Celui qui ouvre la porte

Quand Anti est venue chez moi il y a une dizaine de jours, au moment où nous descendions de la voiture dans le jardin devant la maison, elle m’a dit: « Je viens de voir un chien blanc ». Il n’y avait pas de chien. Mais comme elle voit souvent des choses qui ensuite prennent un sens, je n’ai pas douté que tôt ou tard, nous saurions qui était ce chien blanc.

Hier soir, en rentrant de Paris, j’ai vu en arrivant chez moi un rapace qui planait juste au dessus des Trois Piliers, un vestige médiéval qui a donné son nom au quartier où j’habite. Depuis « La femme primordiale », Horus croise nos routes régulièrement à Anti et à moi. Horus, le protecteur, « celui qui est au-dessus ». Il voit tout ce qui est caché et sauvegarde un équilibre avec les forces adverses pour faire triompher les forces de lumière. Très bel oracle de bonheur, donc.

Dans la nuit, j’ai reparlé avec Anti d’une conversation que nous avions eue jeudi soir sur l’utilisation dans toutes les spirtualités de sons répétés à l’infini pour faire taire son intellect et laisser mieux s’exprimer son âme: récitation de prières chez les chrétiens ou les musulmans, mantras chez les bouddhistes, le but recherché et le moyen utilisé sont les mêmes. De façon analogue, on voit mieux certaines choses si on ferme les yeux parce que, ce faisant, on supprime le flux d’informations qui sature notre cerveau par les yeux et on peut mieux sentir ce qui ne se voit pas (comme l’exprime la célèbre réplique du renard au Petit Prince: « l’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le coeur »). Et, dans notre discussion à bâtons rompus, nous parlons aussi des livres d’Ischa Schwaller de Lubicz sur le cheminement de Her Bak vers l’Eveil. Chez les Egyptiens comme dans la Kabbale ou les textes runiques, chaque mot a plusieurs sens superposés, et chacun de ces sens est un élargissement de plus en plus riche du précédent.

Ce matin, je reprend mon exemplaire de Her Bak Pois Chiche et j’ouvre le livre vers la fin. Je tombe sur le chapitre intitulé « La nuit du Neter ». Pasab, le prêtre qui guide le jeune Her Bak dans son initiation progressive, le conduit devant la chapelle d’Hathor. Là, je marque un arrêt: Hathor est la déesse que j’ai choisie pour illustrer « Le septième livre ».

Il s’agit de la dernière étape avant de pouvoir être admis dans le Temple. Her Bak devra y rester toute la nuit. Pasab lui dit:

– En renonçant à ton erreur, tu as posé le pied sur le seuil de la porte: es-tu prêt à forcer le passage? […] Aucun artifice n’ouvrira cette porte.
– Que devrai-je faire?
– Ce que ton coeur te commandera.
– Qu’arrivera-t-il?
– Ce que ton destin décidera. L’épreuve sera définitive; tu peux la refuser si tu doutes que l’heure soit venue.
– Qu’ai-je à redouter, sinon de laisser passer l’heure?… J’irai où l’on me conduira ».

Le prêtre le conduit alors dans un lieu secret et parvient à une porte munie d’un verrou. Il l’ouvre et pousse Her Bak dans une chambre de pierre et lui dit qu’il verra le Neter s’il sait le voir. Il lui donne un ultime conseil, celui de s’adresser au Neter à voix haute. Puis il part et referme la porte. Her Bak reste seul dans la pénombre. Il prononce quelques mots, s’arrête. Il trouve stupide de parler à voix haute, seul dans cette pièce. Puis il crie:

– A quoi sert ma colère? Je veux forcer la porte!

Et il se met à psalmodier une litanie. Prière, mantra, sons répétés pour se libérer le cerveau. Petit à petit, il devient plus calme. Il se demande – à voix haute – ce qui va se passer, d’où va surgir le Neter, que va-t-il se passer? Il interroge le Neter, l’apostrophe, l’implore de se manifester. Rien.

