Festival Tzig’n’Jazz – Ambassade de Roumanie – Hôtel de Behague

Je vous parlais dernièrement du groupe Taraf de Haidouks, cet ensemble musical rom originaire de Roumanie, eh bien, amis parisiens, sachez qu’il se produit à Paris ce soir, dans le cadre du festival Tzig’n’Jazz.

Du 17 au 21 novembre 2010 se déroulle la 3ème édition Tzig’n Jazz organisée par Alin Predoi et l’Institut Culturel Roumain en collaboration avec l’Ambassade de Roumanie à Paris, véritable joyau du patrimoine de la Roumanie et de la France. A l’affiche, une exceptionnelle programmation qui poursuit la qualité devenue traditionnelle des deux précédentes éditions du festival. Alin Predoi a décidé de mettre à l’honneur cette année le cymbalum, afin de faire découvrir au public parisien un des instruments traditionnels de l’Europe de l’est. Grands noms de la musique tzigane et jazz seront présents pour offrir une vision très large de cet instrument encore méconnu en France. (Source)

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Festival Tzig’n Jazz – L’histoire

Alin Predoi, talentueux pianiste d’origine roumaine, a suivi de brillantes études au conservatoire supérieur de Paris, où il obtient six premiers prix. Il enseigne aujourd’hui dans sa propre école, qu’il a voulue très singulière, puisque son enseignement est basé sur l’oreille, la sensibilité, l’improvisation…il y transmet la musique avec une grande sensibilité.

Ce jeune artiste a eu l’ambition de créer à Paris un évènement culturel franco-roumain d’envergure, pour mettre en valeur le potentiel artistique de la Roumanie.

Ses origines et sa passion pour les musiques improvisées l’ont amené tout naturellement vers le jazz et la musique tzigane. Il en a fait un moment exceptionnel, mêlant swing, sensibilité, improvisation, virtuosité… un grand moment de communion avec le public.

C’est avec talent et une immense énergie qu’il a concrétisé son rêve, et gagné son pari, de faire de ce festival un tremplin pour les jeunes artistes roumains, et le rendez-vous incontournable à Paris des amoureux du jazz et de la musique tzigane.

Dès le début, L’Institut Culturel Roumain a été partenaire du festival pour promouvoir la qualité exceptionnelle du jazz manouche roumain et les valeurs inédites que la Roumanie peut offrir au monde musical européen.

entree.jpgL’Hôtel de Béhague, l’un des plus beaux palais de Paris

L’écrivain Henri de Régnier qualifia cet hôtel d’être l’ « un des plus beaux palais de notre ville ». Ce lieu fut vendu le 27 mars 1939 à l’Etat Roumain qui y transféra son ambassade qui était auparavant à l’hôtel de Pomar, avenue de Wagram. Le premier ambassadeur qui y résida fut Georges Tataresco.

La grand-mère de Martine de Béhague avait acheté en 1863 le terrain où se trouve aujourd’hui l’ambassade. Elle demanda à Gabriel Hippolyte Alexandre Destailleur (1822-1893), restaurateur de Courances et de Vaux-le-Vicomte, d’y édifier un hôtel de style Louis XV afin de correspondre aux collections du XVIIIe siècle qu’il devait abriter. L’architecte possédait une renommée internationale, il fut lié à la famille impériale et travailla en particulier pour les Rothschild de Vienne, Destailleur possédait une impressionnante collection de dessins d’architecture et d’ornements. Cette connaissance aiguë lui permettait de s’inspirer pour ses œuvres des décors anciens. Il avait aussi coutume de réemployer d’anciennes boiseries et éléments de décor mis sur le marché au moment des reconstructions d’Haussmann.

Le bâtiment, appelé Grand Hôtel, qu’il construisit était destiné à l’usage de Victoire – Félicie de Béhague et à celui de son fils. Il fut réalisé en 1866-1867 et était justement remarquable par l’emploi de lambris anciens. Ce bâtiment était construit parallèlement à l’avenue (no. 24) à laquelle il était relié par un vestibule vitré.

