont deux à Blandas.

Mais ce qu’elles renfermaient n’a rien à voir avec ce que livre la caverne au menhir.

Une fois la stèle prudemment dégagée et transportée au musée Cévenol du Vigan, les archéologues tombent sur des couloirs aménagés, des vases pour la récupération de l’eau, des ossements humains et surtout des entrelacs de lignes à la géométrie complexe. Ils ont été dessinés entre 4 et 6 mètres de hauteur sur les parois, probablement à l’aide d’échelles ou d’échafaudages.

Cette expression symbolique qui déroute le chercheur, a-t-elle un lien avec les sépultures qu’abritent la cavité ? Que vont lui apprendre les dizaines d’objets retrouvés, leurs positions ? Pourquoi l’accès au réseau a-t-il été obstrué à l’aide d’un ingénieux stratagème ?

Philippe Galant en est sûr : la grotte au menhir devrait faire faire un grand pas à la connaissance de ces populations du néolithique qui ont développé, autour de l’arc méditerranéen l’une des premières économies agropastorales de l’humanité.

Retrouvé dans l’état où il a été laissé lors de l’abandon des lieux, le mobilier archéologique a déjà livré une première information : l’âge de la stèle gravée. Elle est vieille de plus de 5 000 ans.

5 000 ans d’humanité dévoilés au grand jour dans la grotte de Blandas

Au néolithique (de 9 000 ans à 3 000 avant notre ère), les causses calcaires étaient un lieu d’habitat privilégié.

Dans la galerie souterraine devenue accessible après avoir été close depuis la fin du néolithique, les archéologues sont allés de découverte en découverte.

Ils sont tombés d’abord sur un important mobilier laissé à l’état d’abandon. Il y avait là un grand nombre de vases destinés à la récupération et au stockage des eaux souterraines. Mais il y avait aussi de nombreux ossements humains. Ils témoignent de l’utilisation de la grotte comme lieu de sépulture. Plusieurs aménagements comme un couloir de circulation, des murs de terrasses et de division de l’espace ont pu être observés. Enfin, les parois présentent de nombreuses traces charbonneuses dont une partie est liée à l’utilisation des éclairages préhistoriques, probablement des torches.

D’autres traces correspondent à plusieurs panneaux organisés qui regroupent des dessins schématiques linéaires situés entre 4 et 6 mètres de hauteur par rapport au sol. Ils ont donc été tracés en utilisant des échelles ou des échafaudages. Des mesures de mise en sécurité ont été prises dans l’attente de la mise en place d’un programme de recherche et de conservation. Celui-ci devra permettre de mieux comprendre l’utilisation de la cavité comme citerne et comme sépulture et d’analyser les dessins volontairement tracés sur les parois il y a 5000 ans pour tenter de préciser leur signification.

Cirque-de-navacelles.JPGPhoto Cirque de Navacelles

Ici, reposent les premiers caussenards.

Le site découvert sur le causse de Blandas (Gard) présente un intérêt majeur. « Ce sont sûrement les premiers Caussenards. Ils vivaient d’élevage et commençaient à cultiver des céréales, tout en étant toujours un peu chasseurs-cueilleurs. » Quand Philippe Galant, archéologue de la Drac, spécialiste du causse de Blandas – à un jet de pierre du cirque de Navacelles – évoque ces hommes du Néolithique devant les habitants du Blandas d’aujourd’hui, il dit, plein de respect, « les gens ».

Des gens de la Préhistoire puisqu’on est là entre 3 100 et 2 900 avant J.C qui vivaient là, en hameau de trois ou quatre familles. « Comme on vivait ici jusque dans les années 50 : des fermes isolées, de l’élevage de moutons », poursuit Philippe Galant qui a commencé
à tirer les premiers enseignements de la découverte.

