JP Garrigues conseiller municipal, c’est dans le journal !

Depuis le développement phénoménal des blogs et en particulier de ceux qui parlent d’actualité, le métier de journaliste est devenue un objet récurrent de débats au sein de la presse. En effet, les professionnels de l’information sont partagés entre mépris pour les blogueurs qui racontent n’importe quoi, admiration pour ceux qui sortent des scoops avant eux sans l’aide d’aucune infrastructure et, parfois, agacement envers ceux qui écrivent des articles mieux étayés et plus précis que ce qu’ils ont le temps – ou la rigueur – de faire.

Les bons journalistes et les autres

Il y a, et c’est heureux, de vrais bons journalistes dans certains médias français. Il y en a aussi des mauvais et il n’est pas toujours évident de les détecter, sauf quand on est soi-même proche des événements qu’ils ont choisis de rapporter (mention spéciale à TF1 pour la fréquence de ses traitements honteusement déformés des infos dans ses JT).

Les pires pépites sont souvent dans la presse régionale (à l’exception de Ouest-France et de La Voix du Nord, remarquables de qualité), qui nous offre régulièrement des articles tellement caricaturaux que ça en devient drôle. Bien sûr, il est d’autant plus facile de détecter ces joyaux de désinformation quand on connait bien le sujet.

Prenons par exemple l’article écrit avant-hier dans La Provence par une certaine Aveline Lucas (je ne la connais pas, je n’ai rien pour ou contre elle à titre personnel).

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Le sujet en est la menace posée par les terrifiants anticorridas qui se préparent à manifester le surlendemain à Arles. J’ai rarement lu une telle accumulation de contre-vérités, d’erreurs, voire de fiction totale pour combler les trous. Sans oublier le minimum de connaissance que le/la journaliste doit avoir de ce qu’il traite s’il ne veut pas passer à côté d’énormités. Contrôler ses sources, et recouper les informations ne semble pas faire partie de ses pratiques.

L’avocat des aficionados avoue être nul en droit

Je vous préviens, ça commence fort, dès la première phrase (les extraits de l’article sont en bleu lumineux).

« Comment se battre légalement contre ce qui ne l’est pas ? » demande Maître Ludovic Para, avocat de l’Observatoire national des cultures taurines (ONCT).

Il a vraiment dit ça ? Ou c’est la journaliste qui a mal retranscrit ? Parce que, si c’est vrai, les bras m’en tombent. S’il s’était demandé comment défendre les pires ordures, passe encore. Mais qu’il déclare, de but en blanc, qu’il ne sait pas comment combattre légalement des actes illégaux, j’avoue que j’en reste baba. Remarquez, une telle honnêteté honore Me Para : il crie à la face du monde qu’il est nul en droit. Comme ça, tous ses clients actuels et futurs savent à quoi s’attendre.

Cela dit, à sa décharge, il défend justement de sacrés spécialistes de l’illégalité. Petit rappel historique dont on ne se lasse pas, d’autant que la journaliste, visiblement l’ignore puisqu’elle n’en fait pas mention :

Lorsque la corrida est arrivée en France en 1853, elle tombait sous le coup de la loi Grammont (1850) qui interdisait déjà tout acte de cruauté sur un animal. Elle aurait donc dû être aussitôt abolie. Un matador célèbre venu torturer un taureau à Bayonne un peu plus tard s’est d’ailleurs fait reconduire à la frontière par les gendarmes. Résultat ? Désobéissance civile généralisée de la population locale. Pendant près d’un siècle, des villes du sud de la France ont ainsi bafoué la loi, repoussant les forces de l’ordre par la violence la plus extrême (je parle de coups et blessures, pas d’un fumigène rouge lancé pour faire joli). En 1951, l’Etat capitule et crée des zones de non-droit où la corrida est à nouveau autorisée, sans jamais avoir cessée d’être pratiquée en toute illégalité de 1853 à 1951.

Quand un aficionado dit qu’il respecte la loi et que les anticorridas ne la respectent pas, il oublie un peu vite que la corrida s’est imposée par des décennies d’illégalité, de sédition violente et de trouble à l’ordre public.

Des actions plus violentes… de qui ?

