Vautours toujours !

A la suite de l’article sur les Funérailles célestes, s’en était suivi une discussion sur le vautour. J’y reviens aujourd’hui pour le compléter maintenant que Sapotille m’a envoyé ses très beaux dessins pour l’illustrer 😉

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Pour commencer, voici ce qu’on peut lire dans le Dictionnaire des symboles : Mythes, rêves, coutumes, gestes, formes, figures, couleurs, nombres de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant.

Le vautour royal, mangeur d’entrailles est un symbole de mort chez les Mayas.
Se nourrissant de charognes et d’immondices, le vautour est également considéré comme un agent régénérateur des forces vitales, qui sont contenues dans les décomposition organiques et les déchets de toute sorte, autrement dit comme un purificateur, un magicien qui assure le cycle du renouveau , en transmutant la mort en vie nouvelle.

C’est ce qui explique dans la symbolique cosmologique qu’il soit également associé aux signes d’eau, c’est le cas du calendrier Maya, et qu’il régisse les précieux orages de la saison sèche, assurant ainsi le renouveau de la végétation, et devenant de ce fait une divinité de l’abondance (comme la galore ?) On en voit en grand nombre, droits et sombres sur les îles limoneuses des grands fleuves comme le Mékong en face des villes et des villages.

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Calendrier aztèque

Ces mêmes raisons l’associent au feu céleste, à la fois purificateur et fécondant. Dans de nombreux rites indiens d’Amérique du sud, il est le premier possesseur du feu qu’un démiurge lui vole, généralement avec l’aide du crapaud.

En Afrique noire, chez les Bambaras, ce même symbolisme est poussé à ses plus extrêmes conséquences, sur le plan mystique, avec la classe des initiés vautour. Le vautour de Koré est l’initié, mort à la vie profane et qui vient de pénétrer dans la sagesse divine, purifié, brûlé par les épreuves initiatiques. Dans les sorties de la confrérie, il apparait comme un clown et surtout comme un enfant, car il vient de naitre, ou plutôt de renaître, mais dans le domaine transcendantal de Dieu, dont la sagesse revêt aux yeux des profanes, les apparences de la folie et de l’innocence. Et, comme un enfant, il se traine au sol et dévore ce qu’il y trouve jusque et y compris ses propres excréments : c’est qu’il a triomphé de la mort terrestre et il a le pouvoir de transmuer la pourriture en or philosophale. On dit de lui qu’il est le plus riche des êtres car il connaît seul l’or véritable.

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Le Vautour, illustration sur l’excellent site de H.Delboy.

On le célèbre dans une prière disant que si les dessus et le dessous de l’aliment sont pareil, c’est la vérité. Enfin, dans l’analogie établie entre les classes d’initiés et les échelons de la vie sociale, il correspond à la femme toujours parturiente. Il est donc aussi, en Afrique, comme en Amérique, un symbole de fertilité et d’abondance, sur tous les plans de la richesse : vitale, matérielle et spirituelle.

Dans Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci, Freud a fait du vautour une métaphore de la Mère. La déesse Vautour égyptienne, Nekhbet, était selon les croyances populaires, la protectrice des naissances.

Le vautour est parfois identifié à Isis dans le Texte des pyramides. Les paroles mystérieuses d’Isis, celles qui confèrent la vie, doivent être connues des défunts. La possession de l’oraison du vautour te sera bienfaisante dans la région des mille champs. C’est dans la nuit, les ténèbres, la mort que la déesse vautour revivifie l’âme, qui ressuscitera à l’aube.

Le vautour est aussi représenté dans un panier ou une corbeille représentant la matrice. Il figure souvent dans l’art Egyptien le pouvoir des Mères célestes. Il absorbe le cadavre et rend la vie, symbolisant le cycle de la mort et de la vie dans une perpétuelle transmutation.

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Illustration H.Delboy.

Un admirable relief d’Isis décore le temple de Philae qui lui est entièrement consacré, représentant la déesse assise sur son trône, de profile, le crâne enveloppé d’un casque surmonté d’un globe lunaire qu’encadrent comme une lyre deux cornes de vache.

Le vautour est encore dans les traditions gréco-romaine un symbole divinatoire. C’était un des oiseaux consacré à Apollon, parce que son vol, comme celui du cygne, du milan, du corbeau donne des présages.

Voilà ce qu’en disait le dictionnaire. Par ailleurs, j’ai trouvé ces informations très interessantes : dans la culture africaine, le Vautour est lié à la hyène chez les Bamanas (Détours des mondes) :

les Ultime stade de l’initiation chez les Bamana…Le Koré est censé faire de l’individu un homme accompli.
Le masque composite fait référence à la hyène. Il se veut l’expression de la connaissance surnaturelle.
Parce qu’elle est gloutonne, la hyène devient le symbole d’un goût immodéré pour l’acquisition du savoir.

Et au forgeron et à l’acacia :

Souvenons-nous du règne de Pemba et de Moussokoroni sur l’univers selon les Bamana . Ce fut une période de chaos et de dictature sanglante où l’ensemble de la création vécut totalement asservie et sans protection ; période de grandes sécheresses, Daba, Ma ou Bemba, c’est à dire Dieu, envoya Faro pour expier les fautes de Pemba, son jumeau, en poursuivant le double de celui-ci qu’est Moussokoroni.
Il plut alors abondamment sur terre et la prospérité s’installa. Restait à enseigner la culture aux hommes, ce dont se chargea Ndomayiri, le forgeron divin, suivi des animaux, oiseaux et végétaux civilisateurs, dont, au nom des deux derniers chez les Bamana, successivement : le vautour et l’Acacia.

(Association de Recherches Ouest Africaine)

Anti,véritable Hyène !

6 Replies to “Vautours toujours !”

  1. Anna Galore

    Hyper intéressant et très beaux dessins de Sapotille.

    Ce que je trouve de vraiment fascinant, c’est ce qui est dit des Bamana à la fin, avec la mention explicite du forgeron et de l’acacia qui rappelle bien des choses et suscite au minimum la curiosité d’en savoir plus.

  2. Jayshree

    Ça a l’air très intéressant… je vais prendre plusieurs temps temps à lire… et les desins sont très beaux… Merci Anti…

  3. Catherine

    les dessins de Sapotille sont magnifiques !

    J’ai lu l’article et commencé à suivre le fil… Et je suis comme Anna, curieuse d’en savoir plus sur le Koré et les Bamana…

  4. sapotille

    merci pour vos encouragements et merci Anti! ce blog est vraiment passionnant grâce à toutes ces recherches que vous faîtes! c’est un réel plaisir que d’y participer.. tellement de pistes à suivre, de liens à explorer… Le musée du quai Branly… j’aimerais y aller prochainement. Si quelqu’un y va pendant les vacances…ou aux alentours..

  5. anti

    C’est clair que l’histoire des Korés donne envie d’en savoir plus ! Entièrement d’accord ! Et le musée du quai Branly, pas encore fait mais très envie aussi.

    anti

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