– A quoi sert de vouloir? Je ne changerai rien à ce qui est.

Il finit par cracher sur la statue du dieu Ptah, puisque ce n’est qu’une statue de pierre et donc pas une divinité. Et soudain, il comprend et se jette sur le sol, dos à la statue.

– Toi je t’adore, Neter du monde, contre qui l’on ne peut pas cracher! Oh! Révèle à mon coeur ta vraie face; je t’appelle!

– Bien, mon fils.

Le Sage est dans la pièce, devant lui et lui dit:

– Le Neter que tu cherches est en toi. Tu es son vrai Temple. Mais pour le savoir, il fallait oser renier tout ce qui n’est pas sa réalité. Il fallait discerner ce qui est destructible et ce qui ne l’est point. L’image est destructible, cependant peu d’hommes peuvent s’en passer; elle est sacrée pour ceux qui lui accordent leur foi […] Heureux celui qui renonce aux satisfactions de l’apparence pour trouver l’Absolu. »

Pasab entre à son tour. Le Sage dit à Her Bak qu’il va pouvoir désormais « quitter le Péristyle », autrement dit entrer dans le Temple. Pensée pour le mot « profane » qui signifie « devant le Temple » (autrement dit à l’extérieur). Puis il dit à Pasab:

– Ton nom n’est plus Pasab: tu deviens Oupouat.

Et là, Ischa Schwaller de Lubicz met un dessin de la divinité Oupouat: un chien blanc, accompagné d’un serpent. Son nom signifie celui qui ouvre la porte, celui qui montre le chemin, dégageant les routes et chassant les éléments hostiles. Il était le dieu tutélaire du premier pharaon d’Abydos, là où ont été retrouvés les rois Scorpions. Ce pharaon s’appelait Horus.

« Tout est un »…

6 Replies to “Celui qui ouvre la porte”

  1. sampang Post author

    c est « drôle » parce que les phrases sur le livre des « Offrandes » depuis quelques jours sont sur la colère et le lâcher prise…

    un poème de Xuyen dans « Initiatique » parce que se retrouver est la meilleure façon d être ^^

    RETROUVAILLES

    Toi mon Ami

    Ciel immense
    Terre nouvelle
    Mer profonde

    Toi-puissance
    mille fois plus grande
    que l océan où
    se noie une infinie
    de toi

    Sur mes lèvres
    ton Nom
    En mes yeux
    ton Image
    Dans mon coeur
    un Souvenir

    Toi-poème
    où le merveilleux
    cotoie le réel
    et tisse
    l univers étrange

    O toi
    qui est moi-même
    De toi
    j ai appris que
    c est moi qui dois aller
    plus loin
    Il n y a pas d autre
    Que le Soi-même

    et puis un autre parce qu il est essentiel pour son demain, extrait de « Initiatique » tjs de Xuyen :

    LA VIE AU PRESENT :

    Il est des moments privilégiés
    où la réalité
    dérape du côté du mystère
    où le présent glisse
    vers un ailleurs incertain

    Assis en silence
    en fleur de lotus
    réveiller les sources
    des quatre océans

     » eau tranquille
    grande profondeur »

    Etre sérieux
    comme un enfant qui rêve
    et qui monte sur un puit
    pour parler aux étoiles

    Chaque réalité
    à ses lumières divines

    Etre tout simplement
    – la seule façon d accomplir –
     » Etre-tel-qu il-est »

    S éveiller s exprimer
    au lieu de faire d organiser
    On ne donne jamais de l eau
    à une source
    Les pins n ont de couleur
    ni moderne
    ni ancienne

    Etre nécessairement quelqu un
    en qui
    la vie transparait
    le disciple est né
    et pour qui
    l aurore est toujours venue
    de l orient

    la meilleure façon d assurer l avenir
    est encore d approfondir le présent

    la branche et le vent
    se balancent sans autre discours »

  2. sampang Post author

    il est essentiel pour son demain… dans le sens au nôtre 😉 pas bien réveillée oups… quand je me suis lue j ai cru du jus de chaussette !

