Le don de Qâ, Jean-Marc Pasquet

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Fin juin dernier, dans un commentaire, Sapotille nous signalait un livre : Le Don de Qâ de Jean-Marc Pasquet, dans la lignée directe, disait-elle, de « Colère » de Denis Marquet.

Évidemment, cette information n’est pas tombée dans l’oreille d’une sourde et là, au moment où j’écris cette note, je viens tout juste de refermer la dernière page du « Don de Qâ » et… pfff… Émotion ! Que j’aimerais que nous soyons tous éveillés au Don de Qâ…

Subjuguée donc, la Anti. Et pourtant, c’était pas gagné. Je m’explique. J’ai eu un peu de mal à franchir la première page. A vrai dire, j’ai eu du mal à franchir la première ligne tellement je trouvais ça mal écrit.

J’ouvre le livre et je commence à lire : Le chien puait. Point. Heureusement pour moi. Point. Il m’avait semé au bord de la route, etc. Ouh ! Là ! Ca commençait vachement mal.

La suite : « C’était un berger belge, au nom d’Ulysse, dont les nombreuses années avaient parsemé le pelage noir de touffes de poils gris et laineux.

Pourtant, la quatrième de couverture me paraissait bien sympathique :

Un animal mystérieux, terriblement venimeux, issu de légendes ancestrales.

Un cryptozoologue et sa fille, à la recherche du chaînon manquant, dans les forêts pluviales de Colombie-Britannique.

Un grizzli furieux. Une nature impitoyable. Des meurtriers traquant hommes et bêtes dans les montagnes.

Un chaman amérindien, expérimentateur de rites initiatiques inédits.

Un héros incrédule, urbain déraciné, entraîné malgré lui à surmonter les épreuves d’un destin qui le dépasse.

Et surtout, une éblouissante histoire d’amour, qui fera ressurgir du fond des âges le don de Qâ, le pouvoir des origines, et bouleversa peut-être les consciences des hommes.

Heureusement pour moi, Sapotille m’avait glissé deux trois mots mine de rien avant que je ne commence à lire. « Alors, au début, l’histoire, euh, enfin, si tu ne trouves pas ça terrible, continue quand même, après c’est génial ».

Et de fait, cette histoire est tout simplement merveilleuse d’autant plus que très vite, après seulement 498 pages (non, je déconne, quelques pages), l’écriture se fait riche et fluide, très vite j’ai commencé à ressentir ce que que dit l’auteur sur son site : C’est la forêt qui m’a soufflé les mots du don de Qâ.

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C’est la forêt qui m’a soufflé les mots du don de Qâ.

La nature, qui m’en a donné les rythmes et les phases.

Le Don de Qâ – l’inspiration(Source site de l’auteur).

L’idée du Don de Qâ m’est venue tout naturellement dans la forêt, où je cours chaque matin avant de me mettre à écrire. Les arbres, les rivières, les rencontres avec les animaux, m’ont donné envie d’une histoire initiatique, qui mettrait en scène la métamorphose physique et spirituelle, d’un citadin transporté au plus profond de la nature. Une fiction pure, qui soit pourtant inscrite avec réalisme dans l’environnement contemporain, avec ses bouleversements et ses menaces. Un thriller, plein d’aventures et de rebondissements, mais qui parle, de l’intérieur, de l’évolution de la conscience d’un homme. Oui, mais comment ?

Une histoire d’amour. Entre un citadin et une femme d’une peuplade primitive. Mais de quelle ethnie, de quel continent ? Je ne suis pas ethnologue, et n’ai plus aujourd’hui la liberté de partir en voyage pour une longue période. Et par respect, je ne voudrais parler d’un peuple primitif, sans en connaître précisément les rites et les coutumes. Alors, pour conserver toutes latitudes d’inspiration, j’imaginai une femme fictive. Une femme d’une espèce inconnue. Une femme sauvage des bois.

