Baby please don’t go, du blues au hard

L’archéologie musicale est l’un de mes petits plaisirs. Je ne sais pas si cette expression existe mais c’est ce que j’ai trouvé de mieux pour décrire ce dont je vais vous parler aujourd’hui :

– On part à la découverte d’une très ancienne chanson, par exemple un vieux blues tel qu’il a été composé et interprété au début du siècle dernier.

– On remonte ensuite le fil du temps pour voir qui l’a reprise et surtout, comment.

Les plus belles pépites sont, bien sûr, celles dont on reconnait le titre aussitôt parce qu’il a donné des décennies plus tard un tube planétaire. Hier, comme Valentine nous confiait que sa passion était le blues, j’ai repensé à un vieux bluesman que pas grand monde ne connait et que j’écoutais quand j’avais une vingtaine d’années. Il s’agit de Big Bill Broonzy, un guitariste noir très pauvre qui a enregistré en échange de quelques dollars des chefs d’oeuvre de l’histoire du blues dans les années 30. En parcourant la liste de ces morceaux, j’ai repéré l’une de ces pépites dont je viens de parler, « Baby please don’t go« , connu aujourd’hui pour être un rock ultra-rapide qu’on a tous entendu un jour ou l’autre.

Mais revenons aux origines. Big Joe Williams a composé et enregistré ce morceau en 1935. Écoutons cette toute première version, où il est accompagné par un violon et des percussions dont je ne pourrais pas affirmer qu’il s’agit d’une vraie batterie (peut-être une washboard)…

La version de Big Bill Broonzy est remarquablement différente, très tonique avec un jeu de guitare nettement plus technique.

Mais ce qui va rendre ce morceau directement reconnaissable dès les premières notes, au point que cela va devenir sa signature célébrissime, c’est le riff de guitare dont on peut détecter les prémices dans la façon qu’a Lightnin’ Hopkins quelques années plus tard d’en chanter les paroles, très blues classique.


A partir de là, tous les groupes qui vont reprendre ce morceau intégreront ce riff pour en faire le thème central, quelles que soient les autres variations qu’ils y apporteront.

Pour vous en convaincre, voici deux versions hard-rock (un genre dont il ne faut jamais oublier qu’il est directement originaire du blues), celles d’AC-DC et d’Aerosmith. Toutes les deux mettent largement en avant le riff en question, ce qui est assez ironique puisque cette phrase musicale n’existait pas du tout dans l’original.

Pour la version d’AC-DC (1975), je vous ai choisi une vidéo très drôle, typique de leur humour potache quand ils commençaient à connaitre la gloire en Australie. Oui, la blonde à gros seins est bien Bon Scott.

Quant à Aerosmith, c’est tout simplement la plus réussie sur le côté rock de la Force, ces mecs sont vraiment des génies du riff qui déchire tout, bien comme on l’aime.

Une petite dernière pour la route ? Attention, c’est un collector incroyable qui a été filmé en 1981.

On y voit Muddy Waters jouer Baby please don’t go, dans une interprétation très proche de celle de Lightnin’ Hopkins. Il est avec son groupe dans un club de Chicago qui s’appelle The Checkerboard Lounge quand qui voilà qui débarque dans le public ? Les Rolling Stones. Pas si surprenant en soit, Jagger et Richards sont hyper fans de vieux blues traditionnels et en ont repris un grand nombre dans leur répertoire pendant des décennies. Mais quand même, ce n’est pas tous les jours qu’on voit ces mecs-là arriver dans une boîte.

Muddy Waters les reconnait, bien sûr. Il appelle à plusieurs reprises Mick Jagger, qui finit par se lever pour chanter avec lui. Puis au couplet suivant, il lance « What about Keith ? » (pourquoi pas Keith ?) et Keith Richards vient jouer. Et encore un peu plus tard, c’est au tour de Ron Wood de les rejoindre, certes pas officiellement un Stones à l’époque mais ami de toujours de Keith. Enjoy !