  3. anti Post author

    Oupouat. Magnifique en effet. Et ça continue.

    Anna avait écrit cette note avant de m’appeler pour me prévenir qu’elle avait trouvé le chien blanc. Ce matin là, je m’étais réveillée (chose extraordinaire pour la marmotte qui sommeille en moi !) à 9 h 10 au moment où elle lisait ce passage de Her-Bak.

    Sous la couette, je lisais quant à moi « Que l’amour soit ton bouclier », le texte posté par Sampang la semaine passée. A 9h 39, je lui envoie un SMS mais son téléphone n’était pas encore en fonction. Au même moment, elle pensait m’appeler mais bon, si, tôt… non. Quel bonheur d’être reliées à ce point !

    Oupouat. Magifique ! D’autant plus que Her-Bak, j’ai essayé des tas de fois de le lire, sans succès. Comme si le livre me repoussait, parce que simplement, ce n’était pas le moment. J’ai souvent dit à Anna, un jour, ce sera là, et je le lirai parce que je serai en mesure de prendre et comprendre son message.

    L’arrivée d’Oupouat me donne envie de me replonger dedans. Je l’ouvre à la page à laquelle j’étais rendue la dernière fois, il y a plusieurs mois : je m’étais arrêtée là où il est question des Neter… là où Anna reprenait l’histoire la veille. En note, j’avais souligné un passage :

    « Il faut que pourrisse, tout ce qui peut pourrir. Que pour en faire un fil durable on doit d’abord détruire ce qui pourrait ensuite se corrompre. Certes, il faut sauver les fibres au bon moment; ensuite on charge le soleil de brûler ce qui est impur ».

    Le soleil. Horus…

    « Depuis « La femme primordiale », Horus croise nos routes régulièrement à Anti et à moi. »

    Anna aurait même pu dire, depuis que nous nous sommes retrouvées, Horus est présent.
    Pendant le voyage qui me menait vers le retour à mon foyer (le coeur d’Anna), j’avais un oiseau sur l’épaule. J’en parle à Anna au coeur de la nuit. Elle me demande : « Et cet oiseau ? C’est quoi ? » Je réfléchis car je suis en train de lire un livre sur les chamanes Maya et je ne cherchais un rapport avec ce chamanisme peut-être, mais non; je lui dis « Cet oiseau, ben, c’est un faucon ». Il faut savoir que je ne suis pas du tout portée sur la mythologie égyptienne, pas par faute d’intérêt, non, mais par « trop ». Je sais que le jour où les portes s’ouvriront, je ne serai plus la même et qu’il faut être suffisamment prêt pour supporter parfois certaines vibrations…
    Anna me regarde et sourit : »tu sais, tu viens de me décrire le chapitre que je viens d’écrire. Viens voir ! » Et de fait, c’était bien cela…

    Je souris en lisant « Ses fêtes [Horus] avaient lieu le 22 du mois de Meshir, avec Ptah; le 23 du mois de Famenoth, sachant combien ces dates reviennent régulièrement dans nos vies respectives…

    « Dans les Textes des Pyramides on l’identifie au ciel oriental, tandis que Thot est assimilé au ciel occidental ; par conséquent, c’est le Seigneur de la montagne par où le soleil passe chaque matin. Il était initialement fils d’Hathor, mais ce rôle fut postérieurement adopté par Isis. »

    Mmmm, encore…

    anti, fille de Horus, Nou c’est Nout et merci la Vie !

  4. anti Post author

    Ah Trop beau aussi. La journée qui suivit. Les enfants et moir regardions un Thierry la Fronde qui parlait des Templiers et ma fille de s’exclamer : « Tu vois maman, c’est lui la clef du mystère. C’est celui qui ouvre les portes » en parlant d’un personnage….

    Et, ah oui ! Concernant Hathor, son nom signifie « la demeure céleste d’Horus ».

    anti, Blonk

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