Partout existent des légendes à propos de l’existence d’Hommes sauvages de la forêt. Du Valais au pays basque, de l’Himalaya à l’Afrique Australe, en passant par le Canada, on retrouve des légendes similaires. Les paléontologues s’entendent à dire que leurs origines remontent à l’époque où les Sapiens que nous sommes, côtoyaient encore des cousins Pithécanthropes ou Erectus de tous genres. Les cryptozoologues quant à eux, affirment que certains sont encore vivants aujourd’hui. Almasti, yéti, sasquatch, homo-pongoïdus, les noms changent, les descriptions aussi, mais l’aura de mystère qui entoure leur existence reste la même dans tous les pays. Mon choix géographique se porta sur le Canada. Là-bas, de nombreux peuples amérindiens se racontent des légendes concernant les sasquatchs, et considèrent leur existence comme évidente, en tout cas jusqu’à un passé proche. Les Tschimsian par exemple ont parmi leurs masques traditionnels, les figures familières de l’ours, du loup, de l’aigle, du saumon et de l’Homme poilu des bois.

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J’inventai Qâ, la dernière Femme sauvage de la forêt de Colombie-Britannique. Ultime grande forêt pluviale tempérée, territoires ancestraux et sacrés des Natifs, fortement menacés par l’exploitation outrancière. Bien sûr, je pris de grandes libertés par rapport aux légendes et aux descriptions de la cryptozoologie, qui considèrent plutôt les sasquatchs comme de grands primates. Alors que Qâ est une femme presque comme vous et moi. À part sa fourrure soyeuse. Et le fait qu’elle ne parle pas.

Qâ est plus que télépathe. Elle est en liaison constante avec son environnement et peut à loisir envahir les consciences des êtres qui l’entourent. Elle ressent tout.

L’idée me parut riche de possibilités, mais comment trouver les mots pour décrire les perceptions et la conscience d’une Femme sauvage de la forêt, télépathe de surcroît ? Que fait-elle, que pense-t-elle ? Quelles sont ses craintes et ses espérances ? Et face à une situation donnée, si elle est à la fois dans sa propre conscience, dans celle d’un geai sur son arbre, d’un loup à l’affût, d’un mulot dans son trou, et d’une biche qui passe, que ressent-elle ? Il n’existe aucun traité concernant les mœurs télépathiques des Hommes sauvages. Et pour cause. Alors, j’allai chercher en moi.

Je retournai dans les bois. Chaque jour. Davantage. J’allai courir, marcher, ou simplement voir, entendre et sentir. En m’efforçant à chaque rencontre, humaine ou animale, d’aiguiser mes sens sur le présent, et si possible, de multiplier mes perspectives sur les événements. J’assistai au flux des saisons, aux ravages des tempêtes, à l’obstination de la repousse.

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J’épiai chevreuils, castors, renards et sangliers, hiboux et hérons cendrés, croisai toutes sortes de personnages formidables. Et même si les forêts aux alentours de Genève, où j’habite, sont bien différentes de celles du Canada, j’essayai d’en capter l’essentiel, du plus profond de mon instinct, comme aurait pu le faire Qâ.

Ensuite, j’allais écrire.

C’est la forêt qui m’a soufflé les mots du don de Qâ. La nature, qui m’en a donné les rythmes et les phases.

Aujourd’hui, après trois ans de concentration ludique et acharnée, à travers cette histoire qui prend vie, j’ai l’impression d’avoir grandi.

J’espère que chaque lecteur, chaque lectrice, éprouvera en lisant le don de Qâ, autant de bonheur que j’ai eu à l’écrire.

Jean-Marc Pasquet, Genève, janvier 2001.

PASQUET%20Jean-Marc1.jpg Quand on lit cette source d’inspiration, on a forcément envie, voire besoin d’en savoir plus sur une personne pareille !

Jean-Marc Pasquet est né en Suisse, de mère Franco-russe et de père Haïtien. Élevé à travers le monde, de culture européenne et métissé de quatre continents, Jean-Marc Pasquet nourrit son imaginaire de ses multiples voyages.

À 13 ans, il quitte Genève pour devenir Maharadjah aux Indes, un pistolet à plomb et 50’000 francs de billets de Monopoly en poche. On le retrouve quelques jours plus tard, dormant dans le Zoo de Turin où il voulait s’habituer aux cris des bêtes féroces. Le pli de l’aventure est pris.

