F. Mitterrand confirme les pressions sur l’inscription de la corrida au PCI

Communiqué de presse – Crac Europe et Droits des Animaux

Classement de la corrida au
patrimoine culturel immatériel de la France :

Frédéric Mitterrand confirme les pressions au plus haut niveau de l’Etat

Le très récent ouvrage de Frédéric Mitterrand, intitulé La récréation (Robert Laffont), apporte de nouveaux éléments à la procédure engagée devant la justice administrative à l’initiative des associations Crac Europe et Droits des Animaux. Ces éléments ont un poids considérable dans la mesure où Frédéric Mitterrand était, à l’époque des faits qu’il rapporte, ministre de la Culture.

D’une part, il confirme le soutien à la corrida au plus haut sommet de l’État, puisque c’est François Fillon en personne, alors Premier ministre, qui intime l’ordre à Frédéric Mitterrand de maintenir le classement de la corrida : « Qu’est-ce que c’est que cette histoire de tauromachie ? Qui sont ces gens qui s’agitent pour l’abolir ? C’est une tradition, tu ne trouveras pas un élu du Sud pour les soutenir. J’espère que tu ne vas pas retirer cette inscription au patrimoine ! (…) tu ne retires pas l’inscription, tu ne cèdes rien.  » (page 451, voir ci-dessous le texte intégral). Or, il est de notoriété publique que François Fillon est un amateur de corrida. Il apparaît donc clairement que l’objectif culturel affiché par l’État lors de cette procédure de classement n’était pas seul en cause et que d’autres préoccupations animaient les promoteurs de ce classement de la corrida.

D’autre part, cette inscription résulte selon Monsieur le ministre d’un  » forcing auquel on dû se livrer une poignée de fonctionnaires« , ce qui fait pour le moins douter de sa conformité avec une société démocratique.

A n’en point douter, ces révélations seront prises en compte par la juridiction administrative. Il apparaît encore plus clairement que cette inscription n’avait pas d’autre but que protéger la corrida de la contestation, contrairement aux principes les plus élémentaires d’une démocratie. Nos associations continuent donc le combat et le poursuivrons au besoin jusqu’à la Cour européenne des droits de l’Homme.

CRAC Europe, Jean-Pierre Garrigues ; Tél. 06 75 90 11 93

Droits des Animaux, David Chauvet ; Tél. 06 21 66 29 24

Dimanche 24 avril 2011
Stupéfaction ! Une obscure commission du ministère dont je ne soupçonnais même pas l’existence vient d’inscrire la tauromachie au patrimoine immatériel de la France, au même titre que les chants de bergers basques ou la tarte Tatin. On m’apporte la liste dudit patrimoine qui relève de l’inventaire à la Prévert et consigne toute une série de traditions innocentes. Mais la tauromachie n’est pas une tradition innocente et j’imagine le forcing auquel on dû se livrer une poignée de fonctionnaires à consigner cette inscription. Je n’aime pas la corrida, que je trouve un spectacle cruel, et je n’ai jamais pratiqué le romantisme du torero. C’est une faute que de lui attribuer ce genre de label officiel qui laisse croire en plus qu’elle pourrait monter encore d’un échelon et être proposée au patrimoine de l’Unesco.

Frédéric Mitterrand, La Récréation, 2013, page 408.

Jeudi 16 juin 2011
Le Premier ministre m’interpelle : « Qu’est-ce que c’est que cette histoire de tauromachie ? Qui sont ces gens qui s’agitent pour l’abolir ? C’est une tradition, tu ne trouveras pas un élu du Sud pour les soutenir. J’espère que tu ne vas pas retirer cette inscription au patrimoine ! Il ne faut pas que tu leur cèdes ! — Et si vous me retrouvez au journal de vingt heures cerné de manifestants qui m’ont aspergé de peinture rouge en hurlant que c’est le sang des taureaux qui retombe sur moi, on aura l’air fin. Ils sont enragés, cela fait des semaines qu’ils ne me lâchent pas d’une semelle ; chaque fois que je fais une visite, maintenant, je dois passer par les sorties de secours. — Tu n’as qu’à courir plus vite. — Ils sont très forts, ils s’infiltrent partout ; on a l’impression d’avoir tout bien organisé et hop ils surgissent en criant et en brandissant des pancartes. — Débrouille-toi, tu ne retires pas l’inscription, tu ne cèdes rien. — Vous les recevez, vous, les lettres de Brigitte Bardot ? Vous en faites, vous, des corridas dans la Sarthe ? — (Rêveur 🙂 Des corridas dans la Sarthe ?… — On n’a qu’à rajouter la chasse à courre et on aura toutes les associations sur le dos. Ça rigolera moins dans le Val de Loire ! — Tu ne changes rien, tu restes tranquille et tu ne bouges plus. »

Frédéric Mitterrand, La Récréation, 2013, page 451.

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2 Replies to “F. Mitterrand confirme les pressions sur l’inscription de la corrida au PCI”

  1. anti

    Voilà des informations qu’il est très intéressant de lire. Merci monsieur Mitterand d’avoir pris la plume pour denoncer ces ordres et pressions hiérarchiques. En avant le Crac Europe et Droits des Animaux !

  2. David Joly

    Si personnellement je n’apprécie pas Frédéric Mitterrand, je dois avoir l’honnêteté aujourd’hui de louer sa démarche : rien ne l’obligeait à évoquer cet épisode dans son ouvrage, et en le faisant, il savait qu’il apportait là une belle contribution au litige en cours en faveur des associations abolitionnistes.

    Quant à Fillon, ce type est aussi déplorable que son patron de l’époque.

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