Voilà ! Il existe des dizaines d’autres versions, j’ai essayé de vous présenter ici uniquement les plus intéressantes de mon point de vue pour vous raconter l’évolution de ce qui, au départ, était un petit blues tout simple. Que cela ne vous retienne pas d’aller en écouter, voire même d’en préférer, des différentes !

Très belle journée à vous

13 Replies to “Baby please don’t go, du blues au hard”

  1. Anna Galore Post author

    Aaaaargh ! Toutes les vidéos avaient encore sauté ! Du coup, mon texte était à la limite de l’incompréhensible.

    Elles sont là à nouveau…

  2. valentine

    C’est génialissime Anna, je t’adore 🙂
    Je l’ai toujours dit, le blues, c’est la base. Du rock, du hard-rock, du jazz, de tout……
    Je possède plus d’une trentaine de CD de blues chez moi. La première version dont tu parles, je ne l’ai pas mais j’ai celle de Big Bill Broonzy.
    Pour moi, les blacks sont incomparables! Ce sont leurs racines.
    Et je ne sais pas si tu possède le DVD de cette fameuse rencontre entre Muddy Waters et les Stones mais nous l’avons!
    Si vous venez, on se la regardera, yeahhhhh.
    Toute la musique que j’aime, elle vient de là, elle vient du blues 🙂

  3. Anna Galore Post author

    Tu as un CD avec Big Bill Broonzy ? Mais c’est génial ! Et en plus le DVD du bœuf entre Muddy Waters et les Stones !!! Rhaaaah ! Un peu qu’on va se faire tout ça dès qu’on repasse chez vous !

  4. Roberto

    Bellissima carellata di interpretazioni diverse dello stesso brano. Certo che vedere Keith con le braccia lungo i fianchi e quasi immobile dinnanzi al microfono, non è di tutti i giorni.
    Piacerebbe anche a me venire all’incontro con Valentine per ascoltare della buona musica, ma penso che non sia fattibile.
    Buona settimana ad entrambe.

  5. anti

    J’aime définitivement ce blog par sa richesse certes, mais aussi par le côté cosmopolite qu’il est en train de prendre de plus en plus !

    Anna, tu es vraiment une musicienne dans l’âme. Voilà que me reprend encore une fois l’envie de te racheter une batterie… un jour…

  6. valentine

    Yapuka :-)))
    Ciao Roberto! qui lo sa 😉
    « Du blues du blues du blues
    Du blues du blues
    Du blues du blues du blues
    T’faut du blues
    Du blues du blues du blues
    Du blues du blues
    Du blues du blues du blues
    T’faut du blues »
    Cet après-midi, j’ai fait un plongeon dans les eaux couleurs « Marquises » de la Corse affalée sur le canapé! Franchement, pourquoi partir si loin quand on a pareil beauté à un jet de pierre de chez nous.
    Bonne soirée a tutti!

  7. valentine

    Eh éh! On a posté en même temps!
    Ouiiiiiiii! Une batterie, une batterie………nous on a déjà celle de cuisine, de quoi faire un bœuf!

  8. anti

    nous on a déjà celle de cuisine, de quoi faire un bœuf !

    😉

    Franchement, pourquoi partir si loin quand on a pareil beauté à un jet de pierre de chez nous.

    Je t’accompagnerais volontiers maintenant que j’ai changé d’avis sur cette destination. Le seul hic pour le moment, c’est le tarif du voyage. Pour le même budget, je préfère tout de même aller ailleurs.

  9. Anna Galore Post author

    Salut à toi !

    Si tu aimes ce type de notes, tu en as une palanquée en cliquant sur « Culture rock » (dans la petite fenêtre en haut à droite intitulée « Sous le projecteur »).

  10. Abolition

    oui oui j’ai vu ça .
    Beaucoup de retard dans la lecture. Ma chère Anna nous avons les même goûts musicaux 🙂

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