Son adolescence mouvementée le voit rebondir de Genève à Addis-Abeba, de Bangkok à New York, de Londres à Madrid, en passant par Port-au-Prince. De sa scolarité, il retient surtout les leçons de l’école buissonnière qu’il pratique avec assiduité dans les forêts proches ou les jungles urbaines.

À 18 ans, il vit entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, oscillant dangereusement entre banditisme et musique. C’est la rencontre de musiciens africains, notamment Fela Anikulapo Kuti, qui déterminera ses choix. Il arpente sans le savoir ce qui deviendra plus tard le décor de son premier roman.

De retour en Europe, il replonge dans l’écriture à travers la chanson. En 15 ans de musique, il forge son style et sa voix aux feux de la scène, en écrivant plus de 250 chansons qu’il interprète, d’abord avec son groupe de Ska « The Gordini’s » puis son groupe de rock tribal « Monkey’s Touch ».

Il compose, enregistre des disques et se produit sur les scènes européennes. (New-Morning Paris, Paleo Nyon, festival de Leysin, « Gradus ad Parnassum » Moscou)

Dès 1991, lauréat d’un concours d’écriture cinématographique, il écrit des scénarios de courts-métrages qu’il réalise et produit lui-même.

À la demande de réalisateurs, il écrit plusieurs longs-métrages, et participe à des tournages en tant que comédien, (notamment 1er rôle dans
« Ashakara », long-métrage tourné au Togo par Gérard Louvin). Rassemblant l’efficacité de la structure narrative cinématographique, le rythme des chansons et le lyrisme de la poésie, il se lance dans son premier roman « Nègre Blanc ».

Paru en 1996 aux Editions Robert Laffont, le roman est salué par le public et la critique qui qualifie « Nègre Blanc » de « fusion pananimiste, une érection de l’âme doublée d’un chant d’amour à la femme et à l’Afrique », (A. Duplan, L’Hebdo).

Aux confins des contes Amérindiens, de la cryptozoologie et des légendes urbaines, son nouveau roman « Le Don de Qâ », paru aux Editions Jean-Claude Lattès, en avril 01, se situe au Canada. C’est l’histoire d’amour sensuelle et initiatique de Qâ, la dernière femme poilue des bois, et de Boris, un Européen égaré, citadin incrédule, chaman malgré lui. En une quête haletante, on participe à la métamorphose de Boris, de son départ forcé d’Europe, à son accession à des dons extraordinaires que, grâce à l’aide de chamans Amérindiens, il porte à la connaissance des hommes.

Jean-Marc Pasquet se situe dans un courant qu’il appelle « Conscience-Fiction », et collabore avec de nombreux artistes de talent.

Il se produit au sein du groupe ZFly, y interprète des chansons tirées du « Don de Qâ », et se livre à des lectures-concerts. Parallèlement, il travaille à son prochain roman, et au livret d’un opéra contemporain.

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J’ai très envie de lire d’autres romans de ce monsieur qui, par son attachement aux valeurs primordiales, aux différentes religions, son respect de la vie, se rapproche des thèmes privilégiés de Anna Galore.

Nouveau site (mais ça marche pô) : http://www.jmpasquet.com

Interview de Jean-Marc Pasquet 2007 sur Archivo OrbeQuince

Source et Copyright 2001 Le don de Qâ. com .

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A lire ailleurs sur le blog et/ou en rapport avec l’intrigue ou d’autres aspects :
Ces esprits qui guérissent les hommes
La chamane du 5e âge
Le site de Terre Sacrée : Interview de Jean Patrick Costa, président de l’association ARUTAM
Le site de ARUTAM
Et sur le blog :
La réponse de Caroline Benarrosh

Lettre ouverte à Caroline Benarrosh

Les nouveaux masques des sectes
Le regard du soleil, le chant de la nuit
Présence des chamanismes
Les 4 éléments
Le kobyz et les chamanes
Ayu Lhamo
Pollock et le Chamanisme
Les Secrets Du Jaguar
L’origine des lunes
Le cinquième rêve
« Colère » de Denis Marquet.
L’indien et le loup

anti

Photos 1, 2 prises à La Havane, août 2009. 3, Savoie août 2009.

