L’envers du décor

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Bain. Mousse. Champagne. Rires. Effusions. Histoires de l’une et de l’autre. Emerveillement toujours présent des similitudes de nos vies passées et présentes dans les moindres détails…

Pour rire, encore, toujours, jamais trop, je décide de faire un topo sur « Le front de libération des arbres fruitiers » sans savoir où cela me mènerait. Beauté du voyage. Et là, j’entends Nougaro lire ces mots… ces mots, si… et tellement…

Amis bien aimés,

Ma loulou est partie pour le pays de l’envers du décor. Un homme lui a donné neuf coups de poignard dans sa peau douce. C’est la société qui est malade. Il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre, par l’amour, et l’amitié, et la persuasion. Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est un triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine

et je lis Anna, encore, un croisement de nos vies… encore. Si fort. Tellement en accord avec ce texte que j’ai écrit il y a quelques temps.

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« Demandez et vous recevrez
la Lumière
Cherchez et vous trouverez
la Vérité
Frappez et on vous ouvrira
les portes du Temple »

A l’époque, je venais de prendre un nouveau poste dans une société de production audiovisuelle et le tournage d’une série télévisée débutait. J’étais dans l’envers du décor ! Au delà du spectacle diffusé, il y avait un travail monumental, un nombre de personnes considérable qui oeuvrait, des nombreux corps de métiers étaient sollicités. Au delà des apparences, de ce que nous percevons, il y a bel et bien un autre monde.

L’envers du décor est un thème qui postule l’existence d’un spectacle universel constant auquel nous sommes en permanence exposés, consciemment ou inconsciemment. Il est alors question de la perception. Il y a un autre monde qui, bien que non visible, est présent, monde dont je ne connais rien, dont je ne peux me faire une représentation que de part le message de mes sens, messages que je ne peux interpréter que de par ce que je suis, mes expériences, mes uniques références.

Comment ne pas penser en cet instant à l’allégorie de la caverne de Platon (La République, Livre VII). En effet, la caverne symbolise le monde sensible où tous les hommes vivent et pensent accéder à la vérité par leurs sens. Mais cette vie, selon Socrate, n’est qu’illusion. Ce n’est que par l’interrogation permanente du philosophe que l’homme peut accéder à l’acquisition des connaissances associées au monde des idées, comme le prisonnier de la caverne accède à la réalité qui nous est habituelle. Le problème se présentant à ce stade pour la personne qui commence à percevoir la réalité de partager son expérience avec ses contemporains, car alors il se heurte à leur incompréhension conjuguée à l’hostilité des personnes bousculées dans le confort illusoire de leurs habitudes. Cela étant le sujet d’un autre débat… Ce qui me paraît important ici est d’une part l’idée que la connaissance des choses nécessite un travail, que nous devons faire des efforts pour apprendre et comprendre et j’ajouterai transmettre ; et d’autre part que le monde sensible apparaît comme la prison de l’âme. L’ignorance déforme la réalité. Il y a donc autre chose au-delà de nos sensations, au-delà des apparences.

L’envers du décor se présente comme un espace – au sens figuré et littéral – où toute création prend source, racine, forme, et sens en terme de signification et non plus d’interprétation. Or, qui dit espace pose la question du seuil, de ses marqueurs, ses repères. Où est cet espace ? Quelle est la frontière entre le monde des représentations et celui de la réalité ? Ce qui est fascinant réfléchissant sur ce thème c’est sa dimension hologramique. L’espace, les espaces, sont aussi bien celui du corps que celui de l’esprit.
L’envers du décor évoque la dialectique de l’être et du paraître qui va au-delà de l’acception sociale, et de son cortège de masques et de miroirs.

848677075.jpgEvidemment, il y a aussi le thème de la Vie et la Mort, réelle ou symbolique. Question importante s’il en est, qui a occupé les hommes depuis la nuit des temps. Toute initiation est une mort symbolique, et le concept d’au-delà est présent dans presque toutes les religions sous la forme d’un ensemble de croyances qui décrivent l‘au-delà comme un monde plus ou moins complexe auquel nous n’avons pas accès en qualité de mortel, et satisfaisant aussi à une combinaison de deux traits principaux que sont d’une part, qu’il se déroulerait dans ce monde-ci des évènements dont nous ressentirions les conséquences et d’autre part, que nous pourrions avoir accès à ce monde après la mort, par la permanence de notre âme. Il existe un Livre des Morts dans plusieurs civilisations : le Livre des morts des Anciens Égyptiens, le Livre des morts tibétain, le Livre des morts maya, etc., livres qui ont pour rôle de guider l’âme du défunt lors de son voyage dans l’au-delà, monde des mythes et/ou des croyances où se rendent les âmes après la mort, cet autre temps dans un autre espace.