Un Petit Hôtel dévolu à Octave de Béhague, fut ensuite rapidement construit pour une somme supérieure à 400 000 francs. Plusieurs boiseries de sa collection y furent remontées en 1868.

Dès 1893, Martine de Béarn fit effectuer des remaniements par Walter-André Destailleur (1867-1940), fils du précédent architecte.

bibliotheque.jpgLe Grand Hôtel fut démoli ainsi que les communs du petit qui occupaient une partie de la place du bâtiment actuel. Certains éléments furent en revanche intégrés au nouvel édifice comme l’escalier de bois voisin et la précieuse Bibliothèque Ovale. Pour ces deux ensembles, d’anciennes boiseries furent réutilisées. Le grand escalier de bois harmonise différents rampes du XVIIIe siècle du nord de l’Europe. Il menait aux appartements de la comtesse qui avait aussi aménagé un ascenseur.

La Bibliothèque Ovale était un écrin pour la collection de livres précieux et rares d’Octave de Béhague. La plupart des livres ont été vendus aux enchères en 1877, mais la bibliothèque est restée intacte, avec ses superbes panneaux de bois précieux et ses portes délicatement sculptés. Le plafond peint représente l’amie des muses, Aurore, qui mène un char attelé et éloigne les nuages de la nuit. Ce sujet se rencontre fréquemment dans la peinture de plafond baroque. Dans la bibliothèque aménagée par son père, Octave de Béhague, la comtesse de Béarn réunit des livres de luxes et des reliures anciennes confiée à des bibliothécaires de qualité dont le célèbre Paul Valéry.

salonbleu.jpgLe Salon Bleu, permettant d’accéder à la Bibliothèque Ovale aux portes à double battant et à la magnifique serrure du XVIIIème siècle ornée de dragons, comporte encore l’une des deux tapisseries flamandes du XVIIIe siècle, elle aussi, représentant des lavandières. Au centre du Salon se trouve un marbre de  » La confiance en Dieu «  (1835) d’après Lorenzo Bartolini.

Walter André Destailleur aménagea en 1894-1895 le grand escalier tapissé de marbres polychromes à la rampe en fer forgé rehaussé de bronzes dorés. Cet escalier d’honneur inspiré de celui de la reine à Versailles constitue une formule couramment utilisé au XIXe siècle.

Jean Dampt qui bénéficia de son amitié et avec qui elle mena une véritable collaboration, est l’auteur du bas-relief en marbre d’un seul tenant et haut de 4 mètres environ Le Temps emportant l’Amour. Présenté au Salon de 1898, il orne depuis lors le sommet du grand l’escalier.

La salle de bal néo-rocaille, appelée aussi Salon d’Or, qui servait de bureau et de salon de réception à Martine, fut aménagé en 1897.

escalier.jpgCet ensemble restauré il y a quelques années, se distingue par le travail d’intégration de boiseries Louis XV de différentes provenances dû à Florian Kulikowski.

L’ensemble révèle l’influence de l’hôtel de Soubise. Les peintures des dessus de portes sont dans le style des compositions florales du XVIIème. Cette salle, dont le plafond représente des nuages peints au naturel, a gardé son grand tapis au point de savonnerie, évalué en 1992, à 1.110.000 FHT, par les spécialistes des ateliers  » La Lisse d’Aubusson  » de Tours.

Le petit salon octogonal qui, lui est contigu, fut réalisé vers 1903. Quatre charmantes scènes de chasse de la fin du XVIIIème siècle, sont remployées. Ici aussi, un habile travail de raccordement des boiseries permit d’harmoniser l’ensemble. Ce salon conduit à la salle de théâtre et à la salle à manger.

