C’est vous qui avez peur, pas nous

Malgré le déchaînement de violence policière à la démesure de la paranoïa du maire de Rodilhan, nombreux ont été les manifestants qui ont montré en toute circonstance leur ignorance de la peur. Il faut dire que, si les forces de l’ordre (ou plutôt du désordre) étaient là pour les repousser, les militants, eux, venaient pour des taureaux qui subissaient bien pire. Il en faudra beaucoup plus que des litres de lacrymogènes ou même des flashballs à bout portant (en toute illégalité) pour les impressionner.

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L’un des gendarmes armés d’un flashball (extrait d’une vidéo d’Aurélien Sabu) et le résultat à bout portant : hématome de 15 cm, brûlure au second degré

En hommage à nos sœurs et frères de combat présents dimanche 27 octobre à Rodilhan, quelques photos montrant leur bravoure, à commencer par cette ligne d’une vingtaine de femmes tranquillement assises, tournant le dos à une triple rangée de CRS en tenue de combat (ça va ? ils se sentaient assez nombreux ? ils ont dû se trouver un peu ridicules, j’espère).

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Remarquez, il suffit d’une seule femme qui marche en dehors du passage piétons pour qu’ils fassent une haie de robocops, des fois qu’elle leur saute dessus :

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Florian a beau avoir les yeux explosés et la peau en feu après avoir été sévèrement gazé, il revient aussitôt s’asseoir à deux pas de ses agresseurs, sans aucune protection.

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Alain, qui a quitté Rion-des-Landes en hélico dans le coma, est indomptable et ne recule devant personne. Il a passé toute la journée au plus près du danger :

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Bouh, fais-moi peur ! Enfin, si tu peux… (photo Loan Ego)

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Jacques Dary, fondateur du CRAC en 1991, était là sur le parking où se tenaient les pires affrontements, heureux comme personne de voir son bébé devenu grand et fort. Il n’aurait manqué ça pour rien au monde. La peur ? Connait pas.

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Et tous les autres, impavides et déterminés…

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Un message pour les gendarmes et CRS : nous savons que vous faisiez juste ce qu’on vous ordonnait de faire, mais nous ne sommes pas supposés être vos adversaires ni vous, les nôtres. Certains d’entre vous se sont comportés de façon indigne et disproportionnée pour un pays démocratique. On se serait cru en pleine répression d’une insurrection dans une dictature. Vous devriez avoir honte de vous.

Vous n’aviez pas le droit de gazer des manifestants pacifiques assis par terre qui vous tournaient le dos, mais vous l’avez fait. Vous n’aviez pas le droit de tirer au flashball sur quelqu’un à bout portant ni de lui tirer dans les jambes, la loi vous imposant une distance minimale de 7 mètres en visant l’abdomen, mais vous l’avez fait. Vous n’aviez pas le droit de déplacer les limites du périmètre interdit au-delà de ce qui figurait sur l’arrêté municipal, mais vous l’avez fait à plusieurs reprises.

Vous n’avez pas été des gardiens de la paix mais des agents de la répression.

Un message pour les aficionados : nous reviendrons, soyez en sûrs, aussi souvent et aussi longtemps qu’il le faudra.

C’est vous qui avez besoin de transformer un village en prison où vous vous enfermez et de mobiliser des centaines de flics pour pouvoir assister à vos écœurantes séances de torture, pas nous. C’est vous qui êtes des gens violents et haineux de la vie, pas nous. C’est vous qui suppliciez et qui tuez des êtres vivants pour votre plaisir, pas nous.

C’est vous qui avez peur, pas nous.

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20 Replies to “C’est vous qui avez peur, pas nous”

  1. carol

    bravo pour cet article si juste et bien exprimé.
    j’étais a rodilhan, la peur du gaz m a fait reculer de quelques mètres, et j admirais le courage de ceux qui ne bougaient pas, au front.

  2. valentine

    La première photo me fait froid dans le dos! On se croirait dans un mauvais film. C’est inquiétant cette formation que reçoit le gendarme pour « bouffer » du manifestant.
    Depuis que je vous lis, il y a certes la jouissance de voir reculer les afficionados et leur barbarie mais à quel prix.
    Bravo pour votre courage en tout cas. Mais où en est la réflexion des grandes instances politiques qui dirigent la France? Dommage que la démocratie ne donne pas droit de parole au peuple.

  3. jombart sylviane

    Bravo pour ce reportage très bien écrit !!! Je vous trouve très courageux et déterminés ! Par contre , je pense que les dégâts aux biens des personnes desservent la cause que nous défendons car certains s’en servent pour nous discréditer !!!

