L’art de la méditation

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L’Art de la Méditation, voici le manuel très instructif qui m’a tenu compagnie hier soir tandis que je veillais sur notre Mirou après l’avoir récupéré à 1h30 du matin sous la pluie en train de se battre comme un chiffonnier… Il faut dire qu’il avait cessé de s’alimenter depuis plusieurs jours et qu’il n’était pas en position de force face au chat du voisin. On a découvert hier que Mirou avait une énorme infection buccale. Après la visite du vétérinaire et deux piqûres, il a pu au milieu de la nuit, avec force de caresses et de douces paroles, avaler quelques bouchées de poulet coupées rikiki comme tout, sinon il hurlait de douleur ! Le supplice de Tantale !

Donc, j’ai pu lire, enfin au calme et mon choix s’est porté sur ce petit livre de 150 pages et là, première surprise : le maître mot « Enthousiasme » ! Quelques heures à peine plus tôt, je parlais avec Hugo de la publication du livre de Ole « Les choses telles qu’elles sont«  et il ne cessait de me répéter qu’il était fasciné par l’enthousiasme que je manifeste pour ce projet (tu parles ! Des années que je rêve de le voir ce livre !). Enthousiasme par ci, enthousiasme par là,enthousiasme dans l’Art de la Méditation. Trop bien ! j’adore sentir le lien 😉

Dilgo Khyentsé Rinpoché

Dilgo Khyentsé Rinpoché

Pour vous en parler, j’ai trouvé un article d’Olivier Roland on ne peut plus complet, sur le site au titre oh combien parlant :« Des livres pour changer la vie« .

Chronique et résumé du livre :

En Occident, du fait du rythme trépidant de nos vies emplies d’activités qui nous occupent du matin au soir, nous avons moins le loisir de nous pencher sur les causes fondamentales du bonheur. Nous sommes nombreux à penser, plus ou moins consciemment, que plus nous multiplions nos activités, plus nos sensations s’intensifient et plus notre insatisfaction s’estompe, alors qu’en réalité, nous sommes nombreux à être déçus et frustrés par le mode de vie contemporain. Malheureusement, nous sommes alors souvent démunis car aucune solution ne semble envisageable, notamment parce que les traditions qui préconisent la transformation de soi sont tombées en désuétude.

Or, les techniques de méditation visent à transformer l’esprit, sans qu’il soit nécessaire de les pratiquer dans un cadre religieux. Chacun de nous a un esprit, chacun de nous peut donc travailler avec celui-ci. Mais est-il souhaitable que nous changions ? Certains préconisent une alchimie particulière entre émotions positives et conflictuelles, qualités et défauts, qui revient à s’accepter ainsi, à s’aimer avec ses défauts et ses qualités. Le risque est alors de vivre dans une insatisfaction chronique alors que l’on pourrait s’améliorer avec un peu d’efforts et de réflexion.

Imaginez que l’on vous propose de passer une journée entière à éprouver de la jalousie. Est-ce que vous l’accepteriez avec plaisir ? C’est peu probable. Au contraire, si l’on vous proposait de passer une journée à avoir le coeur débordant d’amour pour les autres, est-ce que vous l’accepteriez ?

Notre esprit est fréquemment perturbé, et nous sommes souvent tourmentés par des pensées douloureuses, par la colère, par des paroles blessantes que nous adressent les autres. Dans ces moments, qui ne rêverait de pouvoir mieux contrôler ses émotions pour être libre et maître de lui-même ? Très souvent, nous nous passerions volontiers de ces souffrances, mais ne savons pas que c’est possible, car nous croyons que c’est la « nature humaine ». Or, nous pouvons entraîner notre esprit pour cultiver nos émotions positives, développer notre altruisme, notre lucidité, notre paix intérieure et notre amour, et la méditation est une voie royale pour cela.