J’ai eu la chance de rencontrer un chaman mexicain qui me faisait la judicieuse remarque suivante : « Le monde de l’invisible n’est invisible que parce que nous ne le voyons pas. Cela ne signifie aucunement qu’il n’existe pas. Cela veut juste dire qu’il est réel mais pas encore visible. » Se pose alors la question de comment développer sa vision. Si cela ne passe pas par le monde sensible, quelle est donc la voie à emprunter ? Je dirais que répondre à cette question, c’est un peu comme vouloir définir ce qu’est la vacuité, c’est vain. Je veux dire par là que cela relève de l’expérience personnelle. Il faut un travail, une persévérance, une confiance aussi, je dirais indispensable pour ouvrir son regard, laisser ce même regard descendre jusqu’au cœur, accepter de recevoir les informations qui se présentent à nous, lâcher prise et s’en ressentir tout simplement reconnaissants. Je lisais l’autre jour cette phrase magnifique : on ne peut rencontrer l’amour qu’avec un immense merci dans le cœur. C’est tellement vrai. Enfin, il faut accepter d’être devenu porteur d’une information qu’il ne faudra pas taire, ne serait-ce que par respect pour celles et ceux qui nous l’ont transmise. L’envers du décor c’est aussi, par extension, un thème qui explore l’univers du dit et du non-dit : cela nous renvoie à la fonction conative de tout discours et donc au jugement que l’on porte sur ce même discours, cela se rapporte à la rétention, à la censure, bref, aux infinies combinaisons des concepts interdépendants de mensonge, de vérité, de révélation, mais aussi de dissimulation et détournement.
Nous sommes à présent dans la représentation visible / audible, et les représentations cognitives, c’est-à-dire celles du traitement de l’information, dont l’envers du décor fournit la trace, mais qui restent inaccessibles. L’écart entre le langage et le cognitif donne lieu aux ambiguïtés phoniques (le malentendu, la ré-analyse), syntaxiques (l’ambiguïté de structure), sémantiques (le double-entendre, le quiproquo) et même pragmatiques (encore le malentendu, l’acte manqué).

Ainsi, l’envers du décor, quel que soit l’angle d’approche privilégié, nous parle de passer de l’autre côté du miroir, d’aller au-delà de ce qui se donne à voir, à lire, à déchiffrer, à entendre, de confronter l’apparence trompeuse à ce qu’elle cache, bref, de traquer les stratégies, les mécanismes de la tromperie et de l’illusion sous toutes ses formes.

344715649.jpg Dans le sutra du Lotus, qui est l’un des textes sacrés préféré du Bouddhisme Mahayaniste, il est dit ce qui suit :

« L’illusion conçoit les choses comme existantes ou non-existantes,
Réelles ou irréelles, nées ou non-nées.
Dans un lieu dépouillé, concentrez votre esprit,
Demeurez dans une stabilité tranquille, comme une montagne polaire,
Observez que tous les phénomènes sont dépourvus d’existence,
Qu’ils sont semblables à l’espace, sans stabilité palpable,
Dépourvus de naissance et d’émergence.
Fixe, inébranlable, demeurez dans l’unité :
Ceci est appelé le lieu proche. »

Ce qui n’est pas sans rappeler le sens profond de l’existence. Tous ces symboles qui nous entourent, qui sont à mes yeux comme des multitudes de petites portes qui nous ouvrent l’accès sur cet autre monde dont au final on n’a pas besoin de croire ou de savoir pour pénétrer, intimement convaincue que je suis de la compassion et de l’amour universel qui se tient à notre disposition à portée de main si tant est que nous tendions la main.

Jalal Ud Din Rumi le dit si bien:

Tout est un, la vague et la perle,
la mer et la pierre.
Rien de ce qui existe en ce monde
n’est en dehors de toi.
Cherche bien en toi-même
ce que tu veux être puisque tu es tout.
L’histoire entière du monde sommeille
en chacun de nous.

Anti, « je prends la liberté de vous écrire, pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui. Je pense de toutes mes forces, qu’il faut s’aimer à tort et à travers. »

4 Replies to “L’envers du décor”

  1. ramses

    Anti,

    Je lis cette note pour la première fois et suis vraiment emballé de ton approche de « l’envers du décor »… Une maturité peu commune à ton âge… La photo du « dédale » est magnifique, avec ce rayon de soleil qui éclaire la volée d’escaliers… Tout un symbole…

  2. catherine

    Tu m’avais donné un lien vers cette note il y a de cela quelques temps… Déjà, elle avait soulevé nombre de questions ! Que je n’avais pas su poser. Aujourd’hui, c’est un autre regard qui se pose et… d’autres réflexions aussi ! Tu m’emmènes plus loin, plus profondément !

    C’est un beau voyage !

  3. anti

    « Une maturité peu commune à ton âge… »

    Je suis née à la clinique de la Sagesse, ça ne s’invente pas 😉 Plus sérieusement, j’aime penser, écouter, re-penser, penser autrement, m’en prendre aussi plein les dents, ça fait partie d’un tout je crois et ça me permet d’avancer sur le chemin de la connaissance.

    Dorian qui voulait me créer en personnage dans les Sims me demandait l’autre jour : « A choisir, ton personnage il aurait quoi comme inspiration : Richesse, Connaissance, Famille, Amour, Plaisir ou Popularité ? »

    – Hummm ! Difficile. J’hésite entre deux…

    – Connaissance et Amour.

    – Ah ! Presque. Il y en a un de bon.

    – Alors c’est connaissance et famille !

    – Bingo !

    Ah ! La photo ! Oui, elle est magnifique, malheureusement, je ne sais plus où je l’ai trouvée sur internet et je n’ai pas mis les références ! Vilaine fille que je suis !

    « Aujourd’hui, c’est un autre regard qui se pose et… d’autres réflexions aussi ! »
    C’est ça qui est fascinant ! On n’en n’a jamais fini ! Youpi !

    anti

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