Le grand rassemblement

La lettre de juin du CRAC Europe vient d’être envoyée à tous ses abonnés. J’ai eu le privilège d’en écrire l’éditorial, que je vous reproduis ci-après.

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Le grand rassemblement d’Alès est désormais derrière nous. Un premier bilan à chaud peut en être tiré. Comme tout bilan, il est fait de négatif et de positif.

Le négatif est évident : pendant que nous étions des milliers à marcher dans les rues d’Alès, seize taureaux étaient suppliciés et tués pour le plaisir sadique d’un dernier carré de pervers. Cela, nous n’avons pas pu l’empêcher. Le fait qu’il y ait eu moins de monde sur les gradins des arènes que dans nos rangs n’est qu’une maigre consolation. Et quelques jours plus tard, la torture tauromachique se poursuivait à Nîmes, avant de passer aux autres villes de sang.

Max Roustan, le maire d’Alès que d’aucuns qualifient d’ami des animaux, l’a déclaré sans ambages : « Tant que je serai à Alès, les corridas resteront ». Il faut donc qu’il soit battu aux prochaines municipales. Nous ferons tout pour y contribuer.

Pour autant, s’agit-il d’un échec ? Non, car les aspects positifs sont multiples et riches d’espoir pour l’issue de notre combat.

Une mobilisation exceptionnelle

Tout d’abord, notre mobilisation pendant tout un week-end a établi un nouveau jalon majeur dans cette lutte dont les premiers balbutiements remontent aux années 1980. Nous étions plus de 4000 (un responsable des renseignements généraux a officieusement confié à l’un de nous le chiffre de 4350).

L’estimation de 1200 donnée par la police est ridicule. Lors de la première manifestation, le cortège a entièrement rempli puis dépassé une avenue qui mesure 450 mètres de long, de nombreuses photos le montrent. A en croire les autorités, nous aurions donc été moins de trois manifestants par mètre ? Qui peut le croire ?

La réalité incontestable est que nous avons réussi là la plus large mobilisation jamais connue dans la lutte anti-corrida en France.

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Ce succès a été rendu possible pour quatre raisons principales.

  • La première est la prise de conscience de l’horreur tauromachique par un nombre de personnes en croissance exponentielle. Il faut y voir l’efficacité du travail inlassable des militants pour informer, montrer, dénoncer. Rappelons que sur 90% du territoire français, la corrida est illégale, ce qui, paradoxalement, fait que 90% des Français ne se sentent pas concernés Ce sont eux qui doivent être sensibilisés à nous soutenir. La découverte sur Internet du lynchage et des agressions sexuelles infligés à 70 militantes et militants par des aficionados à Rodilhan fin 2011, la médiatisation autour de la QPC en septembre 2012 ont certainement joué un rôle majeur dans la prise de conscience par le grand public de la réalité sans fard des « valeurs » de l’aficion et du combat éthique que nous avons l’honneur de mener.
  • La seconde raison est l’unité réalisée par plus de 200 associations ou organisations sensibles à la cause animale, dans le collectif Non à la honte française. Les plus dynamiques d’entre elles ont œuvré de façon énergique à la mobilisation de leurs membres pour venir à Alès les 11 et 12 mai. Nous adressons un immense merci à toutes et plus particulièrement à celles qui ont généreusement soutenu la logistique inhérente à un rassemblement d’une telle ampleur, qui a demandé un an de travail acharné à ses initiateurs. Citons la Fondation Brigitte Bardot, One Voice, la SPA, Animaux en Péril, la SNDA, CAS International, la FLAC, la Fondation 30 Millions d’Amis, L214, la BAC Marseille, Europe Écologie Les Verts et bien d’autres.
  • La troisième est l’efficacité des militants qui ont mis pendant des mois toute leur énergie, leur volonté et leurs compétences complémentaires au service de la construction de cet évènement exceptionnel. Parmi eux, il faut rendre un hommage particulier à ceux qui avaient une motivation supplémentaire du fait qu’ils vivent dans le Gard et ses environs. Ils ont réalisé un travail formidable pour que cette action qui s’est tenue chez eux soit un succès de bout en bout.
  • La quatrième est le charisme de Jean-Pierre Garrigues, qui, non content d’être l’initiateur et le chef d’orchestre du rassemblement d’Alès, a acquis aux yeux de tous, par sa maîtrise sans faille dans les situations les plus critiques et ses talents de tribun infatigable, la stature de leader incontestable de la lutte anti-corrida en France, comme l’a très bien souligné Jean-Marc Montegnies, le président d’Animaux en Péril, lors de l’une de ses interventions face aux manifestants.