Cependant, améliorer notre esprit ne se fait pas en jour. Nous trouvons normal de passer des années à apprendre à marcher, lire, écrire, à acquérir des compétences professionnelles, à devenir meilleurs dans des activités aussi diverses que le sport ou l’art. Par quel miracle l’esprit échapperait-il à cette logique et pourrait-il se transformer instantanément et sans efforts ? Cela n’aurait pas plus de sens que de vouloir devenir champion de natation en nageant deux fois pas mois. Nous dépensons beaucoup d’énergie pour améliorer les conditions extérieures de notre existence, mais au final c’est toujours notre esprit qui fait l’expérience du monde et le traduit sous forme de bien-être ou de souffrance. Si nous transformons notre manière de percevoir les choses, nous transformons la qualité de notre vie. Et ce changement résulte d’un entraînement de l’esprit, qui est la méditation.

Note : ce point rejoint la notion de proactivité que j’ai abordé dans mon dernier podcast : Proactivité, Responsabilisation et Crise.

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Qu’est-ce que la méditation ? C’est une pratique qui permet de cultiver et développer certaines qualités humaines fondamentales. Il s’agit principalement de se familiariser avec une vision claire et juste des choses, et de cultiver des qualités que nous possédons tous en nous mais qui sont souvent laissés en jachère, à l’état latent. L’idée générale est de s’améliorer, de se transformer soi-même pour mieux transformer le monde.

Une vie bien remplie n’est pas faite d’une succession de sensations plaisantes, mais d’une transformation de la manière dont nous comprenons et traversons les aléas de l’existence. La méditation permet ainsi de remédier aux toxines mentales que sont les émotions négatives comme la haine, l’obsession et la colère, mais aussi d’acquérir une meilleure connaissance de la façon dont l’esprit fonctionne, et une perception plus juste de la réalité.

De plus, la méditation a également une multitude d’effets bénéfiques pour la santé et le bien-être, comme je l’ai indiqué plus haut. Découvrons comment la pratiquer.

Chapitre 2 : Sur quoi méditer ?

L’objet de la méditation est l’esprit, qui est souvent confus, agité, rebelle et soumis à de nombreux conditionnements et automatismes. La méditation a pour but de le rendre plus clair et équilibré.

La méditation est soumise à de nombreux clichés. Or, la méditation ne consiste pas à faire le vide dans son esprit en bloquant ses pensées – ce qui est impossible – ni à engager l’esprit dans des cogitations sans fins pour analyser le passé ou anticiper l’avenir. Ce n’est pas non plus un simple processus de relaxation, bien qu’il y ait un élément de relaxation dans la méditation – mais c’est davantage un soulagement lié au « lâcher prise » sur les attachements et les caprices de l’ego qui nourrissent nos conflits intérieurs.

La méditation consiste à prendre le contrôle de l’esprit, à se familiariser avec une nouvelle compréhension du monde, à cultiver une manière d’être qui nous rend plus libre. Etre libre, c’est être maître de soi-même. Ce n’est pas faire tout et n’importe quoi, c’est s’affranchir de la contrainte des souffrances qui dominent et obscurcissent l’esprit, et prendre sa vie en main, en mettant le cap vers une destination que l’on a choisi en toute connaissance de cause, plutôt que d’être prisonnier d’habitudes destructrices et de la confusion mentale.

La méditation n’est pas un moyen d’échapper à la réalité, c’est un moyen de voir la réalité comme elle est, au plus près de ce que nous vivons, et de démasquer les causes profondes de nos souffrances et de notre confusion mentale. Pour parvenir à une juste vision des choses, on médite, par exemple, sur l’interdépendance de tous les phénomènes, sur leur caractère éphémère, et sur la non-existence de l’ego, alors qu’il est perçu comme une entité solide et autonome à laquelle on s’identifie. Les méditations s’appuient également sur l’expérience de générations de contemplatifs qui ont consacrés leur vie à cette pratique et ont enseignés ensuite un grand nombre de méthodes empiriques pour y parvenir. Comme pour tout apprentissage, il faut néanmoins explorer soi-même la validité de ces méthodes, et vérifier puis s’approprier de l’intérieur les conclusions à laquelles ces sages sont parvenus.

Pour y parvenir, il faut commencer par calmer son esprit turbulent, semblable à un singe captif qui s’agite tant et si bien qu’il s’entrave lui-même et se trouve incapable de défaire ses propres chaînes.

