L’Agence, Alexandre Donders -11-

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L’Agence

(Vous avez l’argent ? Nous avons les comédiens !)

***

Une pièce d’Alexandre DONDERS

Suite des messages précédents

MICHEL STARLIGHT : Ce type est insignifiant. Il est transparent, tout chez lui transpire le néant. Jusqu’à son nom, d’ailleurs : A. NAUDIN !
Il ne faudrait pas que je le croise, celui-là, parce que…

Alain Naudin sort à ce moment là de la kitchenette en refermant sa ceinture. Il voit Michel Starlight. Les deux hommes se regardent.

BERNADETTE : Comme disait Figaro, «… Voici l’instant de la crise ! »

JACQUES : C’est pas de Figaro, c’est de Beaumarchais ! Figaro, c’est un journal !

BERNADETTE : Oui, oui ! Et Beaumarchais, c’est un grand magasin !

Alain et Michel se jettent dans les bras l’un de l’autre.

ALAIN NAUDIN : Michel !

MICHEL STARLIGHT : Alain ! J’allais t’appeler !

ALAIN NAUDIN : Ah, ça me fait plaisir de te voir !

MICHEL STARLIGHT : Ecoute, c’est super génial, on parlait justement de toi !

ALAIN NAUDIN : En bien, j’espère !

MICHEL STARLIGHT : Ben, non, tu penses !

ALAIN NAUDIN : Comment ça va, mon grand ?

MICHEL STARLIGHT, sur l’air de La Place des Grands Hommes de Bruel : Qu’est-ce tu deviens ?

ALAIN NAUDIN : Tu t’es marié, t’as trois gamins ?

ENSEMBLE : Et toi, Pascal, tu te marre toujours pour rien ? (Ils rient.)

MICHEL STARLIGHT : T’as une petite mine, tu t’es couché tard ?

ALAIN NAUDIN : Demande à ta femme ! (Il rit.)

MICHEL STARLIGHT : Dis-moi, mais qu’est-ce que tu fous dans ce trou ?

ALAIN NAUDIN : Je cherche des comédiens.

MICHEL STARLIGHT : Eh ben, cherche plus, mon poteau !

ALAIN NAUDIN : Non, non, Alain ! J’ai dit des comédiens !

MICHEL STARLIGHT : Tu m’as encore eu ! D’où tu sors ?

ALAIN NAUDIN : De la cuisine, tu devrais y aller faire un tour !

MICHEL STARLIGHT : Qu’est-ce qu’elle a de particulier ?

ALAIN NAUDIN : Elle est super bien équipée !

MICHEL STARLIGHT, se dirigeant vers la cuisine : Qu’est-ce que tu me prépares encore, vieille canaille ! (Il ouvre la porte.) Ah, la vache ! (Il referme la porte derrière lui. Jacques a eu le temps d’apercevoir la scène.)

ALAIN NAUDIN, en allant s’asseoir au bureau de Bernadette : Quelle vulgarité !
(A Bernadette.) Bonjour ! Alain Naudin. Je vous prie de bien vouloir excuser mon retard. Ceci dit, tout à l’heure, j’étais en avance !

BERNADETTE : Bien sûr, bien sûr… C’est tout naturel… Jacques, tu dis bonjour au monsieur, sinon je te préviens aimablement que je te casse la tête.

JACQUES, se lève, va serrer la main d’Alain : Bonjour Monsieur Naudin. Nous sommes très honorés de votre présence. (Puis il va se rasseoir, ce qui a pour effet de faire passer Bernadette pour une idiote.)

BERNADETTE : Bien… Bien… Comme vous le savez déjà, nous sommes une agence de… (Son téléphone sonne. Elle le décroche, dit : ) L’Agence, bonjour, veuillez ne pas quitter, je vous prie… (Elle pose le téléphone. A Jacques : ) Prends la ligne !…

JACQUES : Pardon ?

BERNADETTE : Jacques, prends la ligne.…

JACQUES : Non…

BERNADETTE : Jacques, prends la ligne s’il te plaît…

JACQUES : Ah, mais il n’y’ a pas de s’il te plaît qui tienne !

BERNADETTE : Il se trouve que je suis en rendez-vous professionnel, et que cela me serait d’un grand secours si tu daignais, dans un élan de générosité plutôt inattendu chez toi, prendre ce téléphone.

JACQUES : Je ne me sens pas d’humeur. Il me semble que, malgré l’intense esprit de communication qui règne au sein de cette agence, nous n’avons toujours pas abordé le sujet du positionnement dans le temps de mes vacances.

BERNADETTE : Nous pourrions peut-être discuter de ce sujet à un moment plus opportun, je te rappelle, cher ami, l’importance de cette journée particulière…

JACQUES : Il se trouve, chère amie, que j’aime particulièrement cette heure de la journée, et que le moment me semble on ne peut plus opportun…

Bernadette coupe Jacques.

BERNADETTE, à Alain : Je vous prie de bien vouloir m’excuser un moment… (Elle reprend le téléphone) Allô ? Non… Non… Je regrette, Monsieur Pedro. Nous ne connaissons aucun Jacques. Je vous en prie, n’insistez pas… au revoir… (Elle raccroche avec un regard diabolique sur Jacques. Elle exulte.)

JACQUES : Ce que tu viens de faire là, t’auras pas assez de ta vie pour le regretter !

BERNADETTE, s’adressant à Alain : Dieu, que c’est romantique ! Bien… Oui, comme je vous le disais, nous sommes une agence de… (Le téléphone de Jacques sonne. Il décroche. Bernadette l’observe.)

JACQUES : Allo …? Oui, il est chez nous… Quel genre de long-métrage ? Oui, très bien… Mais ça lui ferait combien de jours, exactement ? …10 ? Ecoutez, sur son dernier film, il était à 2000/jour… Ca ne pose pas de problème ? C’est pour quand ? Oui… Je regarde… Ah non, ça va pas être possible, il a un truc, là, je regrette… Non, je vous en prie, n’insistez pas, au revoir. (Il raccroche en fixant Bernadette.)

BERNADETTE : Petit dégénéré !

JACQUES : Pourquoi petit ?

BERNADETTE : Pervers ! Psychopathe ! Rat musqué !

JACQUES : Rat musqué ?

BERNADETTE : Tu es plus bas que terre ! Tu rampes ! Tu n’es qu’une blatte !

JACQUES : Tout de suite les mots qui fâchent !

BERNADETTE : Qui c’était, Jacques ?

JACQUES : Ah, parce que maintenant, je m’appelle Jacques ?

BERNADETTE : Jacques, qui c’était ?

JACQUES : Ah, c’est pas mal aussi, dans ce sens là… Dis-moi : Qui Jacques c’était ? Et je crois qu’on aura fait le tour, là… (Il ne se gêne pas pour rire de sa blague.)

BERNADETTE : Ne m’obliges pas à m’avilir en public, Jacques…

JACQUES : Ah, mais je ne t’oblige à rien, moi, tu t’avilis très bien toute seule…

BERNADETTE : Jacques…

JACQUES : C’est moi.

BERNADETTE : Ca fait combien de temps maintenant, qu’on tient cette officine, toi et moi ?

JACQUES : Tu veux parler de ton épicerie, là ? Trop longtemps…

BERNADETTE : Main dans la main, Jacques, pour le meilleur et pour le pire, amis pour la vie, unis jusque dans la mort !

JACQUES : Unis jusque dans la mort ? Tu vas pas un peu vite, là !

BERNADETTE : Mais la vie va vite, Jacques ! Et si j’osais…

JACQUES : Ose, ose ! Au point ou t’en es !

à suivre>/em>

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