  4. Anna Galore Post author

    Petite précision utile : je vois arriver certains commentaires que je ne peux pas laisser passer, car contraires à la charte de notre hébergeur. Merci de votre compréhension.

  5. Da Silva Maria

    J’étais à Rodilhan, j’ai été gazée et re gazée, j’ai reculé, mais je suis repartie au front. J’ai vu des femmes se faire bastonner par les CRS, des tirs de flash et des plaies ouvertes. De pertes de connaissance, elles, ils se relevaient toutes et tous et repartaient au combat. Nous n’avions pas peur. Nous en avons fait tomber des barrières, nous en avons bloqués des afiocs. Nous on a pas peur, car on défend la vie.

  6. Elise

    Bravo à tout les militants, qui malgré la violente répression ne lâchent rien.
    Vu ce que vous supportez, vous êtes tous des héros.

  7. Catherine Desert

    Petite rectification : ce n’est pas un tir de flash ball qui a mis la jambe de cette dame dans cet état, mais une grenade déflagrante qui est venue exploser contre son mollet… J’ai retrouvé cette affirmation dans plusieurs forums où elle le répétait elle-même, comme par exemple, ici :

    Anne M… « Ce n’est pas un flash ball, c’est une grenade déflagrante.. »

    https://www.facebook.com/photo.php?fbid=183039871884657&set=a.131429097045735.1073741832.100005359359950&type=1&theater

    Ceci dit, cette précision ne fait qu’ajouter un outil de plus à l’arsenal de guerre utilisé, ce jour-là, contre nous, par les forces de l’ordre… et nous laisse augurer l’escalade à venir !

  8. Anna Galore Post author

    Merci beaucoup pour cette précision ! D’autres photos de blessure par flash ball ont été mises en ligne depuis, trois manifestants en ont été victimes. Effectivement, pour impressionnantes qu’elles soient, elles ont un aspect différent, provoquant un énorme hématome sur la cuisse d’une manifestante, par exemple – ce qui confirme un tir à bout portant vers les jambes donc illégal. Je vais modifier la photo en tête d’article dès que possible pour ne pas entretenir notre erreur.
    Quant aux grenades déflagrantes, nous en avons entendues en grand nombre dans la journée et cela souligne en effet une escalade dans la violence déployée contre nous.

  9. Anna Galore Post author

    Voilà, la photo a été remplacée pour montrer une autre victime, cette fois vraiment de flash ball, qui s’est identifiée sur Facebook. La même personne a également reçu un impact bien pire sur le sein mais là, vous comprendrez qu’aucune photo ne sera rendue publique.

  10. DESERT CATHERINE

    Merci d’avoir rectifié l’image illustrant le tir de flash ball… C’est vrai que la panoplie guerrière de ces messieurs les flics était suffisamment étoffée et qu’on n’a guère le choix, hélas, pour en retrouver à présent des preuves par l’image… C’est consternant !
    Le moment le plus dur que j’ai eu à vivre fut encore en fin de journée, vers 18h, à l’approche de la nuit… quand je me suis retrouvée avec d’autres militants, face à des CRS fous, escortant les derniers spectateurs qui sortaient des arènes (en revenant vers le premier rond-point du village)… Comme nous huions ces derniers vertement, les  » défenseurs de la loi  » se sont alors déchaînés contre toute personne passant à leur portée, même celles qui cherchaient simplement à rejoindre le parking… flots de gaz et de fumée, rendant l’air irrespirable tout le long de la voie, grenades déflagrantes ou lacrymogènes qui claquaient ici et là, sans qu’on sache dans quel sens aller pour les éviter vraiment… Comme on n’y voyait plus grand chose, j’ai failli plusieurs fois tomber dans le fossé – assez raide – qui bordait la chaussée. « Apoclypse now » était le seul mot qui me venait en tête, tandis que je courais avec les autres cibles humaines, à ce moment-là…

  11. Ilios

    Les mots sont justes et ils véhiculent avec justesse l’inégalité entre des manifestants qui revendiquaient la justice pour les animaux, pas pour eux-mêmes, et les forces de l’ordre qui obéissaient souvent avec une bonne dose de zèle, aux ordres donnés. Des manifestants pacifiques dont les seules armes sont des mots qui demandent que cessent les tortures insupportables faites aux taureaux sacrifiés des l’arène et des forces de l’ordre aveugles et sourdes apportant la violence de leurs agissements à celle des aficionados se délectant de la lente agonie des taureaux.
    Merci pour ce texte sensible.

  12. dagmar GUANO

    j’étais avec vous,malheureusement pouvant à peine marcher, merci à tous ceux, qui ont pris les risques de se faire gazer et à tous qui se sont déplacés

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