La salle à manger fut réalisée vers 1904 dans le style rocaille comme en témoigne son décor. Cette pièce est ornée de magnifiques marbres polychromes dans le goût versaillais, tout comme le plâtre surmontant la fontaine qui reprend le motif du  » Bain des Nymphes  » de Girardon. Le plafond est peint en trompe l’œil. La table décorée d’une frise de stalactites est toujours en place. La  » Fontaine de Neptune  » à double vasque représente un élément typique du XVIIIème siècle et de son goût pour le thème de 1’univers aquatique trouve son écho dans toute la pièce et en particulier dans le tableau qui lui fait face.

Il s’agit d’un fameux Boucher (1703 – 1770) de jeunesse,  » La Re – Naissance de Vénus « , qui fit l’objet d’une étude en 1994. Il fut acheté aux environs de 1902-1904, pour 21 000 £., aux descendants de madame Tussaud qui l’avait acquis vers 1848 et exposé dans son musée de cires. L’historien d’art Alastair Laing suppose que cette œuvre fut exécutée vers 1731.

theatre.jpgEn 1897-1898, une grande salle de concert et de théâtre, privée, rebaptisée Salle Byzantine, devint réalisable avec la possibilité d’achat d’un terrain contigu donnant sur la rue Saint Dominique. Ce fut Gustave – Adolphe Gerhardt (1843 – 1921) qui réalisa cette salle. Gerhardt, grand Prix de Rome d’architecture, auteur de nombreux hôtels particuliers et restaurateur du Collège de France, reprit, suivant vraisemblablement les désirs de la comtesse elle-même, le plan basilical antique et la disposition des églises byzantines.

Le théâtre était aussi musée : différents témoignages indiquent, par exemple, que des instruments de musique et des peintures y étaient exposés.

En 1900,  » Le Monde Musical  » annonçait que la salle pouvait accueillir 600 visiteurs et qu’elle possédait un grand orgue. Cet orgue existe encore partiellement et constitue l’un des rares exemples d’orgue profane parisien, encore existant, du début du siècle.

La Salle Byzantine fut le lieu d’événements majeurs pour l’histoire du théâtre : le metteur en scène Adolphe Appia y effectua sa première représentation en 1903 et le fameux couturier Mariano Fortuny, surnommé par Proust –  » le fils génial de Venise « – y inaugura un système de coupole de toile repliable donnant au spectateur l’illusion de la profondeur. Celle de l’hôtel, toujours en place derrière l’arc scénique, porté par quatre colonnes de porphyre, possède une hauteur de 15 mètres. Un tel appareil fut installé, en 1922, à la Scala de Milan. Le système d’éclairage électrique était lui aussi absolument novateur. De nombreuses autres représentations y eurent lieu. Martine de Béhague pouvait assister aux représentations depuis la Salle du Chevalier. Ce studiolo mêlant un art nouveau mesuré et l’inspiration médiévale donnait au moyen d’une grande baie sur la salle de théâtre.

Musique et mondanité

Durant trente ans, la comtesse de Béarn reçut chez elle une société choisie.

La comtesse de Béarn invitait volontiers des compositeurs contemporains à diriger leurs œuvres. Ainsi, le 15 janvier 1902, le compositeur allemand Friedrich Gernsheim dirigea une symphonie dont il était auteur. Le 21 janvier 1903, Widor dirigea un orchestre pour un  » charmant five o’clock musical « .

Le 6 avril 1905, Gabriel Fauré y dirigea son Requiem  » avec un énorme succès  » et la comtesse Potocka interprèta un concerto de Mozart accompagnée par un orchestre que dirigea Widor. En décembre de la même année,  » quelques amis  » sont conviés  » à une réunion musicale pleine d’intérêt  » au cours de laquelle ils peuvent entendre un  » excellent orchestre  » dirigé par Camille Chevillard.

La comtesse de Béarn semblait également ouverte à des répertoires qui sortent des sentiers battus. Ainsi, le 25 avril 1920, la compagnie de La Petite scène y donna une représentation devant les membres de la Revue critique. Le programme comporte des extraits de  » L’idylle sur la paix «  de Lully, d’  » Isabelle et Gertrude «  de Blaise et Gluck et des  » deux chasseurs et la laitière «  de Duni. L’orchestre et les cœurs sont dirigés par Félix Raugel.

