Eric Fabre-Maigné et Nâzim Hikmet

« Ce n’est pas par le bruit des bottes de ses armées, par ses canons, par ses guerres qu’un peuple réussit le mieux à se faire entendre: c’est par la voix de ses poètes, de ses musiciens, de ses artistes, qui seuls savent transmettre les battements de son coeur. »

Ces mots superbes sont d’Eric Fabre-Maigné, un ami depuis le milieu des années 70. Poète magnifique et inspiré, il s’est intéressé avec passion à des cultures et des peuples que j’ai mis trente ans à découvrir, bien longtemps après lui. Parmi eux, les Cathares et les Indiens (c’est Eric qui le premier m’a fait découvrir « Pieds nus sur la Terre sacrée »).

Eric écrit des poèmes puissants et tendres, ou lit ceux des autres, en s’entourant de musiciens pour les mettre en lumières et les jouer sur scène, principalement en région toulousaine où il vit. Je pourrais parler d’Eric pendant des jours et des jours mais aujourd’hui, je vais lui laisser la parole pour présenter son nouveau spectacle en préparation.

Les paysages humains, de Nâzim Hikmet

Je veux vous parler d’un poète condamné pour « complot contre l’Etat » à trente-cinq ans de prison, dont il effectua 13 longues années avant d’être libéré sous la pression de l’opinion internationale, dénoncé en son temps comme « traître à la patrie » et même rayé à une certaine époque de l’état-civil de son pays, la Turquie.

Je n’ai pas eu la chance de rencontrer Nâzim Hikmet: quand je suis né, il était en prison à Bursa et il est mort sans que ma route ait croisé la sienne. Mais dès que j’ai lu ses poèmes, je l’ai tout de suite adopté dans ma pléiade éblouissante et fraternelle, où voisinent Jim Morrison, Pablo Neruda et Antonio Machado…

Dans ce monde moderne et « civilisé », où les crimes contre l’humanité ont sans arrêt sinistrement contrasté avec les progrès de la science et de la culture, nombreux furent les artistes, ces révoltés de la tendresse, parmi les victimes de l’oppression. Mais ce n’est pas par le bruit des bottes de ses armées, par ses canons, par ses guerres qu’un peuple réussit le mieux à se faire entendre: c’est par la voix de ses poètes, de ses musiciens, de ses artistes, qui seuls savent transmettre les battements de son coeur.

Quand je pense à Nâzim, je pense à d’autres poètes, exilés, emprisonnés, torturés, massacrés, partout: à Jean Cassou, incarcéré par la Gestapo française et composant ses « 33 sonnets au secret« , à Victor Jara le Chilien, avec ses pauvres mains tranchées, ou à Miguel Hernandez au bagne français d’Alicante, chantant pour son fils mort de faim à dix mois… Et encore à Mahmud Darwich, récemment disparu, assigné à résidence à Ramallah en Palestine, exilé dans son propre pays.


Nâzim Hikmet (à droite) à la prison de Bursa

Universel comme eux, Nâzim Hikmet a été en même temps qu’un grand artiste, un citoyen du monde au sens le plus noble du terme, un homme lucide qui n’oubliait jamais ses racines et son combat émancipateur auquel il avait voué le plus clair de sa vie. Ce fut pourtant son singulier destin: convertir la prison, et ensuite l’exil, en centrale de lyrisme, en école de liberté. Et ses « paysages humains » n’ont pas fini de galvaniser ceux qui se tournent vers la Poésie et l’espoir d’un monde meilleur.

Sa poésie a pris naturellement la forme de son coeur. Elle est, comme Paul Elluard souhaitait que fût la poésie, « faite avec des mots de tous les jours, simple, de cette simplicité évangélique qui n’est à la portée que des meilleurs, vivante, vigoureuse, limpide comme eau de source. »

Nâzim Hikmet, Vahap Kosé, Omer Isik et le regretté Ali Ozcelebi, sans qui ce concert poétique n’aurait pas vu le jour, sont pour moi parmi les interprètes les plus justes de leur peuple, « le sismographe le plus sensible » de la Turquie qui veut rejoindre l’Europe.

Eric Fabre-Maigné

eric.fabre-maigne (at) orange.fr

_______________________________

Pour recevoir des infos sur les spectacles créés par Eric, vous pouvez écrire à l’association qu’il a créée:

Les Baladins d’Icarie
10 chemin des Graves
31780 Castelginest

« Mon âme est un trois-mâts cherchant son Icarie » (Charles Baudelaire, Le Voyage).

L’illustration au début de ce message est un tableau du Douanier Rousseau choisi par Eric.

3 Replies to “Eric Fabre-Maigné et Nâzim Hikmet”

  1. anti Post author

    « Mais dès que j’ai lu ses poèmes, je l’ai tout de suite adopté dans ma pléiade éblouissante et fraternelle, où voisinent Jim Morrison, Pablo Neruda et Antonio Machado… »

    J’entends ces mots dits par Nougaro. Ô Toulouse !

    Encore un beau voyage fait en lisant cette note. En réalité, ce blog a bel et bien sa place parmi les blogs de voyages. En écho au passage de Proust dans lequel je baignais hier soir :

    « Le seul véritable voyage, le seul bain de jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nou­veaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est; et cela nous le pou­vons avec un Elstir, avec un Vinteuil, avec leurs pareils, nous volons vraiment d’étoiles en étoiles. »

    Quels hommes fascinants, quelles personnes fascinantes ! Lui qui parle de l’autre, toi qui parle de lui, nous qui lisons et transettront à présent ce dont nous sommes devenus dépositaires sans en prendre véritablement conscience. Lui qui chante les mots, l’autre qui les brode… Nous.

    Sacrée personne en tout cas, à en juger par ce que je découvre de ton ami. « Il a reçu la distinction de Chevalier des Arts et Lettres des mains de Madame Catherine TASCA, Ministre de la Culture, pour son action culturelle au chevet des enfants et des personnes âgées hospitalisées ».

    C’est fantastique ! Et je ne parle pas de la teneur de ses articles qu’on peut lire ici :

    http://www.agoravox.fr/auteur.php3?id_auteur=39196

    Et pour finir, une citation que je trouve splendide :

    « les plus grandes blessures sont cousues par le fil du silence »

    Francis Bebey cité par Eric Fabre-Maigné

    anti

  2. Anna Galore Post author

    Je relaie ici un message d’Eric reçu à l’instant, sur son prochain spectacle:

    « MES POETES DU ROCK » (Jim Morrison, …)

    par

    Elrik FABRE-MAIGNE – récitatif, chant
    et
    Serge FAUBERT – guitare électrique

    Jeudi 20 et vendredi 21 novembre, 21 heures

    Théâtre du Chapeau Rouge
    56 allées Charles de Fitte, Toulouse
    (métro ligne A, Saint Cyprien)

    Réservations 05.61.222.777

    http://www.myspace.com/mespoetesdurock

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.