La magie est de retour

Vendredi soir, nous étions au concert de Nora Jones. La météo avait annoncé une vigilance orange sur le Gard, avec un risque élevé d’orage sur Nîmes dans la nuit. De fait, une énorme masse nuageuse s’est avancée au-dessus de l’arène pendant la prestation de Melody Gardot, superbe chanteuse américaine qui vit depuis 2017 en France. Des éclairs ont commencé à illuminer le ciel.

Nora Jones et ses trois musiciens ont pris la suite. Alors que les éclairs se multipliaient, ils ont enchanté l’audience avec des morceaux magnifiquement conçus et interprétés, Nora les accompagnant soit au piano, soit à la guitare.

A la dixième chanson, bradabam. De grosses gouttes ont commencé à s’écraser. Quelques dizaines de spectateurs ont aussitôt détalé de leurs places sous notre regard aussi interloqué que méprisant. En fallait-il si peu pour que tout le monde se barre ? Moi je suis de la génération Woodstock : quand il se met à pleuvoir en plein concert, je chante « No rain » et je reste tant que les musiciens restent.

Hélas, les grosses gouttes se sont rapidement transformées en déluge. Les musiciens ont dû quitter précipitamment la scène et nous, les gradins.

Les 10 000 spectateurs se sont retrouvés à l’abri dans les couloirs de l’arène. Le faible espoir que la pluie cesse et que le concert se poursuive n’a pas résisté longtemps. Les trombes d’eau ne faisaient que redoubler. L’ambiance était cependant bon enfant.

En nous déplaçant dans les coursives, nous avons croisé Chiara, la chérie d’Anli. Jusque-là, une coïncidence sympa mais rien de très renversant. On a échangé quelques mots et on s’est séparés. Un peu plus loin, une jeune fille trempée (comme nous) et transie de froid (comme nous) s’est approchée timidement de Stéphanie et lui a demandé une cigarette. Stéphanie lui en a offert une et elles ont commencé à bavarder.

La jeune fille parlait français, mais Stéphanie a remarqué son accent et a voulu savoir d’où il venait. Elle a répondu qu’elle était d’origine hollandaise. Comme elle trébuchait un peu sur les mots, on est passé à l’anglais et là, son chéri qui était juste à côté s’est joint à la conversation. Lui, il était d’origine suédoise. Gabriela et Jens – leurs prénoms – vivent à Barcelone et ils s’étaient décidés la veille à venir en bus à ce concert, Jens étant fan de Nora Jones depuis tout petit.

Stéphanie a raconté qu’on était aussi là la veille pour voir le concert d’un ami. Gabriela : « Non ? Un ami à vous a joué sur scène hier ici ? » Stéphanie : « Oui, il est comme un fils pour nous et son groupe a été super ». Moi : « D’ailleurs, sa chérie est juste là » en la montrant à trois mètres de nous.

C’est là que ça bascule dans la magie. Gabriela a poussé un grand cri, a couru vers Chiara et elles se sont prises dans les bras. Parce que, figurez-vous, elles se connaissent, s’étant rencontrées à Barcelone. Et Gabriela connait aussi Anli.

De gauche à droite : moi, Stéphanie, Jens, Gabriela, Chiara

Combien de chances y avait-il pour que Gabriela, qui voulait juste une cigarette la demande justement à Stéphanie après avoir hésité pendant cinq bonnes minutes ? Combien de chances qu’elles se mettent à discuter alors que cela aurait pu être « oui, bien sûr, merci, au revoir » ? Combien de chances qu’on parle du concert de la veille ? Combien que Chiara soit à nouveau dans les arènes et justement tout près de nous, alors qu’on s’était quittés plusieurs minutes auparavant et qu’on s’était déplacés ? Combien de chances qu’elles se connaissent ? Et combien que nous connaissions tous Anli ?

On est parti boire un verre dans une brasserie. On n’arrêtait pas de rire de cette rencontre incroyable. J’ai montré à Gabriela certaines des photos que j’avais prises d’Anli sur scène. Elle a photographié l’écran de mon appareil pour envoyer l’une d’entre elles à Anli. Il a aussitôt répondu : « Comment tu as eu cette photo ? » (puisque la veille, rappelons-le, elle était à Barcelone). En guise de réponse, Gabriela nous a pris en photo, Stéphanie et moi, et l’a envoyée à Anli. Réponse d’Anli : « Mais comment tu peux les connaître !!! C’est ma deuxième famille ! » Gabriela, hilare, lui répond : « Je ne les connais pas ».

Gabriela et Stéphanie se sont échangées leur adresse Facebook. Je leur ai dit que c’était inutile puisque, de toute façon, connectés comme on l’était, on se recroiserait sans avoir besoin de se prévenir, à Barcelone ou ailleurs. On s’est encore marrés et, vers une heure du matin, on s’est séparés en se disant « à la prochaine ».

Ce soir, Anli et Chiara viennent manger à la maison. On pourra leur raconter toute l’histoire de cette rencontre hallucinante d’improbabilité.

Il y a un épilogue. La raison pour laquelle Stéphanie voulait aller voir Nora Jones sur scène, c’est qu’elle l’associait à l’un de mes premiers romans où les paroles d’une de ses chansons jouent un rôle-clé dans un chapitre. Dans la même trilogie (« L’éternel amoureux errant » pour celles et ceux d’entre vous qui l’ont lue), un personnage central a pour prénom Gabrielle. Et c’est grâce à l’histoire de la première apparition de ce personnage que Stéphanie a pris contact avec moi pour la toute première fois. Sans parler de l’orage lui-même, qui fait partie intégrante de notre histoire et de nos retrouvailles dans la nuit du 20 au 21 juillet 2007.

Alors, hasard incroyable ou connexions mystérieuses parmi une myriade de possibilités au-delà de l’imaginable ? Ce genre d’histoire, Stéphanie et moi on en a connu plein, elles font partie de notre quotidien. Leur point commun, c’est qu’il serait impossible de les décrire dans un roman, n’importe qui trouverait cela trop tiré par les cheveux pour être vraisemblable.

Ah, et, au fait : mercredi soir, en plein concert de Massive Attack, j’ai dit à Stéphanie que j’allais lui écrire un roman d’amour. Elle me le demandait depuis au moins deux ou trois ans, mais je ne sentais pas l’inspiration. L’idée d’un fil conducteur m’est venue d’un coup, sans que je sache d’où. J’ai commencé à écrire jeudi matin. La magie est venue avec. L’amour, toujours…

Très belle journée à vous

 

5 Replies to “La magie est de retour”

  1. Terrevive

    J’adore ce genre de rencontres qui font qu’il y a des étincelles dans l’air, que la vie présente des connections qui changent brusquement le cours des choses.
    Oui ; c’est absolument magique.

  2. Valentine

    Juste…..ma gni fi que!!!♥️
    Quant à la génération woodstock, j’ai encore en mémoire un paleo, dans les années 19……, un concert de Johnny, plus de 2 heures sous la flotte, les pieds dans la boue, jusqu’au bout. Tout se perd ma pôvre dame!!!
    Désolée pour la soirée Nora Jones….j’aime beaucoup Melody Gardot qui interprète magnifiquement le « j’attendrais » de Dalida accompagnée à la trompette par Ibrahim Maalouf qui a eu quartier libre pour composer tout l’album de chansons de Dalida avec entre autre un parole parole jubilatoire interpreté par Monika Bellucci.

  3. Anna Galore

    Nous, elle nous a offert une sublime version de « La chanson des vieux amants », très grand moment d’émotion, de musicalité et de talent.

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