La femme est un tunnel d’amour

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Aujourd’hui, un article de l’excellent Patrice van Eersel ancien journaliste de Actuel (dans les années 1980-1990) et actuellement rédacteur en chef du magazine Nouvelles Clés, en écho avec les mots d’accueil de Anna ce matin.

La femme est un tunnel d’amour

Vingt-deux ans après la publication de son premier livre, La Source noire – Révélations aux portes de la mort (éd. Grasset et Livre de Poche), quête et enquête sur la fin de vie dans le monde contemporain, Patrice van Eersel publie un ouvrage symétrique, Mettre au monde – Enquête sur les mystères de la naissance (éd. Albin Michel). Un extrait de sa conclusion :

L’humain est un bolide cosmique. Comme tout corps physique existant dans l’univers et utilisant plus que de l’hydrogène et de l’hélium, il est fait, de poudres d’étoile. Organisées autour d’une double molécule spiralée d’ADN, ces poussières prennent la forme incroyable d’un être vivant. De tous les prodiges du vivant, l’humain est le plus fantastique [1]. En lui s’effectue l’émergence d’une nouvelle sorte d’état, en auto-création de plus en plus rapide et de plus en plus consciente.

À l’état de germe, ce bolide est accueilli dans un réceptacle tout aussi prodigieux que lui. La matrice de sa mère. C’est là qu’il connaît d’abord une folle croissance. Partant d’une cellule, il atteindrait, nous disent les biologistes, une taille comparable à celle de la planète Terre si cette croissance se prolongeait pendant les neuf mois de la gestation. L’indispensable ralentissement, au bout d’une petite dizaine de semaines, quand il passe du stade d’embryon à celui de fœtus, est corrélé à l’ouverture progressive de ce que nous appelons « fenêtres sensorielles », par quoi le bolide va entrer en contact avec « le réel ». Cette réalisation, qui va permettre au nouvel être de pénétrer dans notre monde, s’effectue au gré d’un processus complexe, où nous commençons tout juste à comprendre, notamment grâce à des chercheurs comme Boris Cyrulnik, que l’inné et l’acquis sont en boucle interactive dès la fécondation [2].

Cyrulnik nous apprend en effet que les notions mêmes d’inné et d’acquis sont des vues de l’esprit : tellement mélangées, qu’en fait, elles n’existent pas séparément. L’enfantement d’un nouvel être se fait dans un couplage indémêlable de ses gènes et de son environnement. « Un jour, aime dire le fameux neuro-psychiatre, un spermatozoïde de votre père est entré dans un ovule de votre mère et ça ne pouvait donner qu’un être humain – ni un lapin, ni un vélomoteur -, mais certainement pas vous ! » Pas vous ? Non, parce que « vous » est une combinaison singulière, qui dépend de son histoire (rigoureusement unique dans l’univers) au moins autant que de son tremplin biochimique. Autrement dit, dès la première seconde, le milieu où se déplace le bolide est aussi important que la combinaison génétique qui a amorcé son irruption dans le « réel ». Dans l’ébauche de l’être à venir, la matrice de la mère, son giron, son ventre, au centre d’elle-même, joue un rôle aussi important que le « programme » de l’œuf fécondé qu’elle accueille. Cet accueil, que le mâle ne connaîtra jamais, et qui est évidemment à la source d’une initiation et d’une puissance féminines prodigieuses…

pied-bebe.jpg Le ventre de la femme est le plus fantastique laboratoire alchimique que nous connaissions dans l’univers. Et si c’était lui, le véritable « athanor », que recherchent les quêteurs de Graal depuis la nuit des temps ? Un tunnel d’amour par où il est obligatoire de passer pour entrer dans notre monde.

Un laboratoire secret, où se trame l’évolution…

La caverne de nos métamorphoses !

Pensez-y trente secondes : si nos ancêtres animaux sont progressivement devenus humains, passant du stade de pré-hominien au stade d’australopithèque, puis de celui d’Homo habilis à celui d’Homo erectus, etc., où pensez-vous que se soient concrètement effectuées ces mutations successives ? Quelle qu’en aient été les mécanismes moteurs (hasard, ou nécessité, ou logique interne, etc.), le lieu, lui, est évident : c’est le ventre féminin. Tout comme il est évident que ce ventre continuera d’abriter les mutations à venir ; même si, dans la boucle
« inné/acquis », ou « nature/culture », ou encore « inconscient/conscient », la part du second terme continuera certainement d’aller en croissant, avec des bébés de plus en plus prématurés, potentiellement de plus en plus aptes à intégrer l’esprit de la culture dans leur chair – en asymptote avec quelle limite ?

