Le Livre dans la Peau

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Photo Bibliothèque de Saint Gall.

1600330184.gif Delphine Dejean est une jeune professionnelle qui a ouvert son atelier de relieur à Saint Quentin la Poterie, atelier qui répond au doux nom du : Livre dans la peau .

Dans le cadre de mon projet professionnel, j’étais passée la voir en avril dernier après avoir découvert son site internet pour m’inscrire à l’un de ses stages, ce qui fut chose faite et non compromise malgré une fracture de l’omoplate qui a eu la bonne idée de se remettre dans un délai normal. La seule chose que je n’ai pas pu faire, c’est serrer la presse, parce que là, non, c’était vraiment pas possible !

Relieur…

Ce simple mot est une poésie en soi. Il sonne à mon oreille comme un mot magique…

Re-lieur.

Quels nouveaux liens, quelles nouvelles voies vont émerger des mains de l’artiste ? Que va-t-il contribuer à véhiculer et de quelle manière va-t-il s’y prendre ? Mystère…

Le mot relieur viendrait du latin « religare », relier, qui est une des étymologie possible du mot religion au sens le plus noble du terme.

Une anecdote me revient à l’esprit. Un matin, nous prenions le thé avec un confrère de Delphine.

« Vous savez, je n’ai pas toujours fait ça. Avant je traçais des cartes. Je traçais des routes. »

« Vous faisiez déjà dans ce qui relie les hommes entre eux. Les livres et ce qu’ils véhiculent, c’est un peu comme les axes routiers vous ne pensez pas ».

D’ailleurs, c’est amusant, j’ai rencontré un musicien professionnel qui était aussi dans le traçage de route, et la musique pour ce qui est de créer des liens…

Echange de regards. Sourire. Acquiescement.

Et de conclure de sa part : » Attention, un stage de reliure peut changer le cours d’une vie ».

Ca tombe bien ! Je compte dessus !

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L’atelier de Delphine respire la plénitude, il est à son image. Je le trouve beau, j’aime ces couleurs bouddhistes, sagesse qu’elle semble apprécier elle aussi si l’on considère le choix de cartes postales qu’elle vend dans sa boutique.

Accessoirement, c’est chez elle que j’ai découvert le film Bab’Aziz, le prince qui contemplait son âme; tout un symbole.

Mais revenons à la reliure. Le rôle de la reliure est de protéger le livre, d’augmenter sa stabilité et sa durée de vie.

Il existe deux types reliure :

la reliure courante, travail sobre en toile ou en cuir tel la basane, effectué pour des bibliothèques, les archives des ministères, les mairies, qui ne fait pas appel à la créativité.

Et la reliure d’art ou de création qui répond à un marché plus restreint et qui s’adresse essentiellement aux particuliers, bibliophiles et collectionneurs.

L’exécution d’une reliure passe par différentes phases successives et très précises, une soixantaine d’opérations en moyenne pour un seul livre.

Mais au fait ? Comment un simple « paquet de feuilles » devient-il un livre ?

60 opérations donc, en moyenne, sont nécessaires pour réussir cette transmutation, chaque geste est important et doit être maîtrisé.
Si, par exemple, la couture des feuillets est mal faite – fil trop fin, trop gros, pas assez tendu … toute la reliure en pâtira.

Il faut savoir en effet que les reliures artisanales de qualité sont généralement toutes cousues à la main. Contrairement aux idées reçues, le terme reliure ne désigne pas simplement la couverture, mais l’assemblage des feuillets qui sont solidaires des plats cartonnés. La partie apparente du travail ne se réalise qu’en dernier lieu : c’est “l’habillage” du livre avec de la toile, du cuir, du papier reliure …
Et, tout à la fin, la dorure. Elle se fait sur le livre terminé, à la main, et comprend le titrage et les éventuels éléments décoratifs.

Artisanat traditionnel bien sûr, la reliure est aussi source de création. Outre les reliures classiques en toile, basane, chagrin, veau, papiers marbrés… ce beau métier permet de réaliser des décors, à plat ou en relief, de mélanger les matières et de laisser libre cours à son imagination. Et à celle du client !

Vocabulaire.
Comme dans tous les métiers, le relieur emploie des termes techniques qu’il est bon de connaître. Certains mots font partie du vocabulaire courant comme le dos, la tranche, les coins … et d’autres sont moins connus car bien spécifiques au domaine de la reliure.

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Restauration.
Delphine n’est pas uniquement relieur, elle fait aussi de la restauration et là !!! C’est de la magie pure !!!

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Plusieurs épaisseurs de carton sont collées pour rattraper l’original abîmé.

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Il est possible de restaurer le papier quand celui-ci est déchiré. Il existe aussi des techniques pour consolider le papier et protéger les couleurs
des ouvrages originaux.

A voir une très belle vidéo de cette restauration sur le site de Delphine.

Pour suivre le déroulement du travail de restauration au fil des semaines sur un livre cousu, rendez-vous sur le site in-folio, où tout est expliqué étape par étape.

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Et voilà ! Quant à ce que j’ai appris et fait, longueur oblige, cela fera l’objet d’une prochaine note 😉

Les infos viennent principalement du site de l’atelier de Delphine. Pour les photos : Delphine, Anna et In Folio. Merci !

Anti, passe le message à ton voisin 😉

7 Replies to “Le Livre dans la Peau”

  1. Anna Galore

    Que c’est beau, que c’est doux…

    « Re-lieur », quels mots magnifiques tu emploies pour en parler. J’ajoute que pour moi qui ai eu la chance de rencontrer aussi Delphine et de visiter son atelier, ce lieu qu’elle a restauré et son métier vécu comme une philosophie de la vie respirent la sérénité. Le temps s’y étire pour laisser toute sa place au calme souriant.

  2. Bloody si !

    Dans mon top ten des plus beaux métiers…
    Je tiens à dire que ya une erreur de legende sur la première image. C’est pas la bibli de saint gall en fait… C’est ma bibli à moi de quand je serais grande 🙂

  3. anti

    Je tiens à dire qu’il y a une erreur dans le post de BronskyBloody, c’est ma bibliothèque à moi de quand j’s’rai riche !

    Mdrrrr ! Quand j’y repense ! J’y suis aller à Saint Gall dans cette bibliothèque ! Il a fallu me sortir !!! « Mais tu reviendras ! Allez ! On s’en va maintenant ! » « Nan ! Je reste ! »

    anti, têtue ?

  4. Catherine

    Ah !!! Les livres… Très beau métier, relieur…

    Relieur ? C’est comme certains métiers pour lesquels il n’existe pas de féminin ? (je pensais à docteur mais je lis que doctoresse est admis…)

  5. voiedoree

    j’ai du t’écrire que le mari de ma cousine a été relieur d’art à Poitiers pendant 40 ans et qu’il vient de passer la main à son fils.

    Je l’ai rencontrée à nouveau il y a peu à Laval alors que je le les avais pas vus depuis….. 35 ans.

    Tout ça pour dire que j’ai trouvé chez ce monsieur calme humour sérénité

    la reliure mène au nirvana ????

  6. anti

    Bourre ou pas, je vous signale que je viens de rajouter un lien dans la note vers une vidéo de la restauration du livre de 1699 – dont on voit les photos justement- fabuleux ! A voir !

    anti

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