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Aucun incident, aucun dégât… de notre côté

Un autre élément positif extrêmement important à souligner est que, malgré la très vive tension créée par la mairie en voulant nous interdire au dernier moment d’approcher du centre-ville et des arènes, les trois cortèges ont défilé sans causer le moindre dégât dans la ville, y compris le samedi soir quand des milliers de manifestants restés sur place se sont mêlés à la population dans les rues occupées par la féria – rappelons que nous sommes contre la corrida, pas contre la féria qui attire, soit dit en passant, bien plus de gens que ce que contiennent les arènes.

Nous avons crié des slogans, nous avons utilisé des sifflets, nous avons montré bruyamment notre présence mais à aucun moment il n’y a eu de dérapage… de notre côté.

Les deux seuls incidents notables sont venus d’en face. Il y a eu un moment de panique chez les forces de l’ordre lorsque des aficionados sont venus provoquer les manifestants en tentant de passer à travers le barrage qui nous séparait des policiers. Du gaz lacrymogène a été projeté sur nos premiers rangs, absolument pour rien puisque des barrières métalliques nous empêchaient d’avancer plus loin.

Et un peu plus tard, un camion de manadiers est passé en contrebas de notre cortège bloqué, provoquant des protestations de notre part. Certains articles ont raconté ensuite que c’était nous qui avions « caillassé » les manadiers – avec quoi ? Nous étions sur une aire en béton totalement lisse ! Les seuls objets que quelques-uns ont jetés vers le camion, ce sont leurs petits sifflets en plastique et une chaise, en plastique aussi, qui trainait là. En revanche, une des personnes accompagnant les manadiers a lancé une grosse pierre qui a violemment heurté une manifestante (tout a été filmé, son trauma a été constaté médicalement, elle a porté plainte).

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Une ferveur sans précédent

Il faut dire enfin quelques mots sur l’ambiance inédite qui a marqué ce week-end historique. Elle est due en grande partie à la volonté unanime de non-violence des manifestants, mais également à la scénographie de l’évènement imaginée par Jean-Luc Bernard, homme de théâtre en plus d’être un militant exceptionnel.

C’est à lui que nous devons l’aspect visuel très impressionnant de la tête de cortège, avec les porteurs de drapeaux du CRAC Europe suivis du premier millier de manifestants tous vêtus du t-shirt rouge No Corrida.

C’est aussi à lui que revient l’idée de diffuser sur la sono de son camion – celui qui ouvrait notre procession – trois pièces musicales qui ont ému tout le monde aux larmes par l’intensité, la gravité et la beauté qu’elles apportaient à notre action. Il s’agit du second mouvement de la Septième symphonie de Beethoven, du célèbre air des Walkyries de Wagner et de la marche funèbre de Chopin qui a accompagné le moment le plus intense de ces deux jours inoubliables où nous nous sommes tous mis à genoux en hommage aux taureaux suppliciés. Ce recours à la musique soulignait, de plus, que notre combat est celui de la culture et de l’élévation contre l’obscurantisme et la barbarie.

Remercions enfin Laurence et Franck Andrieux pour leur contribution majeure. Ce sont eux qui ont imaginé et fait réalisé les drapeaux et qui ont également assuré tout le suivi de la production, amenant le matériel à Alès la veille de la première manifestation.

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Nous ne lâcherons rien

Le rassemblement des 11 et 12 mai 2013 a été une étape essentielle dans l’histoire de notre cause. Nous sommes déjà tournés vers les futures actions. Elles se dérouleront sur différents fronts, les deux principaux étant une intensification de notre présence sur le terrain pour bénéficier de la dynamique que nous avons su créer à Alès et un déploiement encore plus large de nos offensives juridiques grâce au soutien croissant que nous recevons de la part de juristes de premier plan, scandalisés par l’iniquité des procédures et textes qui ont jusqu’à présent favorisé la tenue de spectacles de tortures tauromachiques.

Cette abomination qu’est la corrida approche de sa fin. Plus que jamais, nous ne lâcherons rien.

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Première photo de Jean-Pierre Garrigues, les autres de moi.

9 Replies to “Le grand rassemblement”

  1. Anaïs

    Bonjour ! J’adore cet article ! Très bien expliqué et rédigé!
    J’étais aux trois manifs, et j’étais sur le pont au premier rang quand le camion de veaux est passé… C’était insoutenable de se sentir impuissant face à ça… Par contre, des manifestants ont bien lancé des cailloux sur les mecs qui étaient sur le camion, juste avant la chaise lancée. Je l’ai bien vu. Des cailloux avec du sable. Moi aussi je me suis demandée où ils ont trouvé ça vu qu’on était sur du béton mais ils ont dû ramasser des petits cailloux avec du sable sur le bord la route je pense. Mais ils ont bien fait, certains s’étant pris des cailloux dans la gueule.