Particulièrement bien placé pour en parler, l’avocat arlésien constate comme beaucoup d’autres observateurs, que les anticorridas se radicalisent. Le discours devient militaire, les actions plus violentes avec recherche d’affrontement physique, au risque de blesser pros comme antis.

Des « actions plus violentes » ? De quoi, de qui parle-t-il ? Le CRAC Europe est strictement non-violent. La journaliste décrit alors d’une façon étonnante l’action de Rion-des-Landes où on apprend qu’il y avait « des activistes violents ». Si c’est vrai, qu’on nous montre une seule photo d’un « activiste violent » en train de commettre des violences sur qui que ce soit, aficionado ou gendarme. Ou qu’on nous signale une seule plainte pour violence à l’encontre d’une seule personne du CRAC Europe. Allez, juste une seule, chiche.

Les aficionados ont subi les slogans qu’on leur criait, rien de plus. Pas un d’entre eux n’a été effleuré par pas un seul d’entre nous. Des fumigènes ont certes été lancés, et alors ? Ils sont absolument sans danger. La preuve : nous les tenons par dizaines à quelques centimètres de nos visages quand nous sommes regroupés en rond dans l’arène et nous respirons sans difficulté dans les fumées produites. La preuve, nous pouvons même crier des slogans.

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Et si ce sont nos mots qui sont jugés comme violents, que penser alors de ces « Lâchez-leur les taureaux ! » criés par les aficionados qu’on entend très bien sur les vidéos ? Eux ont le droit d’appeler au meurtre et nous, on ne peut pas les traiter de barbares ?

Quant aux forces de l’ordre, nous avions eu des consignes précises qui ont été strictement respectées : aucune tentative de simplement les toucher, aucune tentative de retirer leurs mains s’ils nous saisissent, silence total quoi qu’ils nous disent. Résultat ?

Sorties par la force et après des heurts avec les gendarmes, 8 personnes ont été blessées dont une gravement.

La brillante journaliste, emportée par sa fougue, oublie de préciser deux microscopiques détails :

– tous les blessés sont des manifestants, les forces de l’ordre n’ont pas eu une égratignure, les aficionados non plus. C’est dire si nous sommes des « activistes violents ».

– la personne blessée grièvement l’a été sous les coups d’un responsable des arènes (pas d’un gendarme) qui a trouvé normal de frapper un vieil homme frêle jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Confondu par les images prises pendant les faits, il a été interpellé et a reconnu les faits à la gendarmerie de Rion dès le lendemain de son agression. Une plainte a été déposée contre lui.

Pour reconnaître un militant frappé par un gendarme d’un militant frappé par un aficionado, c’est facile : l’aficionado cogne sur le plus faible des deux.

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C’est en effet à Rodilhan (dans le Gard) qu’un « happening » de ce type avait eu lieu : ce n’était pas le premier du genre, mais celui-là a dérapé. Des coups ont été portés, et les caméras toujours allumées des anticorridas n’en ont pas perdu une miette.

Là aussi, saluons l’art de la litote de notre amie journaliste. Pour ne pas ennuyer ses lecteurs, elle estime inutile d’ajouter que lorsque les « coups ont été portés », c’était sur 65 personnes enchaînées à terre qui ne répliquaient à aucun de ces coups et que 70 plaintes ont été déposées, tous les agresseurs ou presque ayant été identifiés grâce aux vidéos. Elle omet également de rappeler la militante dont les vêtements ont été arrachés et les attouchements sexuels qu’elle a subie, toujours sous l’œil des caméras.

« Résultat : les pro corridas peuvent être poursuivis pour violences avec armes (un tuyau d’arrosage) et en réunion, mais aucune procédure n’est ouverte contre ceux qui se sont introduits illégalement dans les arènes et troublé l’ordre public » reprend Maître Para.

Le « tuyau d’arrosage » (que c’est mignon) est en fait une lance à incendie utilisée à bout portant dans l’oreille d’un des militants qui en a perdu définitivement l’usage et qui est toujours suivi psychologiquement, deux ans plus tard, pour choc post-traumatique.

