La plus puissante bombe de l'Histoire

Demain, ce sera la fête des morts, connue sous le nom de Halloween, une antique tradition celtique. Après-demain, ce sera la célébration des morts pour les catholiques, qui l’appellent le jour de tous les saints. Il faut croire que cette période précise de l’année est liée à la mort car ce n’est pas tout : aujourd’hui est l’anniversaire de l’acte de destruction massive le plus stupide de l’Histoire de l’humanité puisqu’il a eu lieu en temps de paix, sans aucune raison particulière en dehors de l’égo démesuré d’un seul homme.

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C’est, en effet, le 30 octobre 1961 à 8h32 heure française, il y a exactement 50 ans qu’a explosé la plus puissante bombe jamais créée, sur ordre de Nikita Krouchtchev, alors chef suprême de l’URSS, qui voulait ainsi montrer au monde en général et aux Américains en particulier que non seulement les Soviétiques avaient réussi les premiers à envoyer un homme dans l’espace mais qu’ils étaient également largement en tête dans la course à l’armement nucléaire.

En juillet 1961, Krouchtchev ordonna donc à ses ingénieurs et scientifiques de “montrer aux impérialistes ce que nous pouvons faire” en construisant et en faisant exploser une bombe H de 100 mégatonnes. A titre de comparaison, la bombe lancée sur Hiroshima le 6 août 1945 était 7000 fois moins puissante et la plus grosse bombe jamais utilisée par les Américains, Castle Bravo en 1954, faisait 15 mégatonnes.

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Au dernier moment, les ingénieurs soviétiques sous la direction d’Andreï Sakharov préférèrent s’en tenir à « seulement » 50 mégatonnes au lieu des 100 prévus, par mesure de prudence. Krouchtchev accepta, l’important étant à ses yeux que la bombe soit largement plus puissante que la plus puissante des Américains.

L’engin, baptisé Ivan par les Russes et surnommé plus tard Tsar Bomba par les Occidentaux, fut construit dans un délai extrêmement court de seize semaines – un tel projet aurait dû nécessiter plus de deux ans d’études poussées pour être totalement maîtrisé. La bombe pesait 26 tonnes et mesurait 8 mètres de long pour un diamètre de plus de 2 mètres. Il fallut adapter un bombardier Tupolev pour qu’il puisse la transporter sur le lieu de l’explosion, elle ne tenait pas à l’intérieur et dépassait largement de la carlingue.

Le lieu choisi fut l’île de Nouvelle-Zemble, au nord de la Sibérie. L’avion largua Tsar Bomba depuis une altitude de dix mille mètres. Un immense parachute avait été conçu pour ralentir sa chute le temps que l’appareil puisse s’éloigner de plusieurs dizaines de kilomètres avant l’explosion, trois minutes plus tard, à environ 4 km du sol.

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Un caméraman à bord de l’avion raconta ensuite : « Les nuages situés sous l’avion et au loin furent illuminés par le puissant flash. La mer de lumière se propagea sous la carlingue et même les nuages commencèrent à luire et devinrent transparents. A ce moment, notre appareil émergea d’entre deux couches de nuages et en bas, dans l’interstice, émergeait une énorme boule brillante et orange. Cette boule était puissante et arrogante comme Jupiter. Elle grimpait doucement et en silence… Après avoir transpercé l’épaisse couche de nuages, elle continua de grossir. On aurait dit qu’elle allait aspirer la Terre entière. Le spectacle était invraisemblable, irréel, surnaturel. »

Le sol de l’île fut totalement aplani et vitrifié sur des dizaines de kilomètres à la ronde. Un village abandonné, à 55 km de là, fut entièrement rasé, comme le furent toutes les installations dans un rayon de 120 km, toutes les constructions en bois et tous les toits des constructions en pierre jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres. Les vitres furent brisées jusqu’à 900 km du lieu de l’explosion (la distance Lille-Marseille, pour donner une idée).

Bien que la bombe ait explosé à quatre kilomètres au-dessus du sol, l’US Geological Survey enregistra un signal sismique d’une magnitude de 5. La lumière de l’explosion fut visible à mille kilomètres à la ronde malgré le ciel nuageux. La chaleur put être perçue à 270 km de là. L’onde de choc de la déflagration fit trois fois le tour de la Terre.

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Si des êtres vivants se sont trouvés dans un rayon de moins de 100 kilomètres autour du point d’impact, ils n’ont eu aucune chance d’en réchapper, les plus proches ayant été purement et simplement vaporisés, les plus lointains ayant été brûlés au troisième degré.

Les Lapons qui étaient suffisamment loin pour survivre ont servi de cobayes humains pour étudier l’influence d’une pollution nucléaire massive sur une population exposée. Ils ont probablement connus les mêmes horreurs que les habitants des îles Marshall exposés à l’explosion de la bombe américaine Castle Bravo dont j’ai parlé en détails sur le blog il y a deux ans.

La pollution atmosphérique radioactive engendrée par ce tir a causé une augmentation de 25 % de toutes les retombées radioactives mondiales depuis l’invention de la bombe nucléaire, qui représentent au total une centaine de nuages de Tchernobyl.

Et tout cela pour absolument rien.

A lire sur le blog, les horreurs similaires commises par les Américains et les Français :
Essais nucléaires dans le Pacifique, l’horreur dévoilée
Nucléaire français : quand les appelés servaient de cobayes

A lire ailleurs sur le web :
Il y a 50 ans explosait la plus puissante des bombes atomiques de Pierre Barthélémy (Slate)
Big Ivan, The Tsar Bomba (“King of Bombs”) sur le site Nuclear Weapon Archive (très détaillé, en anglais)

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