À Gitta Mallasz, la scribe des Dialogues avec l’Ange, qui demandait : « Qu’est-ce qui a corrompu la vie sexuelle de l’homme ? », l’ange descendu sur la Hongrie en guerre par une voix juive, répondit en gros à son interlocutrice chrétienne : « L’homme a reçu la sexualité, non pour faire beaucoup d’humains, mais pour faire l’Homme. » [3]

*
Extraits d’interviews accordées à la presse depuis la parution de Mettre au monde :

Concernant la grossesse et l’accouchement, pousser la logique moderne jusqu’à son extrême, c’est reconnaître que chaque femme est radicalement spécifique, réductible à aucun profil type et qu’il lui faut donc impérativement se mettre à l’écoute d’elle-même (et de son enfant, si possible en compagnie du père de celui-ci), pour savoir quelles méthodes de préparation et d’accouchement lui conviennent le mieux.

Les découvertes de ces quarante dernières années en matière de psycho-neuro-immuno-endocrinologie tendent à prouver que chaque personne devrait être traitée, sur le plan médical, comme un roi ou une reine, c’est-à-dire de manière absolument spécifique (avec ses propres rythmes, ses propres produits, ses propres méthodes, etc). Dans la pratique, c’est pour l’instant très difficile, pour ne pas dire impossible, à mettre en œuvre. Les laboratoires pharmaceutiques et la sécurité sociale ont tout intérêt à ce que l’on continue à traiter les humains comme des troupeaux, traités, vaccinés, opérés et accouchés tous et toutes de la même manière. De ce point de vue, le fait que 90% des Françaises accouchent désormais sous péridurale n’est pas forcément le signe d’une civilisation éclairée. Il faudrait user de ce moyen choc à meilleur escient, de façon plus raffinée.

*
Je suis éberlué, sidéré, révulsé, consterné de constater qu’il continue à y avoir sur cette planète de gigantesques masses d’hommes pour qui la femme est « inférieure » et « impure », et cela pourquoi ? Parce que son corps contient une matrice capable d’enfanter !!! Cette même matrice qui donnera à ces hommes une descendance, surtout mâle bien sûr, dont ils seront si fiers ! Cette contradiction lamentable (qui dénote évidemment une peur de la sexualité, explicable de plusieurs manières), j’ai grand mal à comprendre comment les femmes ont pu la supporter pendant dix mille ans que dure la « civilisation » ! De nombreux éléments semblent heureusement prouver que le machisme n’est pas tenable dans la nouvelle modernité et qu’un énorme mouvement de balancier est en train de nous ramener vers des énergies plus « yin », plus féminines, que ce soit chez les femmes ou chez les hommes. Ce post-féminisme universel apporterait sans doute à la modernité la maturité qui lui manque encore, complétant en somme la déclaration des droits de l’humain par celle de ses devoirs, vis à vis de lui-même, de ses semblables, de ses descendants et ascendants et de la planète.

2072907341.jpg Si 99,5% de l’histoire de l’humanité (de – 2 millions d’années, à -10 000 ans) s’est jouée dans un Paléolithique matriarcal (certainement écologique et conservateur) et 0,5% seulement (les dix mille ans que nous disons « civilisés ») dans un Néolithique patriarcal (assurément innovant et destructeur), l’accélération des choses fait que le patriarcal a fantastiquement rattrapé son « retard » préhistorique sur le matriarcal et qu’il est urgent, si nous voulons que l’aventure humaine continue, de passer à un âge nouveau (pourquoi ne pas l’appeler microlithique, par exemple, si l’on tient compte du fait que les structures minérales que nous utilisons désormais sont des cristaux minuscules de nos circuits imprimés ?). Cet âge nouveau serait écologique et innovant, mais ne pourrait plus se permettre d’être conservateur ni destructeur, et rétablirait l’équilibre entre les sexes, non pas en faisant des femmes des équivalentes des hommes, mais en leur reconnaissant une spécificité absolument cruciale et centrale pour toute la condition humaine, à savoir que pour venir au monde et devenir humain, il nous faut forcément passer par leur corps. Cela leur confère une force qu’elles doivent absolument reconnaître et utiliser, à la fois comme leurs ancêtres, usant des fantastiques capacités et potentiels de leur corps, et comme les modernes, usant de leur conscience et de toutes les découvertes des sciences de la vie et de l’humain.