La salle byzantine accueillit aussi des concerts de charité, au bénéfice de l’Union mutualiste des femmes de France et des pauvres de Paris. Isadora Duncan y dansa en 1909.

jardin.jpgLes derniers travaux dans l’hôtel eurent lieu au début du siècle. En 1902, la façade sur le jardin, inspiré par la colonnade du Louvre, fut exécuté par Walter – André Destailleur.

Des miroirs, au lieu des perspectives peintes utilisées au XVIle siècle, permettaient au visiteur d’observer le reflet de l’hôtel et du jardin dans la grande arcade du portique de goût rocaille qui orne toujours le fond du jardin. Un lion de Georges Gardet, sculpteur contemporain de Martine de Béhague, est couché non loin de ce théâtre d’eau conçu par l’architecte Gonse.

Le jardin était le règne d’une réelle fantaisie. Haies interrompues de buis soulignant les pelouses, clématites, chèvrefeuilles et roses qui semblaient s’épanouirent avec nonchalance sur la ferronnerie de l’escalier, thermes aux visages graves, fontaine et statues dites antiques, sarcophage disparaissant sous les fougères, nombreux arbres apporta ont leur ombre et leur fraîcheur permettaient au jardin de pallier ses petites dimensions par la multiplicité des points de vue qui y étaient ménagés.

En 1904, la façade néo-byzantine de la salle de théâtre, fut masquée par une autre inspirée du XVIIe siècle. L’entrée se fit dès lors par la rue. Le vestibule fut ponctué de colonnes à bossages rustiques. Le visiteur pouvait accéder soit à la Salle Byzantine débutant au premier étage, soit au grand escalier et au jardin. Ganymède, une très belle œuvre en marbre de style néo-classique du sculpteur Odoardo Fantacchiotti, y accueille le visiteur.

Les contemporains de Martine de Béarn ne s’y trompèrent pas et reconnurent le faste exceptionnel de l’hôtel de Béhague qu’elle avait marqué de ses idées dès sa jeunesse ; Rodin en 1901 la remercia de l’avoir accueilli dans son « musée vivant où tout était animé et dans l’ordre et la grâce des choses qui peuvent vous entourer ».

Note :
Texte adapté à partir des recherches de Laure Stasi, historienne d’art.
Photos de l’Hôtel de Béhague réalisées et mises à notre disposition par Florin et Mariana Dragu.
Source internet : Ambassade de Roumanie

Belle journée,

anti

4 Replies to “Festival Tzig’n’Jazz – Ambassade de Roumanie – Hôtel de Behague”

  1. Anna Galore

    Je vois qu’il y a aussi à l’affiche l’excellent Tchavolo Schmitt, que l’on peut voir dans les films de Tony Gatlif « Latcho Drom » et « Swing » où il joue le rôle du professeur de guitare, qui m’a inspiré le personnage de Tony dans « La veuve obscure ».

    Autre très grand nom que je reconnais, celui de Didier Lockwood, violoniste extraordinaire qui a fait ses débuts avec Magma – j’ai eu le plaisir de le voir et l’écouter sur scène plus d’une fois à cette glorieuse époque.

    Quant à Taraf, ce qu’ils font est tout simplement renversant de virtuosité, de musicalité et d’émotion.

  2. Anna Galore

    Soit ces « inconnues » sont incapables d’écrire correctement en français même quand leur phrase ne fait que trois mots, soit il s’agit d’une bande avec un seul voleur puisqu’il n’y a pas de « s » à « voleur ».

    C’est vrai que du coup, on aimerait bien savoir lequel des musiciens à l’affiche mériterait, selon « des inconnues », d’être une bande à lui tout seul et qu’est-ce qu’il a pu bien voler.

    Il y a des faits précis qui se sont produits pour l’un d’entre eux ? Des preuves ?

    Ou « des inconnues » ont juste dit n’importe quoi, juste comme ça ?

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