Un pas de plus vers l’abolition de la corrida

Ce mardi 4 novembre 2014,  une conférence de presse organisée conjointement par le député Damien Meslot et par le CRAC Europe à l’Assemblée nationale a marqué un pas de plus vers l’abolition de la corrida en France. Grâce au député Damien Meslot (UMP), auteur de l’une des trois propositions de projet de loi (PPL) demandant l’abrogation de l’alinéa 7 de l’article L521-1 du Code pénal, nous avons été accueillis dans l’une des salles de réunion de l’Assemblée en présence de personnalités de la protection animale et, bien sûr, de journalistes venus couvrir l’événement.

Damien Meslot a ouvert la discussion en décrivant de façon précise et saisissante l’absurdité et l’horreur de ce spectacle odieux qu’est la corrida. Qu’elle soit dépénalisée sous prétexte de tradition ne la rend pas moins inacceptable, sinon il faudrait également re-légaliser l’esclavage (entre autres abominations depuis longtemps disparues dans les poubelles de l’Histoire).

Stéphanie Lahana, Roger Lahana, Jean-Pierre Garrigues, Damien Meslot, Laurence Abeille

Stéphanie Lahana, Roger Lahana, Jean-Pierre Garrigues, Damien Meslot, Laurence Abeille

La députée Laurence Abeille (EELV), elle-même auteur d’une autre de ces PPL, nous a fait l’agréable surprise de venir prendre la parole alors qu’elle participait à une autre réunion à la même heure quelques portes plus loin.

La présence conjointe de ces deux parlementaires de bords politiques différents, mais unis par une même volonté de voir disparaître cette ignominie qu’est la corrida, a été l’occasion pour eux de dire clairement que peu leur importait laquelle des PPL viendrait tôt ou tard à l’ordre du jour de l’Assemblée pourvu qu’elle soit votée. Reste à faire sauter les blocages qui subsistent encore à différents niveaux pour que le débat démocratique puisse enfin avoir lieu au sein du Parlement, ce qui n’a jamais été le cas jusqu’à maintenant.

Damien Meslot et Laurence Abeille ont exprimé tout leur soutien aux actions pacifiques du CRAC Europe, qui ont permis une réelle prise de conscience autour de la survivance inacceptable de ce « divertissement », pour reprendre le terme fort de Damien Meslot, basé sur des sévices infligés à des animaux pour le plaisir. Les deux élus ont souligné l’importance de notre contribution sur le terrain à leur travail législatif. Qu’ils soient en retour convaincus que nous sommes à leur disposition autant qu’ils le souhaiteront.

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Commentant l’opération de formation lancée par le CRAC à l’usage des militants et sympathisants afin qu’ils aillent à la rencontre des parlementaires partout en France, Damien Meslot a déclaré : « Contactez vos députés et vos sénateurs ! Les choses sont en train d’évoluer, les pro-corrida sont sur la défensive, alors qu’avant ils s’estimaient intouchables ». Laurence Abeille a confirmé cette analyse : « J’ai le sentiment que depuis un an, il y a une évolution dans l’opinion publique sur la corrida et la façon dont sont traités les animaux. (…) Nous, politiques, avons besoin de la mobilisation citoyenne pour donner du poids à notre lutte contre cette abomination »

Trois autres intervenants ont pris la parole :

– Jean-Pierre Garrigues a présenté le Vademecum des chargé(e)s de mission du CRAC Europe et les formations qui rencontrent un grand succès partout où elles ont lieu. Il a également rendu hommage aux dizaines d’actions citoyennes qui ont été organisées de façon spontanée contre un nombre sans précédent de séances de tortures taurines ces derniers mois et a rappelé que la corrida ne survit que grâce à des subventions, alors que la crise économique devrait inciter à affecter les fonds publics à des causes bien plus importantes.

– Je suis revenu sur l’opération de distribution du livre « Corrida la honte » à tous les parlementaires afin de contribuer à les informer sur non seulement l’horreur que subissent les taureaux mais également les dessous peu reluisants du monde de la tauromachie. J’ai dit que la corrida allait de toute façon disparaître pour des raisons économiques et en raison du vieillissement de son public de plus en plus épars dans les années à venir, mais que seul un changement de la loi permettrait de ne pas avoir à attendre si longtemps, sauvant ainsi des dizaines de milliers d’animaux d’un sort atroce et injustifié.

– Jean-Marc Montegnies, venu spécialement de Belgique pour l’occasion, a mis en exergue avec des exemples concrets les vingt ans de retard qu’a la France par rapport à son pays pour tout ce qui concerne le bien-être animal. Il y a outre-Quiévrain trois ministres directement en charge de ce sujet et indépendants de celui de l’Agriculture. En Belgique, le pouvoir politique travaille en liaison étroite avec les associations de protection animale telles qu’Animaux en Péril, et non contre elles.

Jean-Pierre Garrigues, Damien Meslot, Jean-Marc Montegnies

Jean-Pierre Garrigues, Damien Meslot, Jean-Marc Montegnies

Parmi les questions posées, citons celle de Francis Allouchery qui a demandé à Damien Meslot s’il avait eu une réponse du ministre de l’Intérieur à sa question écrite sur les violences disproportionnés subies par les manifestants de Maubourguet de la part des forces de l’ordre. Le député a répondu qu’il n’avait eu aucun retour à ce jour mais que, si nécessaire, il interpellerait oralement le ministre lors d’une séance dans l’hémicycle.