[1] Il me semble que le vivant se distingue du non vivant, quoi qu’en disent, dans une approche spinozienne et moniste du réel, nos amis biologistes Albert Jacquard et Henri Atlan (par exemple dans Le monde s’est-il créé tout seul ?). Par rapport à l’inerte, le vivant ne représente-t-il pas un bond différenciateur énorme par rapport, d’une octave plus élevée dans la gamme de la conscience, de la volonté, de l’autodétermination ?

[2] De chair et d’âme, Boris Cyrulnik, Odile Jacob, 2006.

[3] Dialogues avec l’ange, Aubier/Flammarion.

A lire aussi : Le premier cri, le très beau livre de Anne Geddes Mères, Naître de Lars Hamberger et tant d’autres encore…

anti

11 Replies to “La femme est un tunnel d’amour”

  1. Catherine

    Magnifique !

    Le premier cri ! Je n’avais pas pu le voir lors de sa sortie ! 🙁 Mais la bande annonce me tirait les larmes à chaque fois !!! emotion !!!

    La grossesse et la naissance de mes filles ont été des moments intenses ! Nous (avec le papa des petites) avons en plus pratiqué l’haptonomie et c’était merveilleux de partager cela. Ca m’a permis de lui ouvrir cet espace et de partager ! Mais ce que j’ai trouvé difficile, c’est la froideur de certains médecins et des actes médicaux en général !

    Reprendre possession de ces intants passe par l’information. Savoir qu’il existe des alternatives à la péridurale, des alternatives à l’accouchement sur le dos, les pieds dans les étriers…

    Quant à dire que nous ne sommes pas les égales de l’homme, je suis assez d’accord ! Nous sommes différentes par cette particularité que nous avons de donner la vie ! Ni mieux ni moins bien mais différents les uns des autres !

  2. Anna Galore

    Catherine, si tu en as l’occasion, achète le DVD de ce film magnifique, vous ne serez pas déçus !

    « Quant à dire que nous ne sommes pas les égales de l’homme, je suis assez d’accord ! Nous sommes différentes par cette particularité que nous avons de donner la vie !  »

    Parfaitement exprimé.

  3. monilet

    Le féminin, la place du féminin….
    Il y a en moi beaucoup de choses critiquables mais l’un des plus beaux compliments qui m’ait été fait (par une femme) est sans conteste : tu as une manière très féminine d’aimer. 🙂

  4. anti

    Un article que je relirai aussi certainement dans un proche avenir !

    « Savoir qu’il existe des alternatives à la péridurale, des alternatives à l’accouchement sur le dos, les pieds dans les étriers…  » Pas connu ça moi. Je te raconterai en live, sinon, y’en a pour des heures d’écriture !

    « Le premier cri » est un film à voir absolument.

    « tu as une manière très féminine d’aimer. 🙂 »

    Je comprends que cela t’ait touché Moni.

    Je vous relis et vraiment, je me sens de plus en plus dans l’abstraction dite ce matin : « Le temps est venu du retour du Féminin Divin et du Masculin Divin », a annoncé Yellowbird. « Le temps est venu pour les prophéties, les cultures, les langues, l’histoire (masculine et féminine) de tous les peuples de se rassembler comme Un. Le temps est venu de libérer la mémoire ancestrale qui ne nous sert pas, et de la remplacer avec une nouvelle mémoire ancestrale et conscience guérie qui donne de l’inspiration pour le futur. »

    anti, de tous les temps

  5. Catherine

    Hé ! Hé ! tout pareil !!! si il y a UN sujet qui me touche et me rend intarissable, c’est bien la maternité et les enfants… 😉

  6. ramses

    Très belle note, Anti, qui rappelle que la femme est l’avenir de l’homme…

    L’empreinte du petit pied dans le ventre de la femme enceinte est extraordinaire…

    Merci à tous de nous faire partager ces beaux moments.

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