Dabadie immortel

Elu en avril 2008 à l’Académie française, l’auteur des paroles de Femmes je vous aime et de On ira tous au paradis sera officiellement reçu jeudi au sein de la vénérable institution, chargée depuis 1635 de normaliser et de perfectionner le français. Pour Jean-Loup Dabadie, soixante et onze ans, c’est la consécration d’une carrière féconde pour la chanson, le cinéma et le théâtre.

602924976.jpgEn 1967, certains avaient râlé chez les Immortels quand Georges Brassens avait obtenu le grand prix de poésie de l’Académie française. Pensez donc, un chanteur de variétés ! En 1982, Charles Trenet avait été recalé à l’entrée sous la Coupole. Ce jeudi 12 mars, la vénérable institution accueille en son sein, au fauteuil 19 (qui fut celui de Chateaubriand et de René Clair), une des plumes de la chanson les plus couronnées par le succès commercial. Ma préférence et Femmes je vous aime pour Julien Clerc, L’Italien et Hôtel des voyageurs pour Serge Reggiani, On ira tous au Paradis et Lettre à France pour Michel Polnareff, Chanteur de jazz et Salut pour Michel Sardou, Marie Chenevance pour Barbara, L’Addition pour Yves Montand, J’ai épousé une ombre pour Johnny Hallyday et des chansons pour Juliette Gréco, Jacques Dutronc, Robert Charlebois, Sylvie Vartan, Sacha Distel, Elsa, Patrick Juvet… Et la liste n’est pas exhaustive !

Jean-Loup Dabadie, l’immortel de la chanson

Ce n’est pas seulement l’orfèvre en tubes populaires que l’Académie française reçoit. Jean-Loup Dabadie compte parmi les artistes qui font vivre la langue dans toutes ses dimensions et toutes ses couleurs. Perfectionniste, méticuleux, curieux, généreux, cet amoureux des dictionnaires ne publie et ne livre rien sans angoisse. Et, qu’il écrive des chansons, des romans, des dialogues de cinéma, des sketches ou du théâtre, c’est toujours dans un français d’une clarté et d’une limpidité parfaites.

Il est vrai que sa jeunesse s’est déroulée entre deux pôles également attractifs. Son père, Marcel Dabadie, écrit des chansons pour Maurice Chevalier (Un p’tit sourire mam’zelle) ou les Frères Jacques (Le Général Castagnetas), mais tient à ce que son fils fasse de bonnes études. Le jeune Jean-Loup, né le 27 septembre 1938, a un parcours exemplaire : bac à Janson-de-Sailly, khâgne à Louis-le-Grand, premier roman (Les Yeux secs) à dix-neuf ans, débuts dans le journalisme sous la direction de Pierre Lazareff à Candide. Il est un jeune « lancé » : il côtoie Philippe Sollers à la création de Tel Quel, écrit sur le cinéma dans l’hebdomadaire Arts et sur tous les sujets pour la radio Europe n°1, puis travaille à la télévision, notamment pour Les Raisins verts, révolutionnaire émission de Jean-Christophe Averty.

Des sketches à la chanson

En 1962, il part au service militaire. De sa caserne où il s’ennuie à mourir, il envoie deux brouillons de sketches à Guy Bedos : Le Boxeur et Bonne fête Paulette. Bedos les interprète tels quels à la télévision et sur scène : il reçoit ses premiers éclats de rire. Dabadie écrira plus de cent cinquante sketches. Menant à la gloire Guy Bedos et Sophie Daumier, et livrant à Jacques Villeret, Muriel Robin et Michel Leeb, notamment, quelques-uns de leurs plus grands succès. Sens de l’observation, petite note d’émotion sous la caricature, humanité des personnages : la patte Dabadie s’impose très vite.

C’est à cet écrivain-là que Serge Reggiani fait appel en 1967, en lui commandant une chanson… « pour hier soir », comme on dit dans le métier. Coup d’essai, coup de maître : en quelques heures, il écrit L’Italien, qui va devenir l’oriflamme de toute la carrière de chanteur de Reggiani. Une nouvelle vie commence pour Jean-Loup Dabadie : il devient un parolier recherché, dessinant des autoportraits foudroyants de vérité de ses interprètes, qu’ils soient Julien Clerc (un de ses complices les plus fidèles) ou Jean Gabin (pour Maintenant je sais, son seul tube).

Au cinéma, Dabadie enchaîne scénarios et dialogues pour Claude Sautet (Les Choses de la vie, César et Rosalie, Max et les ferrailleurs, Vincent, François, Paul et les autres, Une histoire simple), Claude Pinoteau (Le Silencieux, La Gifle, La Septième cible), Yves Robert (Salut l’artiste, Un éléphant ça trompe énormément, Nous irons tous au paradis), François Truffaut (Une belle fille comme toi), Philippe de Broca (La Poudre d’escampette)… Au théâtre, il écrit des adaptations couronnées de beaux succès (Le Vison voyageur, Madame Marguerite, Deux sur la balançoire, Je ne suis pas un homme facile, Quelque part dans cette vie).

Elu à l’Académie le 10 avril dernier (après une première tentative « pour voir » en 1989), il a reçu une victoire d’honneur pour l’ensemble de son œuvre à la dernière cérémonie des Victoires de la musique, le 28 février 2008. Il avait déjà été couronné maintes fois : un Molière, un prix Louis-Delluc, le grand prix du cinéma de l’Académie Française, le prix Vincent Scotto et le grand prix de la Sacem… Jamais de César, la seule frustration d’un homme de lettres comblé. Mais il l’a promis : devenir Immortel ne l’empêchera pas d’écrire.

Source : Bertrand Dicale, RFI.fr

4 Replies to “Dabadie immortel”

  1. anti Post author

    Une découverte encore. J’ignorais qu’un même homme se cachait derrière ces chansons que j’aime et sketchs trop bien, et films et… bravo l’artiste !

    anti

  2. ramses Post author

    Récompense fort méritée, pour cet homme hors du commun, d’une grande simplicité, qui a su conquérir le coeur des Français. Chapeau, l’artiste !

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