Combien coûte une manif à l’Etat

Lorsqu’une manifestation est organisée quelque part, il appartient à la préfecture de décider des moyens de sécurité éventuels à déployer. Dans le cas que nous connaissons bien, celui des manifestations anti-corrida, ces moyens sont souvent très importants, les risques de dérapages violents venant des aficionados étant largement avérés depuis le lynchage de militants à Rodilhan en 2011.

Quel coût cela représente-t-il pour l’Etat ou les collectivités – bref, pour nous tous puisque cela est financé par nos impôts ?

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Un gendarme ou un CRS mobilisé une journée sur le lieu d’une action représente un surcoût d’une centaine d’euros par rapport à son salaire habituel. A cela s’ajoutent les frais induits par les transports, le matériel utilisé, etc. (véhicule anti-émeute, grenades déflagrantes, flash-balls…). Une heure d’hélicoptère peut coûter jusqu’à 10 000 euros.

Un détachement de gendarmerie ou de CRS provient systématiquement d’un département différent de celui où se tient l’événement à couvrir. Le but est de minimiser le risque que les membres des forces de l’ordre se retrouvent face à des personnes à réprimer dont ils seraient proches dans leur vie personnelle. Ceci induit une complexité logistique évidente, mais également un jeu parfois délicat d’équilibre dans les budgets alloués à la sécurité des départements qui tous dépendent des opérations menées ailleurs que chez eux. Pour cette raison, les budgets sont gérés de façon centralisée par le ministère de l’Intérieur.

L’addition, on le voit, peut très vite devenir significative. Dans le cas général, c’est l’Etat qui paie la note. Cependant, depuis une loi votée en 2012, la facture peut être présentée à la commune où s’est située la manifestation. C’est le cas lorsque le coût représenté par le maintien de l’ordre est jugé disproportionné par rapport à l’événement contre lequel les protestataires se sont rassemblés.

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Prenons l’exemple de Rodilhan le 27 octobre dernier. Environ 260 gendarmes et CRS ont été mobilisés, avec de gros moyens répressifs, ainsi qu’un hélicoptère venu faire plusieurs rotations de repérage.

D’après l’expert que nous avons consulté, la facture totale doit représenter autour de 50 000 euros. L’événement que ce déploiement de force a permis de maintenir a été une corrida à laquelle environ 200 personnes ont assisté. Si tous les spectateurs ont payé leur billet d’entrée à 20 euros (et nous savons que ce n’est pas le cas, beaucoup ayant reçu des invitations du maire afin de tenter en vain de peupler les gradins désertés), la recette a été d’environ 4000 euros.

On est bien dans le cas où c’est à la commune de payer, puisqu’elle a réagi de façon disproportionnée pour maintenir un spectacle n’intéressant qu’une poignée de personnes. Dans de telles circonstances, il aurait été infiniment moins coûteux de l’annuler, ce qui aurait également fait disparaître le trouble à l’ordre public provoqué par le maire en mettant l’ensemble de sa commune en état de siège derrière de hautes barrières.

Les Rodilhanais peuvent donc s’attendre à voir une augmentation significative de leurs prochains impôts locaux. Espérons qu’ils y penseront lorsqu’ils iront voter pour leur prochain maire.

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Les responsables préfectoraux sont parfaitement conscients de tout cela. Le sous-préfet des Landes a déclaré à l’occasion de l’action citoyenne autonome menée à Rion-des-Landes le 24 novembre : « Il y aurait tout intérêt à mener une réflexion au cours de cet hiver – en l’ouvrant à tous les départements taurins – afin d’envisager l’avenir sans ce déploiement de force qui, j’en suis conscient, pourrait finir par porter atteinte à l’image de la culture taurine et de ces fêtes. »

Qu’on ne s’y trompe pas, ce n’est pas tant de « l’image de la culture taurine » qu’il s’inquiète réellement (cela fait déjà longtemps que cette image est très largement déplorable dans la population française), mais de l’impact financier prévisible sur les 65 villes taurines dont la plupart sont de très modestes communes, incapables de payer ce que cela pourrait leur coûter de maintenir leurs spectacles de torture dans de telles circonstances.

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Car, ce n’est un secret pour personne, les actions des anticorridas ne vont aller qu’en s’intensifiant en 2014, galvanisées par les trois annulations de corridas récemment obtenues à Lunel et Saint-Laurent-d’Aigouze à la demande des gendarmes eux-mêmes, qui ont avoué être dépassés par des mobilisations désormais systématiques.

Tous mes remerciements à Monsieur P. pour les informations techniques qui figurent dans cet article.

12 Replies to “Combien coûte une manif à l’Etat”

  1. Mario BACM

    Ces informations sont un outil essentiel quand chacun de nous se retrouvera face à un politique.En cette période de disette et de restrictions budgétaires, les préfets feraient bien d’insister auprès des maires obstinés afin qu’ils annulent leurs spectacles ridicules. En fait, les contribuables que nous sommes payons deux fois. Par les subventions généreusement accordées par les Régions, les Départements et les Municipalités mais aussi par le surcoût des forces de l’ordre mobilisées.
    Ce scandale finira tôt ou tard par peser tellement sur les petites communes que les maires entêtés seront obligés de renoncer.
    Ou bien, ils se feront dégager démocratiquement par la sanction des urnes. C’est tout le mal que nous leur souhaitons. En particulier à nos chers Max Roustan, Serge Reder et le sinistre Joël GOYHENEIX, maire de Rion des Landes.

