Un amour primordial

Les lecteurs de mes livres qui me contactent me font parfois de magnifiques cadeaux lorsqu’ils m’ouvrent leur cœur. Je vous en parle à chaque bel échange. Celui qui vient de se produire est merveilleux et émouvant. Avec l’autorisation de ses protagonistes, je vais le partager avec vous. Les prénoms cités sont les vrais.

Tout commence par un mail sympathique : Jean-Claude m’envoie un mot pour me dire qu’il est en train de lire La femme primordiale et qu’il aime beaucoup. Cela me touche forcément d’une façon particulière parce que, nos amis le savent, ce livre est profondément imprégné de l’histoire de ma rencontre avec Anti, de ses passages les plus réalistes aux plus symboliques.

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Jean-Claude a cru repérer une erreur de cohérence dans le récit et me la signale gentiment. Je vérifie et le rassure, tout est correct, il a simplement lu (et réagi) trop vite puis a compris quelques pages plus loin.

Et il ajoute ces mots qui ouvrent une porte magique sur ce qu’il vit : « Votre livre évoque en moi tant de choses et son téléchargement et la lecture (hasard parmi vos ouvrages) me parle beaucoup. Il s’est passé dans ma vie récente des évènements qui vont totalement dans le sens de votre texte, certains passages que j’ignorais et que vous avez écrit en 2008. A un autre moment je vous raconterai le déroulement de mes trois derniers mois. Étrange car une partie de ce que cela m’a inspiré correspond parfaitement à votre texte. Je suis troublé profondément, même si bien sûr je partage totalement le contenu (j’en suis page 110). Par exemple, p. 86, le mot écrit m’a semblé tellement réel que j’en suis perturbé. »

Ce passage de la page 86, j’y reviens un peu plus bas car il va jouer un grand rôle dans la vie de Jean-Claude. Je lui réponds que d’autres lecteurs m’ont déjà dit avoir ressenti des choses analogues en lisant certains de mes livres, mais que je trouve toujours cela fascinant et que j’écouterais son histoire avec plaisir s’il souhaite me la raconter.

Le lendemain, il m’écrit à nouveau. Il a terminé le livre et va plus loin dans ses confidences : « L’an passé, juste avant l’été, et alors même que je ne m’y attendais pas, ma compagne m’a quitté alors que nous vivions (me semblait-il) dans la sérénité depuis des années. […] J’ai passé l’été en état de choc […] et à l’automne j’ai décidé de retourner au Sénégal passer l’hiver au chaud. […] Arrivé sur place, et complètement par hasard, je suis allé déjeuner dans un petit restaurant.« 

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A la patronne qui lui demande ce qu’il est venu faire à Dakar, il lui répond machinalement, le cœur en vrac, qu’il cherche une épouse. Il faut savoir qu’en Afrique, un Blanc seul est fréquemment sollicité par les femmes (notre ami Baliramas nous en avait parlé aussi à l’époque où il vivait au Rwanda). Sauf que, bien sûr, ce n’est pas du tout ce que Jean-Claude recherche. Le lendemain, quand il revient au même restaurant, la patronne lui présente Natacha.

« Mon cœur s’est arrêté. Tous les jours suivants, je l’ai revue au restaurant, avant de savoir qu’elle était Diola de Casamance, où je partais passer un mois. » Les Diolas sont un peuple qui vit entre la Casamance (sud du Sénégal), la Guinée-Bissau et la Gambie.

OLYMPUS DIGITAL CAMERA« J’ai mis du temps à la convaincre de m’accompagner (très catholique elle ne voulait pas partir seule avec un homme) et ce n’est qu’en lui promettant d’être sérieux que j’ai réussi à l’amener avec moi. » Une fois là-bas, il reste avec elle bien plus longtemps que prévu, avec l’impression d’être au paradis. C’est la fusion, ils ne font plus qu’un.

De retour à Dakar, Jean-Claude et Natacha se marient suivant le rituel diola. C’était le 17 novembre. Ils ont prévu de se marier civilement le 28 septembre prochain. Jean-Claude a décidé de mettre sur son faire-part ce passage de la page 86 qui l’a si profondément ému dans mon livre.

Je comprends que cela l’ait autant troublé et touché, parce que ce passage, lorsque je l’ai écrit, c’était pour dire tout ce que j’ai ressenti au moment précis de notre coup de foudre qui ne ressemblait en rien à quoi que ce soit que nous ayons pu vivre auparavant :

Et puis un jour, c’est là. Au moment où on n’attend plus rien, où on croit que tout est déjà arrivé. Qu’il n’y a plus qu’à laisser couler les jours qui restent jusqu’au dernier. Que les repères sont clairs. Qu’on se sent heureux ou, du moins, pas si malheureux. Que la vie c’est ça, que la vie c’est comme ça.
On part voir des amis quelques jours et tout l’univers change de centre sans que rien ne l’annonce. Et tout se passe de façon naturelle, il n’y a pas un avant et un après. C’est là depuis toujours. Tout s’est enchaîné depuis toujours pour en arriver là, comme si tout n’avait servi qu’à ce moment-là.
Et les âmes se rassemblent.
Chaque femme, avant ce moment, avait semblé être la première femme, celle à qui on voulait tout donner. Et puis il y en avait une autre, et une autre, et une autre.
Jusqu’à celle-là. Elle. Toi.

jean claude natacha

La phrase sublime « Les âmes se rassemblent« , c’est Anti qui me l’a dite. Elle nous accompagne tous les jours. Rien ne peut mieux traduire en si peu de mots l’amour primordial, celui qui donne la sensation de vivre dans chacun de ses atomes la naissance de l’univers à chaque instant. Rien ne peut mieux dire aussi cette perception que nous, les êtres vivants sous toutes leurs formes, nous sommes reliés les uns aux autres et nous ne faisons qu’un.

