Vingt-cinq par seconde

Nous avons vu hier à Montpellier le film A.L.F. (Animal Liberation Front) de Jérôme Lescure, dans un petit cinéma d’art et essai. Seulement trois séances avaient été prévues, nous étions à la première. Impossible de le voir à Nîmes : là, il n’était carrément pas programmé, même au Sémaphore, autre cinéma d’art et essai qui diffuse pourtant des films moins cruciaux. Ce n’est pas un reproche d’offrir un public à ces œuvres-là, c’en est un de ne pas avoir mis A.L.F. à leur affiche.

Car A.L.F. est un film crucial.

Un très grand film, au scénario ciselé, à l’écriture parfaite qui évite tous les pièges du genre et met en valeur tout ce qui est utile, à la réalisation époustouflante de maestria, au montage millimétré digne du thriller qu’il est, aux acteurs excellents de réalisme et de profondeur, à l’intrigue impeccable dans tous ses détails, à la sensibilité extrême sans jamais tomber dans la sensiblerie.

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Un film puissant, parfaitement maîtrisé, où tout ce qui est montré compte autant que tout ce qui ne l’est pas, où les protagonistes ne sont pas des êtres surhumains mais des gens ordinaires, qui ont peur, qui ont leurs fêlures, leurs lâchetés, leurs petits problèmes, qui ne sont ni bons ni mauvais mais juste humains et qui, malgré les risques, se dépassent par conviction, quelles qu’en soient les conséquences.

On est happé, captivé dès les premières images et ça ne vous lâche plus ensuite, pas seulement jusqu’à la fin – saisissante – mais bien après, si ce n’est pour toujours. Ce film génial est, de loin, le meilleur de l’année et le plus intéressant qu’il m’ait été donné de voir depuis longtemps.

Au passage, c’est une leçon pour les superproductions quand on sait que A.L.F. a été financé en grande partie par des dons de particuliers pour un budget dérisoire de 150000 euros, soit l’équivalent de un à deux jours de tournage pour un blockbuster. Et pour un résultat bluffant de qualité.

Honnêtement, je ne m’attendais pas à une réussite aussi totale. Je voulais voir A.L.F. avant tout par solidarité, pour la cause animale. Mais il n’est pas utile d’être sensible à cette cause pour aller voir ce film. Je dirais même qu’il devrait être surtout montré à tous ceux pour qui la condition animale est un non-sujet.

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Chaque jour dans le monde, l’agro-alimentaire, la cosmétique et l’industrie pharmaceutique provoquent sciemment la mort de vingt-cinq animaux par seconde, la plupart du temps après une agonie injustifiable, insupportable, inexcusable. Car il y a plusieurs grades à l’horreur que nous imposons aux victimes de cet holocauste.

Le pire est sans aucun doute l’extermination motivée uniquement par une intolérable futilité – le spectacle sadique (la corrida), la fourrure (les bébés phoques, les renards, les chats et tant d’autres), les produits de beauté (que viennent faire les animaux dans leur mise au point ? une pseudo-science d’une insondable crétinerie).

Le pire, c’est aussi l’élevage en batteries, avec ses conditions de vie (il serait plus exact de dire d’agonie) absolument ignobles et révulsantes.

Le pire, c’est enfin cette obligation règlementaire planétaire de tester les nouveaux médicaments sur des animaux alors que rien, absolument rien ne le justifie, puisque les scientifiques qui les pratiquent savent eux-mêmes qu’ils ne leur apprendront rien de fiable sur ce qui se passera chez l’homme.

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Vingt-cinq animaux tués par seconde. Plus de deux millions par jour.

Allez voir A.L.F. s’il passe près de chez vous. Demandez à tous vos amis d’aller le voir. Achetez et faites acheter le DVD quand il sortira.

Merci à Jérôme et à toute son équipe. Merci à tous ceux qui ont contribué à rendre ce film possible, à commencer par le CRAC Europe (dont Jérôme Lescure est l’un des porte-paroles), L214, la Fondation Brigitte Bardot, la SPA, Charlie Hebdo, Peta, le Sea Shepherd et tant d’autres.

Illustrations tirées de la bande-annonce du film

4 Des réflexions sur “Vingt-cinq par seconde

  1. Anna Galore Post author

    Malheureusement, tous les commentaires (unanimement enthousiastes) qui avaient été postés sur ce fil ont disparu à jamais lors de la migration de l’ancienne plateforme de blog à celle-ci en décembre dernier.

    Mais, EXCELLENTE nouvelle annoncée par la Fondation B. Bardot : ALF sort en DVD et Blu-ray le 1er octobre 2013. Un film indispensable à s’offrir et à offrir !

    Le soutien de Brigitte Bardot, qui a été par ses actions courageuses une ALF avant l’heure :

    « Ecoterroristes », « extrémistes », aucun qualificatif n’est trop fort lorsqu’il s’agit de caricaturer et tenter de nuire à la protection animale… A en croire les médias, les défenseurs des animaux seraient devenus les petits frères d’Al-Qaïda ! Face à cette surenchère permanente, ridicule, il est temps de rétablir la vérité. Il est outrancier, profondément déplacé de qualifier de « terroristes » les activistes qui rendent leur liberté aux animaux. La violence n’est pas là, elle est dans l’exploitation aveugle, cruelle et quotidienne, de millions de bêtes rabaissées au rang de bien de consommation, d’outil de recherche. Je soutiens et soutiendrai toujours les militants qui viennent en aide aux animaux, ils sont les résistants du XXIème siècle et je les aime.

  2. anti

    Oh ! Quel dommage pour ce qui est des commentaires ! En revanche, quelle bonne nouvelle en ce qui concerne la sortie du film en DVD bientôt ! Vivement octobre ! Et j’espère qu’il passera sur Canal + et à la TV en général ensuite, il pourrait ainsi toucher un plus grand nombre de personnes !

  3. evelyne

    Entièrement d’accord avec vous. Film vu ce soir. Nous sommes tous des animaux. Faire cela aux nôtres est d’un sadisme et d’une ignominie insupportables. J’ai entendu au Québec une légende huronne selon laquelle un homme ayant dû tuer un animal pour manger le traitait avec mille égards et a prié pour son âme en le remerciant de l’aider à survivre. Cette histoire est belle au sens où elle donne un sens à certaines situations qui ont pu exister dans lesquelles l’homme était obligé de tuer un animal pour survivre sans rien d’autre à sa disposition: l’animal est un être comme nous, sensible, à respecter. Dans notre monde de malbouffe et de gaspillage où même les plantes et insectes sont traités sans aucun respect avec des tonnes de pesticides, on n’a pas besoin de tuer des animaux pour vivre. Alors ne parlons même pas de les torturer! Je suis végétarienne parce que les animaux sont mes frères. Et ce film est magnifique.Je le trouve proche de la pièce « Les Justes » de Camus.

  4. Anna Galore Post author

    Nous venons également de le (re)voir ce soir et l’avons trouvé encore plus fort que la première fois. Les interviews dans les bonus sont également passionnantes !

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