« Le ravi de la crèche », Pascal Brukner

Je suis tombée dimanche matin sur l’émission l‘Embellie sur France Inter, qui avait pour invité Pascal Bruckner et je me suis régalée. Je l’ai réécoutée hier en faisant mon jogging, et pareil ! Que du bonheur, aussi je vous invite à l’écouter vous aussi, elle est disponible en ligne ici.

Cette interview est fascinante, Pascal Bruckner évoque son enfance d’enfant malade dans les sanatoriums d’Autriche et de Suisse, son début de vie dans une famille mal aimante, son père pro nazi, la vie, la vieillesse, les voyages, l’émerveillement…

Extraits : « Changer la vie, changer la vue » (…)

« – C’que les gens sont laids !.

– Mais non papa, les gens ne sont pas laids, c’est ton regard qui l’est, parce que tu as décidé de voir le monde en gris, mais les gens sont divers et il y a même des gens qui sont très beaux qui passent (…)

Mais il n’avait plus les mêmes yeux que moi et je pense que la capacité de s’étonner d’abord et de s’émerveiller ensuite, non seulement je la garde mais je vois qu’elle décuple en moi et parfois j’ai l’impression d’être le ravi de la crèche quand je suis avec des amis parce que j’admire tout et ils me regardent un peu comme si j’étais tombé dans une marmite ou si j’avais pris de l’acide ou de la poudre alors qu’effectivement, j’ai la possibilité tous les jours de m’extasier devant un spectacle, devant un visage, devant une musique et de ne jamais me lasser.« 

J’avais lu, il y a longtemps son livre L’euphorie perpétuelle. Essai sur le devoir de bonheur que j’avais bien aimé et dont voici la 4e de couverture :

« Un nouveau stupéfiant collectif envahit les sociétés occidentales : le culte du bonheur. Soyez heureux ! Terrible commandement auquel il est d’autant plus difficile de se soustraire qu’il prétend faire notre bien. Comment savoir si l’on est heureux ? Et que répondre à ceux qui avouent piteusement : je n’y arrive pas ? Faut-il les renvoyer à ces thérapies du bien-être, tels le bouddhisme, le consumérisme et autres techniques de la félicité ? Qu’en est-il de notre rapport à la douleur dans un monde où le sexe et la santé sont devenus nos despotes ? J’appelle devoir de bonheur cette idéologie qui pousse à tout évaluer sous l’angle du plaisir et du désagrément, cette assignation à l’euphorie qui rejette dans l’opprobe ou le malaise ceux qui n’y souscrivent pas. Perversion de la plus belle idée qui soit : la possibilité accordée à chacun de maîtriser son destin et d’améliorer son existence. C’est alors le malheur et la souffrance qui sont mis hors la loi, au risque, à force d’être passés sous silence, de resurgir où on ne les attendait pas. Notre époque raconte une étrange fable : celle d’une société vouée à l’hédonisme, à laquelle tout devient irritation et supplice. Comment la croyance subversive des Lumières, qui offrent aux hommes ce droit au bonheur jusqu’alors réservé au paradis des chrétiens, a-t-elle pu se transformer en dogme ? Telle est l’aventure que nous retraçons ici« . P. B. Pascal Bruckner, né en 1948, est romancier et essayiste. On lui doit La Tentation de l’innocence (Prix Médicis de l’essai en 1995) et Les Voleurs de beauté (Prix Renaudot en 1997).

Très belle journée à toutes et à tous,

Anti

One Reply to “« Le ravi de la crèche », Pascal Brukner”

  1. Thierry Hely

    Coïncidence ! Je suis tombé moi aussi sur cet interview. En effet, un régal. Je l’apprécie beaucoup ! En plus, il est signataire anticorrida. Ce qui ne gâte rien… Bise !

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