« Le menhir qui a permis aux spéléologues de découvrir la grotte est plutôt une stèle, à la surface travaillée. Elle est en grès, une pierre dont le plus proche gisement se trouve à Montdardier à 5 ou 6 km de là. Elle a été transportée ici, puis sciemment réutilisée pour condamner l’accès à la cavité. Auparavant, elle était probablement au centre de l’habitat préhistorique dont on a trouvé des traces au sol. »

Pourquoi les hommes du Néolithique ont-ils un beau jour renversé la stèle de 540 kg, pour barrer le passage d’un long couloir menant à une grotte ? « Sans doute ont-ils fui, et ont-ils cherché à dissimuler toute trace de leur vie ici », suppose Philippe Galant.

L’ironie veut qu’ainsi renversée, 13 centimètres de cette stèle d’1,75 mètres, étaient à l’air libre. Combien de Caussenards ont-ils trébuché dessus en 5 000 ans ? Mais il a fallu l’intuition d’Aurélien Etienne, jeune spéléo de 25 ans, pour trouver la galerie de 80 mètres de développement, à forte pente, dont la hauteur de voûte atteint presque 10 mètres à l’intérieur.

Au vu des vestiges archéologiques présents en nombre sur le sol, le jeune homme a eu l’heureuse idée d’interrompre son exploration et d’en référer aux archéologues de la Drac. « L’ensemble de cette galerie a été aménagé par des constructions en pierres sèches. Dessus étaient posés des vases de stockage en céramique de 40 à 100 litres de contenance, destinés à recueillir l’eau du goutte à goutte. Ils sont brisés, mais d’énormes tessons jonchent le sol, de même que des ossements, parfois pris dans la calcite. Il doit y avoir 30 individus. C’est une grotte sépulcrale, qui a aussi eu une vocation de citerne. C’est un site organisé, extrêmement bien conservé. »

Les archéologues de la Drac sont en revanche perplexes quant à la signification de ces signes tracés sur les murs. « Je crois qu’on a plusieurs décennies de travail devant nous », sourit Philippe Galant. Et l’on n’a jamais vu archéologue plus ravi d’être submergé de travail.

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Sources Midi Libre, Les infos vertes. Photo 1, ministère de la culture, autres, Wikipédia.

10 Replies to “La Grotte de Blandas”

  1. Anna Galore

    Fantastique ! C’est fascinant de savoir qu’il reste encore des milliers de sites superbes à découvrir, juste là, sous nos pieds.

    Et en plus, on habite juste à côté (pas de nos pieds, de Blandas).

  2. ramses

    Encore une très belle découverte (avec les empreintes de dinosaures de l’Ain).

    Une constatation aussi : c’est sur des sites relativement préservés que l’on retrouve ces vestiges. Je n’ose imaginer ce qui a été définitivement enfoui sous le béton…

  3. Anna Galore

    « Je n’ose imaginer ce qui a été définitivement enfoui sous le béton… »

    Ca fait peur, en effet… Sous chaque ville dorment des vestiges parfois vieux de plusieurs milliers d’années et perdus à jamais…

  4. Anna Galore

    Je faisais allusion à ce qui pouvait bien se trouver encore plus profond c’est à dire beaucoup plus ancien (traces d’hommes préhistoriques, restes de dinosaures, flore des origines, etc).

    Et même ces mosaïques, on ne les a trouvées que parce qu’on creusait un parking. Partout où on n’en creuse pas (donc sur 98% du reste de la ville ?), ce qui est là, dessous, est perdu.

  5. Netsah

    Trop bien 🙂
    C’est une suite d’articles paléo ^^ j’adore ça. Moi aussi il me tarde de voir ce qu’ils y trouvent O.o
    Quand ils ont fait le métro à Toulouse ils ont trouvé plein de choses de l’époque gallo-romaine, l’expo était très intéressante.

  6. Kathy Dauthuille

    Quelle découverte ! C’est vrai qu’il y a plein de menhirs dans le coin. C’est un lieu encore préservé d’une certaine façon ; la preuve !
    Attendons la suite des informations à ce sujet.

  7. Terrevive

    Je reviens de Blandas où j’ai passé trois jours ; il y avait « L’étrange rendez-vous » avec des conférences dans la nature (en moyenne 6 par jour) toutes passionnantes. J’ai pu voir les cromlechs mais j’aurais voulu en savoir davantage sur le lieu car il y a des menhirs avec un aspect féminin ; tout cela est très troublant.

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