15 Replies to “Le don de Qâ, Jean-Marc Pasquet”

  1. Anna Galore

    J’en suis autour de la page 80, notre héros vient d’arriver en Colombie britannique et il me tarde de lire la suite, surtout après cet article hyper excitant !

    La bio de l’auteur est un roman à elle seule.

    (et merci de me citer à la fin, je me sens en effet totalement en phase avec ce genre de thèmes !)

    Photos superbes et, je dirais même, émouvantes. Ca vibre, ça résonne.

  2. valentine

    Je cours m’acheter le don de Qà! Je sens que ça va me plaire….Jean-Marc Pasquet est un compatriote et mes forêts sont les mêmes que les siennes. Je vais donc ouvrir un nouveau regard lors de mes ballades quotidiennes avec mon Romeo de chien!

    Et les photos sont d’une beauté…….

    Ce matin, je lisait un article sur Swiss Info dont je vous donne ici le lien. Il s’intitule « Silence on tue les peuples indigènes de Colombie ».

    http://www.swissinfo.ch/fre/a la une/Silence on tue les peuples indigenes de Colombie.html?site Sect=105&sid=11169415&rss=true&ty=st

  3. valentine

    Je cours m’acheter le don de Qà! Je sais que ça va me plaire. De plus, Jean-Marc Pasquet est un compatriote et mes forêts sont toutes proches des siennes. Je vais ouvrir un nouveau regard lors de mes promenades quotidiennes avec mon Romeo de chien.

    Les photos sont de toute beauté. La deuxième photo me rappelle ces ficus que l’on rencontre en Inde et dans lesquels les hindous nichent leurs sanctuaires.

    Ce matin, j’ai lu sur Swissinfo un triste article intitulé « Silence on tue les peubles indigènes de Colombie ». Encore de quoi être en colère….

  4. anti

    Pas de problème Valentine, ça ne gêne pas. Merci pour les photos ! Amoureuse des arbres, je me suis régalée à Cuba. J’ai des centaines de photos de ces êtres majestueux.

    Pour le Don de Qâ, je suis bien heureuse à lire vos commentaires : l’enthousiasme est collectif !

    anti

  5. ramses

    Tout est d’une grande beauté dans cette note, textes, photos, vidéo, commentaires… Merci, Anti !

    Un moment de pur bonheur, qui donne envie de lire ce livre. Une révélation que l’esclavage abominable a pu contribuer à une meilleure harmonie entre les êtres humains… Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir, d’autres Jean-Marc Pasquet se révèleront sûrement, qui aideront à réaliser que nos différences constituent un bienfait pour l’humanité.

  6. anti

    Juste pour le plaisir :

    [Haiti]
    Haiti arrived from fr.mg41.mail.yahoo.com on « Le don de Qâ, Jean-Marc Pasquet : Anna Galore Le blog ».

    anti

  7. valentine

    J’ai fini le Don de Qâ! Quelle merveille ce livre. Le chien qui puait m’a tout de suite attirée!!! On vit le livre. J’avais le sentiment de m’enfoncer profondément dans la forêt et si quelqu’un de mon entourage venait inopinément interrompre ma lecture, je le regardais l’oeil hagard…Merci pour cette si jolie découverte qui continue bien après avoir la fin de l’histoire…

  8. Ah là là, ça fait un an que j’ai terminé ce chef d’oeuvre. Ce bouquin est tout ce que j’aurais voulu dans un livre. Je le fais passer autour de moi autant que je peux et pour le moment, pas une personne n’a été déçue. Faites-en autant! Peut-être que si tout le monde le lisait, la conscience mondiale grandirait. Il redonne espoir.
    Dans la même lignée, j’ai lu il n’y a pas longtemps « Libre Toujours », du même auteur. On le dévore tout pareil… mais je préfère quand même « Le Don de Qâ ».

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