Cette histoire magnifique ne s’arrête pas là. Jean-Claude n’a pas seulement un cœur amoureux, il a aussi un grand cœur. Juste à côté de la ville d’Oussouyé en Casamance, il a commencé à faire construire la maison qu’il habitera avec Natacha et il a pour projet de créer une bibliothèque pour les enfants et les adultes.

Comme ma sœur habite six mois par an près de Dakar et que nous n’avons toujours pas fait le voyage, il est probable que nous irons tôt ou tard passer des vacances là-bas. Nous en profiterons pour aller rencontrer en vrai Jean-Claude et Natacha chez eux. Les âmes se rassemblent.

Très belle journée à vous

Les deux tableaux sont de Michel Rauscher, le second s’intitule Le reflet achevé.

9 Replies to “Un amour primordial”

  1. Terrevive

    C’est absolument magique !
    Les vies se tissent et s’entrecroisent de façon surprenante.
    Et avoir un extrait de texte sur un faire-part de mariage est quelque chose de vraiment émouvant ; là tout le bonheur se concentre, comme s’il y avait une contribution de toutes parts.

    Vive la page 86 !

  2. valentine

    Les vraies et belles histoires d’amour sont comme des évidences. Parce que c’était toi, parce que c’était moi. Je souhaite tout les bonheurs du monde à Jean-Claude et Natacha.
    Vive les liens qui se tissent 😉
    « Le reflet achevé » que c’est beau! Michel qui ne donne pas souvent de titre à ses tableaux a été inspiré 😉
    Peut-être vous retrouverez-vous tous à Dakar…

  3. eMmA

    Quels merveilleux liens l’écriture engendre ! Et merci de nous les faire partager dans cette jolie note.
    Jean-Claude a drôlement bien fait de t’écrire car c’est toujours un moment magique et émouvant lorsqu’on sait concrètement que l’on a pu toucher quelqu’un grâce à ses écrits…
    La Casamance est magnifique. C’est sur l’une de ses plages que j’ai appris à lire à Florent..
    De très beaux souvenirs.

    Tous mes voeux s’envolent vers Natacha et Jean-Claude.
    Bon week-end,
    eMmA

    PS: moi, c’est l’un de mes collages qui a été à l’origine de la création d’un faire-part… http://www.emmacollages.com/article-la-boucle-est-bouclee-77771736.html

  4. anti

    Que ce mot que tu m’avais écrit tout juste après nos retrouvailles soit entré en écho avec l’amour de ces deux êtres me touche profondément. C’est sans doute que l’Amour est L’émotion primordiale.

    Tout mes vœux de bonheur aux heureux mariés !

  5. andrieu

    bonjour à tous, et particulièrement à ANNA.
    c’est le Jean-Claude du texte.

    Je suis tout entièrement bouleversé de lire à la fois le texte, très proche de mon ressenti et dans lequel il n’y a rien à changer, et les réactions.
    Pour compléter, je dirais que je suis reparti un peu vite de France car j’avais un besoin immense de retrouver mon amour et d’oublier vite les difficultés d’intégration, autour de moi.
    Lorsque j’ai retrouvé Natacha dimanche dans la nuit à l’aéroport de Dakar, avec sa sœur Clémence (un ange aussi) et sa fille, j’ai été totalement transporté. Oubliées les heures de voyage, oubliés les soucis en France, seul restait ce magnifique élan de tendresse et de joie à mon arrivée.
    Anna, vous êtes invitée permanente à Nialobodje et j’ai très envie aussi de vous proposer de participer à la fête du 28 septembre.
    Merci pour vos écrits, merci de ce que vous êtes.
    Ce n’est pas un honneur pour vous d’être sur une invitation de mariage. C’est un honneur pour nous d’avoir découvert vos textes.
    Un seul regret : il faudrait trouver une solution pour que vous en tiriez un minimum de ressources.
    Bien des auteurs vivent de leur plume sans avoir vos qualités.
    Meilleurs sentiments amicaux
    Jean-Claude auquel Natacha est associée dans la réponse.

  6. Anna Galore Post author

    Quel grand plaisir de vous lire Jean-Claude (et Natacha qui est juste derrière vous) !

    Oui, nous nous verrons certainement très bientôt, dès que cela sera possible, que ce soit à Nialobodje ou à Narbonne (ou les deux).

    Toutes nos pensées les plus chaleureuses vous accompagnent !

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