La bile hideuse de la vraie professionnelle de l’information

De quel droit devons-nous nous laisser insulter, menacer, traiter de dégénérés et de pervers ? ! » Il n’y a qu’à aller faire un tour sur internet et les réseaux sociaux pour se rendre compte de la bile hideuse déversée au quotidien sur les aficionados…

Attention, vous n’avez peut-être pas remarqué cette subtilité typographique : la première phrase, prononcée par l’avocat, est en italiques alors que la seconde est en caractères droits, ce qui veut dire qu’elle est de la journaliste. Oui, oui, c’est bien la journaliste qui parle de « bile hideuse déversée au quotidien sur les aficionados ». Fichtre ! Quelle impartialité ! Quel professionnalisme !

Au fait, juste une question : a-t-elle pensé à aller « sur internet et les réseaux sociaux » voir ce que déversent les aficionados sur les anticorridas ? Si elle le fait, il va falloir qu’elle trouve des termes infiniment plus forts que « bile hideuse » parce que, à côté d’eux, on est vraiment des enfants de chœur.

Remarquez, eux, ils aiment la torture et le sang, alors c’est peut-être normal, leur façon un peu extrême de dire ce qu’ils ressentent. Je ne peux pas vous en donner des exemples, les règles d’utilisation imposées par notre hébergeur nous interdisent totalement de relayer ici les appels au meurtre, les injures sexistes et les propos diffamatoires.

Un conditionnel méritoire

Vient ensuite, dans l’article, un petit couplet sur une autre association anti-corrida que les aficionados trouvent exemplaire (no comment). Je ne peux pas, cependant, laisser passer sans les corriger les contre-vérités qui suivent et que la journaliste elle-même a du mal à croire puisqu’elle les accompagne d’un conditionnel méritoire :

Elle aurait également obtenu la fin des subventions aux corridas d’Alès, l’arrêt de la gratuité pour les enfants et l’annulation de la corrida à cheval.

Pour « l’annulation de la corrida à cheval », même si nous nous en réjouissons, précisons que c’est, en fait, à l’actif d’une autre association locale que celle citée et que ladite annulation ne concerne que la ville d’Alès, pas les 64 autres communes de France où se tiennent des corridas.

Pour la fin des subventions aux corridas, cela n’a aucun rapport avec une action anticorrida de qui que ce soit. Le maire d’Alès l’a décidée début 2013 parce que son budget a été réduit pour cause de crise et qu’il a dû faire des coupes un peu partout. C’est ce qu’il a déclaré lors d’une séance du conseil municipal où nous nous trouvions.

Enfin, l’arrêt de la gratuité pour les enfants, toujours dans la ville d’Alès, a été obtenue par le CRAC Europe, ce que le maire de cette commune a reconnu par écrit en 2009 et en 2011 avant de le redire en 2013 à cette association qui, là encore, n’y est pour rien.

Pas très compliqué à obtenir, comme info : on la trouve en trois clics sur le site du CRAC Europe avec les copies des lettres du maire disponibles en ligne. Remonter aux sources, vérifier l’information, on n’apprend pas à faire ça, quand on est journaliste ?

Un scoop renversant !… mais faux.

A la suite de l’annonce de ces trois victoires de la lutte anticorrida, la journaliste va alors atteindre le sublime en inventant de toutes pièces un scoop renversant :

Soit bien plus que le président du CRAC, Jean-Pierre Garrigues, n’en a obtenu au cours de manifestations médiatisées, lui qui est pourtant conseiller municipal d’opposition dans cette ville…

Quand j’ai eu hier Jean-Pierre au téléphone pour lui apprendre qu’il était conseiller municipal d’Alès, il conduisait et malgré son kit mains libres, il a failli s’envoyer dans le décor tellement il s’étouffait de rire. En effet, n’importe quel journaliste débutant peut facilement s’en assurer s’il sait faire son métier ou tout simplement en cherchant sur internet : Jean-Pierre n’a jamais été conseiller municipal, ni d’Alès, ni d’ailleurs.

Malgré son hilarité irrépressible, je l’ai quand même chaudement félicité pour cette superbe nouvelle. Il avait beau nier, on ne me la fait pas, à moi. Si c’est dans le journal, c’est que c’est vrai.