  2. PESCE Françoise

    Si nos arguments de cessation de la torture et maltraitance, de respect de la vie et d’empathie envers les animaux, n’ont aucun impact sur les pro corrida, j’espère qu’au moins cet argument purement matériel et financier les touchera droit au cœur.
    Militants anti-corrida je suis profondément attristée de constater que ce ne seront pas des valeurs d’humanité qui feront changer ce monde-là, mais uniquement des valeurs matérielles car « touche pas au grizzbi !!! » les atteindra probablement plus directement et plus irrémédiablement.
    Mais c’est le résultat qui compte pour nos amis taureaux.
    Je prie donc pour qu’ils ouvrent les yeux sur cette réalité là. Merci Anna Galore pour cette étude.

  3. Louis Boucan

    Bonjour
    Bravo pour ce billet qui propose un moyen de lutte efficace: toucher aux portefeuilles des administrés des communes pratiquant la tauromachie sur leurs sols. Je diffuse en espérant qu’In Fine cet article sera lu par les résidents concernés.

  4. Genfi

    Il est clair que 2014 devrait voir les actions pour l’abolition s’intensifier. Car au final c’est notre moyen d’action que de maintenir cette pression coûte que coûte.

  5. géraldine

    C’est le seul angle d’attaque cohérent et qui a une chance de marcher : les maires les moins fana auront vite fait les comptes, comme à Fréjus ( si vous aimez la corrida , allez la voir ailleurs).
    autant de petites corridas merdiques annulées, autant de manque à gagner pour les éleveurs. Les arènes de troisième catégories font tourner le système: si elles diminuent encore à ce rythme, ils vont se retrouver complètement asphyxiés.
    Ceci dit, ne sous-estimons pas la puissance de rétorsion du lobby taurin : des amis à tous niveaux, autant politiques , qu’intellectuels et médiatiques.

  6. Anna Galore Post author

    Absolument ! Il faut que ça leur tombe dessus de tous les côtés. Le but est de faire disparaître cette barbarie et tous les moyens légaux seront bons pour le faire : l’approche législative (très longue mais indispensable), les recours juridiques jusqu’au niveau européen, les aspects financiers, la dénonciation des malversations et arnaques à la TVA (ce que les juristes appellent l’alcaponisation), les actions de terrain pour leur gâcher leur petit plaisir malsain et la perte d’envie qu’auront les spectateurs (surtout les familles) de s’y rendre tellement ce sera désagréable pour eux de nous y croiser, tout va compter.
    La mobilisation croissante est notre plus grande force, qu’il s’agisse d’associations, de citoyens autonomes ou de juristes de plus en plus nombreux à nos côtés.
    L’abolition est à notre portée, augmentons la pression !

  7. Cyrille

    Bravo pour cette analyse et pour votre engagement. Il faut que ce mouvement anti corridas prennent de l’ampleur auprès de la société civile car je fais partie de ceux qui ne croient plus aux engagements des politiques. Il faudrait sensibiliser le show biz qui touche un plus large public, les chanteurs engagés dans ce sens type Renaud ou Cabrel ne tenant plus le haut de l’affiche. Encore merci pour votre courage

  8. anti

    Bravo Anna pour ce nouvel article ! Encore un outil dont ne manqueront pas de se servir toutes les personnes engagées dans la lutte pour l’abolition de la corrida.

  9. Gualyvo -

    Pour assumer de telle rémunération pour matraquer des manifestants pacifistes qui ne demandent qu’une chose le respect du aux vivant et la fin des cruauté sur d’innocents victimes, la le gouvernement sait se servir de notre argent, mais quand il est temps de financer les associations caritatives et refuges de sauvetage d’animaux, ah comme c’est bizarre les caisses de l’état sont soudainement vide de chez vide.

    Et pourquoi donc devons nous payer des impôts, pour uniquement nous faire tabasser, parce que nous voulons le respect du à tout être vivant, et que sa contrarie une poignée de barbare.

  10. soleil vert

    Précisions de détail : à Rodilhan, 750 spectateurs l’après-midi (beaucoup d’afiocs sont venus de loin, pour meubler les gradins, histoire de montrer leur solidarité face aux manifestants) ; et surtout une heure d’hélicoptère coûte environ 1600 € au plus (Gazelle de combat)
    http://www.ledauphine.com/france-monde/2013/01/30/le-cout-de-l-heure-de-vol-des-helicopteres-et-avions-de-chasse-francais-engages-depuis-le

    Pour le fond du problème, effectivement c’est un excellent angle d’attaque que nous avons là : lorsque des mobilisations importantes et coûteuses sont faites à la demande des maires pour protéger un loisir controversé, c’est surréaliste et logiquement à la charge des communes. Sauf tour de passe-passe. Cependant, on ne saurait réclamer l’absence de forces de l’ordre, celles-ci ayant pour mission de protéger les agressés des agresseurs, et dans ce cas on sait toujours de quel camp vient la violence physique. Donc il faudra que tout ceci soit tiré au clair pour l’année prochaine.

  11. Michèle

    Et dès que cette barbarie sera éradiquée, on s’attaque aux cirques avec animaux, d’accord? Même phénomène probable pour les communes acceptant leur installation sur leur territoire!

  12. perelade

    ce billet de Anna Galore est excellent et c’est bien dans les urnes , au delà même des villes de la torture des arènes, que chacun devra choisir un candidat qui se soit prononcer clairement au OUI ou NON à l’abolition de la corrida.
    quant aux dépenses publiques , elles ne doivent, en aucun cas servir la torture des taureaux et des chevaux, ainsi que des coqs (alinea 7 de l’article 521-1 du Code Pénal) qui doit être supprimé.ces déploiements de forces de l’ordre sont inadmissibles, sur le plan financier, mais également sur le fondement que les forces de l’ordre ne doivent pas intervenir, pour protéger la torture animal: le monde à l’envers.

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