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Nous tenons à remercier chaleureusement Damien Meslot et Laurence Abeille pour avoir exprimé leur unité de vue contre la corrida au-delà des clivages politiques et leur soutien à nos actions, Jean-Marc Montegnies pour sa présence indéfectible à nos côtés depuis dix ans, Orianne Vatin et Simon Michel (Planète Animaux) ainsi que Marianne Pastre (CRAC Europe) pour l’organisation pratique de cet événement (dossier de presse, contacts médias, contacts députés, etc.), Brigitte Gothière (L214) pour être venue nous soutenir et avoir assuré la diffusion des moments-clés en temps réel sur Twitter, Stéphanie Lahana (Editions du Puits de Roulle) qui a rendu possible la diffusion du livre à tous les parlementaires, Liliane Sujanszky à qui revient l’idée initiale de cette conférence de presse et qui était accompagnée de Nicole Sugier (SNDA), Loan Ego (FBB) pour avoir filmé la réunion dans son intégralité, Francis Allouchery, secrétaire fédéral de la FLAC, qui représentait la fédération donc le CRAC Europe fait partie, ainsi que toutes les autres personnes présentes à cet événement.

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Crédits photos : Francis Allouchery (1), Brigitte Gothière (2, 3, 4), RL (5,6)

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12 Replies to “Un pas de plus vers l’abolition de la corrida”

  1. valentine

    Nous sommes fiers de vous, de votre courage et la foi sans condition en votre cause.
    Et on dirait que ça bouge là-haut!

  2. Alberich

    Ce serait bien si des ministres pouvaient être questionnés oralement au parlement sur des questions liées à la corrida.
    Depuis des années, il y a des questions écrites au gouvernement venant de parlementaires de sensibilités politiques différentes autour de la corrida, certaines questions étant assez récurrentes. Par contre, à ma connaissance, il n’y a jamais eu de question orale sur le thème de la corrida.

  3. Anna Galore Post author

    Merci à vous pour votre soutien ! Des vidéos de la conférence de presse vont être mises en ligne à partir d’aujourd’hui, nous vous indiquerons les liens.
    Alberich, l’avantage d’une question écrite est qu’elle est publiée au Journal Officiel ainsi que sa réponse. Son inconvénient est que, parfois, il n’y a aucune réponse dans le délai imparti (je crois que c’est deux mois) et dans ce cas il faut passer, si le député le souhaite, à la question orale, dont l’avantage est que la réponse est immédiate mais l’inconvénient est qu’il peut s’agir d’une pirouette qui disparaît ensuite dans l’oubli. Comptons sur Damien Meslot pour ne pas laisser sa question sans réponse claire !

  4. Alberich

    Au sujet des questions de parlementaires, il est intéressant de consulter cette page :

    http://www2.assemblee-nationale.fr/recherche/questions

    On peut lire toutes les questions écrites, orales et au gouvernement, sur huit législatures successives, avec des recherches possibles par mot-clef ou nom du questionneur.
    Les réponses sont également publiées (du moins, si elles existent dans le cas des QE).

    Par exemple, on peut chercher les questions avec « tauromachie » ou « corrida ».
    On remarque notamment :

    – il n’y a que des questions écrites sur ce thème, jamais de question orale (dommage pour la spontanéité de l’échange et la réaction de l’hémicycle), encore moins de question au gouvernement, tant pis pour la médiatisation télévisée (il faudrait qu’un groupe parlementaire s’empare du sujet, je ne vois guère que les écologistes qui seraient susceptibles de le faire).

    – il y a davantage de questions venant d’opposants que de partisans de la corrida

    – les réponses sont décevantes (le statu quo prime)

    – le sujet a émergé avec la législature 1997-2002 (précédemment, cette thématique était quasi-absente)

    – il y a eu un record de questions avec la législature 2007-2012, beaucoup de questions en 2008 (accès des mineurs aux arènes), un pic encore plus élevé en 2011 (inscription de la corrida au patrimoine culturel immatériel), suivi d’une très forte baisse avec l’actuelle législature (ce qui ne veut pas dire que la corrida préoccupe moins les parlementaires, mais que l’accumulation de fins de non recevoir finit sans doute par décourager)

    – on trouve des éléments intéressants, par exemple une question de 2005 d’une certaine Valérie Pécresse, à l’époque simple députée, soucieuse de protéger les enfants de la violence de la corrida

    http://questions.assemblee-nationale.fr/q12/12-54943QE.htm

    Depuis, on n’a plus eu de nouvelles de Valérie Pécresse comme opposante à la corrida. Cela nuirait sûrement à sa carrière, dans le sillage d’aficionados comme Fillon ou Sarkozy. Mais on peut penser qu’une fois les Juppé – Sarkozy – Fillon retirés, la génération suivante (Pécresse, NKM) sera davantage encline à prendre des mesures contre la corrida, à commencer par l’interdiction d’accès aux mineurs.

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