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Arles sous tension, la manifestation a été « annoncée sans autorisation »

Une petite dernière pour la route ? Je laisse à nouveau la parole à Aveline Lucas, la journaliste mieux informée que tous ses collègues sur la carrière politique de JP :

Une manifestation est annoncée par la Brigade anti-corrida (BAC) samedi 7 septembre à 14h. Au départ annoncée sans autorisation, la manifestation se tiendra sur la place Lamartine, hors périmètre de feria 

J’attire votre attention sur ce « au départ annoncée sans autorisation » qui peut vous saisir d’angoisse si vous ignorez la loi comme cela semble être le cas pour la journaliste.

Chère Aveline (si vous me permettez cette familiarité), dans notre beau pays de France, manifester est un droit fondamental. Une manifestation ne requiert jamais d’autorisation, elle doit simplement être déclarée en préfecture. Rien ne peut l’interdire à part un risque sérieux pour la population ou pour les lieux où elle se tiendra.

Donc, oui, cette manifestation, comme les dizaines de milliers de manifestations parfaitement légales que notre pays a connues depuis que nous sommes une démocratie, a été « annoncée sans autorisation », comme le requiert la loi. Elle a bien entendu été déclarée en préfecture dans les délais légaux.

Inutile de laisser entendre par votre « Au départ » qu’il s’agirait d’un coup de force illégal d’activistes violents. Ce n’est pas « au départ » qu’il faut écrire, c’est « conformément à la loi ».

Une violence extrême : on va rester immobiles sur une place à 500 m des arènes

De plus, cette manifestation consistera à rester de façon statique sur le lieu que la mairie nous a autorisé à utiliser. Il n’y aura pas de défilé, pas de coup de force, juste des distributions de tracts aux gens qui passeront par là. Extrêmement violent, comme vous pouvez le constater. Et nous remercions le sous-préfet de mettre en place, comme il est de coutume depuis des années, un dispositif policier suffisant pour nous protéger de ceux dont est toujours venue la violence : les aficionados.

Si ces derniers suivent les incitations de plus en plus ouvertes à nous rentrer dedans qu’ils lisent sur leurs sites emplis de, ah oui, bile hideuse et qu’ils nous passent à tabac comme ils l’ont déjà fait souvent dans le passé (facile sur des pacifistes qui ne répliquent pas à leurs coups), une seule chose est certaine, nous ne prendrons pas Maître Para comme avocat pour nous défendre de ces exactions. Il le dit lui-même : il ne sait pas battre légalement ceux qui font des choses illégales.

Illustrations : (1) La Provence, (2) AG, (3) AG, (4) Aurélien, (5) AG

9 Replies to “JP Garrigues conseiller municipal, c’est dans le journal !”

  1. Sylvia R

    Affligeant d’amateurisme cette journaliste. Si je travaillais comme ça, mon chef me remontrait les bretelles en bonne et due forme.

  2. Cathy

    Article superbe, très fin mais très percutant !! Bonne nuit à cette journaliste qui a su analyser, avec tant de justesse et d’honnêteté bien sûr, la véritable balance des parties en présence. Bonne nuit Aveline !!! Merci de votre talent Mme Galore

  3. Nini

    Bravo ! Excellentissime ! Pauvre Aveline, elle va passer un mauvais dimanche…. grâce à cet article, elle aura compris qu’il faut regarder 10 fois ses doigts avant de commencer à écrire n’importe quoi via le clavier de son ordinateur !!! mais le lira-t-elle ? Ce serait dommage qu’elle y échappât !

  4. Anna Galore Post author

    Je ne sais pas si elle le lira mais en tout cas, je lui ai envoyé un message pour l’en informer, aux bons soins de la rédaction de son journal.

    Je vous tiendrai au courant !

  5. Anna Galore Post author

    Ils nous diraient probablement non. Nous ne sommes pas directement mis en cause, c’est juste que l’article est une accumulation d’à-peu-près et de bidonnages. Franchement, je préfère répondre sur mon propre blog que dans leurs colonnes.

  6. anti

    JOURNALISME : Le journalisme est l’activité qui consiste à recueillir, vérifier ou commenter des faits pour les porter à l’attention du public dans les médias en respectant une même déontologie du journalisme.

    La personne qui a rédigé l’article de La Provence, si l’on se réfère à cette définition de la profession, n’a rien d’une journaliste digne de ce nom.

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