Dis-moi pas qu’c’est pas vrai

Cette réplique fameuse est de Jamel Debbouze, les habitués de la série H le savent bien. Oui, j’avoue en avoir vu un certain nombre d’épisodes – certes, pas volontairement, mais quand même, j’assume. J’y ai repensé en écoutant l’autre soir le premier album de Murray Head, qui commence par le célébrissime Say it ain’t so,  qui a rencontré un succès phénoménal en France. Car, en effet, « say it ain’t so » se traduit dans notre langue par « dis que ce n’est pas vrai ».

Murray Head est un artiste remarquable. Il a commencé sa carrière comme acteur et a montré, en parallèle,  un talent rare comme chanteur, compositeur, auteur et guitariste. Cet Anglais parle couramment le français et, grâce à cela, a pu jouer dans plusieurs films français et dans des comédies musicales, en particulier au Québec. Il a également composé plusieurs musiques de films pour des réalisateurs français. Patrick Dewaere était un de ses amis proches.

Revenons à Say it ain’t so et à son aspect le plus évident : la beauté envoûtante de ce morceau. Pour accompagner la voix aérienne de Murray Head, un entrelacs délicat joué par trois guitares sèches (dont une jouée avec un bottleneck, ce petit tube en métal que le guitariste enfile sur l’un de ses doigts pour faire un effet glissé), une basse fretless au son fantastique (fretless veut dire sans barres de fret, donc avec un manche totalement lisse, semblable à celui d’un violon ou d’une contrebasse), une batterie, des percussions discrètes, quelques violons et des chœurs suraigus. Pour un enregistrement fait en 1975, le son est d’une qualité renversante.

Jusqu’à très récemment, je n’avais jamais fait attention aux paroles et je me demandais donc qui pouvait bien être ce mystérieux Joe – le refrain commence par « Say it ain’t so, Joe, please say it ain’t so ». J’ai découvert en préparant cette note qu’il s’agit de Joe Jackson, un champion de baseball dans les années 20 qui connut la honte lorsqu’on découvrit qu’il organisait avec d’autres des parties truquées. C’est un de ses admirateurs abasourdi, repris dans la presse, qui s’écria : « Dis que c’est pas vrai, Joe ! »

Lorsqu’on ignore cette origine historique, on peut très bien croire qu’il s’agit d’une chanson d’amour déçu, alors que Murray Head voulait en faire une chanson politique. Il l’a raconté en 2009 : « L’histoire de Joe Jackson sert d’image pour exprimer l’impuissance du spectateur face à la corruption en général, Nixon entre autres à cette époque. Il y a aussi une grande frustration à savoir cette chanson prise pour une chanson d’amour alors que la corruption et le mensonge politique sont toujours aussi présents. »

En voici la traduction en français :

Dis que ce n’est pas vrai, Joe, je t’en prie, dis que ce n’est pas vrai
Ce n’est pas ce que je veux entendre, Joe, et j’ai le droit de savoir
Dis que ce n’est pas vrai, Joe, je t’en prie, dis que ce n’est pas vrai
Je suis sûr qu’ils nous racontent des mensonges, Joe,
Je t’en prie, dis que ce n’est pas vrai

Ils nous ont dit que notre héros avait joué ses atouts
Et qu’il ne sait comment continuer
Nous restons accrochés à son charme et à son sourire déterminé
Mais le bon vieux temps est bien mort
La réputation et l’empire peuvent tomber en morceaux
L’argent est devenu rare
La parole d’un seul homme maintenait le pays uni
Mais la vérité est féroce

Dis que ce n’est pas vrai, Joe, je t’en prie, dis que ce n’est pas vrai
Nous avons mis nos espoirs en toi, Joe, et ils sabotent le spectacle

Oh les amis, ne pensez vous pas qu’on va se faire cramer
On va se faire avoir
On va nous faire croire des choses

Dis que ce n’est pas vrai, Joe, je t’en prie dis que ce n’est pas vrai
Ce n’est pas ce que je veux entendre, Joe, et j’ai le droit de savoir
Dis que ce n’est pas vrai, Joe, je t’en prie, dis que ce n’est pas vrai
Je suis sûr qu’ils nous racontent des mensonges, Joe,
Je t’en prie, dis que ce n’est pas vrai,
Dis que ce n’est pas vrai, Joe

Sur le même album figure une autre chanson magnifiquement interprétée et qui a également connu un succès mérité, Never even thought, qui raconte la divine surprise et l’angoisse d’un coup de foudre.

En bonus, je vous recommande d’écouter également cette superbe interprétation live de Say it ain’t so par les Who presque au complet (Pete Townshend est absent, le guitariste électrique est Jimmy Mac Culloch du groupe Wings). Une rareté supplémentaire est d’y voir Roger Daltrey jouer de la guitare sèche sur scène. Et quel plaisir de revoir Keith Moon et l’imperturbable John Entwistle…

Très belle journée à vous

4 Replies to “Dis-moi pas qu’c’est pas vrai”

  1. Le chef

    ARGRREU!
    Quelle note! Mazette!
    Ton descriptif de l’accompagnement musical de say it ain’t so est un petit bijou!
    Rien qu’en le lisant l’on entend les instruments!
    Dommage que l’on ne puisse pas le lire les yeux fermés…
    En plus double découverte pour moi!
    La première c’est que j’étais persuadé (en tant que super fan des Who) que la chanson était d’eux…
    Je ne connaissait même pas l’interprétation de Murray Head, qui je dois le dire est une perle de finesse.
    La deuxième c’est la traduction des paroles, effectivement mes faibles souvenirs d’anglais ne me permettait pas de les comprendre, quel texte!
    Décidemment les Joe sont une source d’inspiration planétaire, n’est ce pas Jimi?…Bien que l’on ne sait toujours pas qui a écrit Hey Joe….
    Me revient à l’esprit pêle-mêle toutes ces chansons: Battling Joe, G.I. Joe, Joe le taxi, la veuve de Joe Stan Murray, pauvre Dilling Joe, Joe la ville et moi, le retour de Joe Finger’s Ledoux, Joe emmène moi et pour terminer un tube Helvète d’Alain Morisod et les Sweet People: salut Joe!…qui n’a pas passé la frontière mais qui est un bel hommage à Joe Dassin.
    Ouf! J’ai enfin pu rattraper mon retard…
    Tu peux en faire une nouvelle, je l’attend avec impatience!
    Merci et encore Bravo pour cette rubrique culture Rock!

  2. Anna Galore Post author

    Merci Grand Chef ! Très amusante (et fascinante), cette énumération de Joe’s dans les chansons 🙂
    Quant à lire les yeux fermés, si, c’est possible ! C’est ce que font nos amis non-voyants ou malvoyants, dont certains viennent régulièrement sur notre blog.
    A bientôt pour un nouvel épisode de Culture Rock !

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