  2. Anna Galore Post author

    Ah, voilà qui explique un petit mystère : les manadiers n’ont pas été caillassés mais graviérisés 🙂
    En revanche, la manifestante, elle, s’est pris une grosse pierre ramassée sur la berge de la rivière, ça ce n’était pas du gravier.
    Peut-être que Roustan, qui n’en est pas à une exagération près, va aussi nous expliquer que le gaz lacrymo, les flics l’ont utilisé pour chasser des moustiques ? 🙂

  3. lapoux

    très bien écrit, et très bien retracé la vérité de cette grande manifestation. Il y avait une solidarité qui faisaient chaud au coeur.
    Le mouvement est en marche et ne s’arrêtera pas, on ne peut que gagner, on a bien stoppé un jour les jeux de cirque Romains, l’esclavage, l’apartheid en Afrique du Sud, Gandhi est parvenu pacifiquement à chasser les occupants Anglais de son pays l’Inde. La crise économique aidera, il y a autre chose à subventionner que la barbarie avec l’argent de nos impôts!

  4. Monique Trolliet

    Merci pour toutes ces explications, et surtout merci à tout ce que vous faites pour abolir cette abomination qu’est la corrida. La France ne pourra que s’en engueillir et retrouver sa dignité lorsque des politiques responsables prendront cette initiative que nous attendons avec beaucoup d’espoir. Il y a cependant une question que je me pose, si la torture est punis par la loi, les associations ne devraient-elles pas déposer plainte au tribunal Européen?.

  5. pascale pit

    Merci pour ce témoignage écrit ! Un moment très fort pour notre combat ! il restera gravé à tout jamais dans mon esprit ! beaucoup de gens magnifiques ont été rencontrés ce week-end là et notre force sera notre nombre. Beaucoup d’émotions aussi pendant la diffusion de la musique ! le combat continue et basta corrida !

  6. Anna Galore

    Monique, croyez bien que cela ne nous a pas échappé. Diverses procédures sont en cours, elles sont longues et complexes. Comme je l’ai dit plus haut à la fin de mon éditorial, plusieurs juristes de premier plan travaillent aux côtés du CRAC Europe sur tous ces aspects.

  7. Josiane Derache

    Bravo pour ce bel article et pour toutes vos actions. Depuis mon ordinateur, je vous soutiens à fond car je suis une dame de 60 ans handicapée à 80 % ne pouvant pas se déplacer comme elle le voudrait. J’aurais aimé participer à votre belle action à Alès pour crier avec vous « La torture n’est pas notre culture » « Abolition », etc. Je vous souhaite plein de courage pour la suite jusqu’à ce que cette horreur de corrida soit ENFIN abolie en France car c’est une véritable honte sur laquelle Mme la Ministre de la Culture ferait bien de se pencher un peu plus rapidement car je trouve qu’elle traîne en longueur celle là. Bisous à tous et toutes. Une amie : Josiane

  8. anti

    Voilà un bel edito qui retrace l’ambiance de ces deux journées et qui met en avant la détermination effective des manifestants à en finir avec cette abomination. Nous ne lâcherons rien.

  9. elisabeth

    Pourquoi avec leur camions ils pensaient obtenir de notre part des applaudissements ! ? ! J’HALLUCINE si nous étions à Àles c’était pour DENONCER des sévices graves de cruauté sur des animaux vivants. De plus, ils étaient tenus informés de la présence des anti corrida les 11 et 12 mai 2013. Il est minable le maire d’Ales d’avoir laisser faire, encourager, applaudir, entrainer à ce point de la PROVOCATION engendrant ainsi une insoutenable HAINE à l’égard des ceux qui souhaitent vivre en harmonie avec la nature et de ce fait les animaux ! Il est EVIDENT que le maire d’Ales et ses « amis » cherchent des situations pour asseoir des grotesques mensonges : à bien y comprendre regretteraient-ils ce qu’ils ont fait et laissé faire sous un regard tant amusé que complaisant à Rodhilan ? D’avoir montré au monde entier qu’ils sont TOUS des pervers, des violeurs, des monstres d’égoïsme se sentant à ce point tout puissants ? Je suis accablée de douleur à constater que les élus de la république peuvent se foutre très précisément de ma gueule en agissant de la sorte car je souffre beaucoup de ces violences PRFAITEMENT INUTILES faites aux animaux. D’autre part positionné à l’ombre de la petite maison je n’ai vu personne balancer une chaise en revanche Des militants horrifiés, apeurés, pleurant tellement le geste de nargue était intense et sordide à faire passer des animaux ensanglantés les taureaux torturés jusqu’à la mort à la corrida : ça oui ! Donc s’ils vous plait les élus de la république du civisme et de l’éthique partout ou vivent et meurent les animaux. elisabeth.

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