Les bienfaits de la méditation et du sacrifice, par Aung San Suu Kyi

Comme beaucoup de Birmans, Aung San Suu Kyi est bouddhiste. Elle a publié en 1996 dans un journal local un très beau texte expliquant en quoi tout, dans son action pour la démocratie comme dans sa détermination inflexible, a été sous-tendu par sa pratique de la méditation. En voici les principaux extraits.

En Birmanie, nous considérons les membres de la communauté bouddhiste comme des enseignants qui nous guideront le long du noble octuple sentier. Les bons professeurs ne donnent pas seulement des sermons érudits, ils nous montrent aussi comment nous devons nous comporter dans nos vies quotidiennes selon la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, la subsistance juste, l’effort juste, l’attention juste, et la concentration juste.

bouddhismeDes cinq facultés spirituelles qui sont la foi, l’énergie, la concentration, la sagesse et la pleine conscience, seule la pleine conscience ne peut jamais être en excès. Une foi excessive sans assez de sagesse mène à une foi aveugle, alors qu’une sagesse excessive sans énergie suffisante mène à de la ruse indésirable. Un excès d’énergie combiné avec une faible concentration mène à l’indolence. Mais en ce qui concerne la pleine conscience, même en excès, elle est toujours insuffisante. […]

Comme beaucoup de bouddhistes, j’ai décidé de mettre mon temps de détention à profit en pratiquant la méditation. Ce n’était pas un processus facile. Je n’avais pas d’enseignant et mes premières tentatives étaient plus que frustrantes. Il y a eu des jours où j’ai trouvé mon échec à discipliner mon esprit selon les pratiques de méditation prescrites tellement exaspérant que j’avais l’impression de me faire plus de mal que de bien.

Je pense que j’aurais abandonné sans la recommandation d’un célèbre enseignant bouddhiste, qui dit que si l’on veut pratiquer la méditation, on doit le faire pour son propre bien.

[…] J’ai appris comment la pratique de la méditation amène à l’élargissement de la pleine conscience dans la vie de tous les jours, à maintes reprises. […] Dans mon travail politique, j’ai été aidée et renforcée par les enseignements des membres de la communauté bouddhiste. Au cours de ma toute première tournée de campagne à travers la Birmanie, j’ai reçu d’inestimables conseils de moines dans différents endroits du pays. […]

Dans un monastère à Pakokku, le conseil qu’un abbé a donné à mon père lorsqu’il s’est rendu dans cette ville il y a de cela plus de quarante ans m’a été répété :

« Ne soyez pas effrayée à chaque fois que l’on tente de vous faire peur, mais ne soyez pas totalement sans peur. Ne devenez pas ivre chaque fois que vous être louée, mais ne soyez pas totalement sans ivresse ».

Autrement dit, en préservant courage et humilité, il ne faut abandonner ni la prudence ni le juste respect de soi-même.

Lorsque j’ai visité Natmauk, la ville de la maison de mon père, je suis allée au monastère où il a étudié enfant. Là, l’abbé a donné un sermon sur les quatre causes de déclin et de décadence :

– échec à retrouver ce qui a été perdu ;
– omission de réparer ce qui a été endommagé ;
– mépris de la nécessité d’une raisonnable modération ;
– et élévation au rang de dirigeant de ceux qui sont sans moralité ni connaissance.

L’abbé a continué à expliquer comment ces vues traditionnelles bouddhistes devraient être interprétées pour construire une société juste et prospère dans l’âge moderne.

De ces paroles de sagesse que j’ai rassemblées au cours de ce voyage en Birmanie centrale, celles d’un saint enseignant de Sagaing, âgé alors de 91 ans, me restent particulièrement à l’esprit. Il m’a fait l’esquisse de la difficulté qu’il y aurait pour un avènement de la démocratie en Birmanie :

« Vous serez attaquée et injuriée pour votre engagement dans une politique honnête » a déclaré le professeur, « Mais vous devez persévérer. Fondez un investissement dans la souffrance et vous obtiendrez la félicité ».

Aung San Suu Kyi

Source : Bangkok Post, septembre 1996. Version française : Buddhachannel
Photo : Wikipedia

3 Replies to “Les bienfaits de la méditation et du sacrifice, par Aung San Suu Kyi”

  1. anti Post author

    Magnifique texte d’une grande dame.

    « ils nous montrent aussi comment nous devons nous comporter dans nos vies quotidiennes selon la compréhension juste, la pensée juste, la parole juste, l’action juste, la subsistance juste, l’effort juste, l’attention juste, et la concentration juste. »

    Des mots si simples pour décrire un comportement si difficile à mettre en œuvre…

    Voilà qui me donne envie de voir le film que Luc Besson lui a consacré, « The Lady », qui retrace le destin exceptionnel d’une femme partagée entre l’amour de sa vie et la lutte pour la liberté de tout un peuple. Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la Paix et leader de l’opposition à la dictature en Birmanie, sacrifiera son bonheur personnel pour celui du peuple birman. Son combat, mené au péril de sa vie, est devenu un symbole de la lutte pour la démocratie.

    D’ailleurs, je vais commander le dvd de ce pas 😉

    http://toutelaculture.com/2012/04/the-lady-luc-besson-seconde-vie-en-dvd-pour-un-hymne-passionnel-a-la-resistance-au-moment-ou-aung-san-suu-kyi-triomphe-en-malaisie/

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