Chapitre 3 : Comment méditer

Méditer ne s’apprend pas en lisant mais en pratiquant. Il est utile toutefois d’utiliser les lignes directrices tracées par les sages du passé, qui offrent dans leurs ouvrages des mines d’informations exposant clairement les buts et méthodes de chaque méditation. Matthieu Ricard nous propose dans ce long chapitre – 110 pages sur les 150 qui composent le livre ! – quelques conseils préliminaires pour bien pratiquer la méditation, puis nous résume en les simplifiant, et en extirpant au maximum leur base religieuse sous-jacente, quelques une des nombreuses méthodes de méditation. Pour chacune d’elle, il nous propose un ou plusieurs sujets de méditation, dont je vous livre quelques exemples, ainsi que des citations de grands maîtres de la méditation ou des différents Dalaï-lamas.

Les conditions favorables à la motivation :

* Suivre les conseils d’un guide qualifié : Pour pouvoir méditer, il faut d’abord savoir comment s’y prendre. Un instructeur qualifié est donc essentiel. Dans le meilleur des cas, c’est un maître spirituel authentique, sinon on se contentera d’un instructeur sérieux, ou de textes qui reposent sur des sources fiables.
* Un lieu propice à la méditation : Il est possible et souhaitable de maintenir les bienfaits de la méditation lorsque l’on se trouve plongé dans le flot de la vie courante, mais il est indispensable d’entraîner son esprit dans un environnement propice, notamment lorsque l’on s’initie. Il faut donc un endroit au calme, sans source de distraction et où l’on ne vous dérangera pas.
* Une posture physique appropriée : La posture physique influe sur l’état mental. Une posture appelée vajrasana en sept points est recommandée :

1. Les jambes sont croisées dans la posture du lotus, dans laquelle on commence par replier la jambe droite sur la gauche, puis la gauche sur la droite. Si c’est trop difficile, on peut adopter le « demi-lotus », qui consiste à ramener la jambe droite sous la cuisse gauche, et la jambe gauche sous la cuisse droite.
2. Les mains reposent sur le giron (l’espace qui s’étend de la ceinture aux genoux lorsque l’on est assis), la main droite sur la gauche, l’extrémité des pouces se touchant.
3. Les épaules sont légèrement relevées et penchées vers l’avant.
4. La colonne vertébrale est bien droite, »comme une pile de pièces d’or ».
5. Le menton est légèrement rentré contre la gorge.
6. La pointe de la langue touche le haut du palais.
7. Le regard est dirigé droit devant soi, ou légèrement vers le bas, dans le prolongement du nez, les yeux grands ouverts ou mi-clos.

Être enthousiaste et motivé pour être persévérant. Pour s’intéresser à quelque chose et y consacrer du temps, il faut d’abord en percevoir les avantages, et comprendre qu’il y aura des hauts et des bas pour savoir persévérer lors des moments difficiles. Lisez La Discipline est une illusion; Motivez-vous à la place ou Bougez-vous les fesses : 16 moyens de rester motivé quand vous êtes sur la pente descendante pour approfondir.

Enfin, il est indispensable de pratiquer la méditation régulièrement, même si c’est juste 15 ou 20 minutes, plutôt que de faire de grandes séances de temps à autre. De plus il est important que nous ne soyons ni trop tendus, ni trop relâchés lorsque nous méditons, exactement comme une corde de guitare ne doit être ni trop tendue, ni trop relâchée pour produire la note juste.

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Tourner son esprit vers la méditation

Quatre sujets de réflexion doivent retenir notre attention pour renforcer notre détermination à méditer :

La valeur de la vie humaine

A condition de jouir d’un minimum de libertés et d’opportunités, l’existence humaine offre d’extraordinaires occasions de développement intérieur, et elle nous offre une chance unique de réaliser le potentiel que nous possédons tous. Ce potentiel, voilé par notre ignorance et nos émotions perturbatrices, demeurent la plupart du temps enfoui à l’intérieur de nous comme un trésor caché. Note : cela rejoint l’histoire du champ de diamants de Lead the Field.

La nature éphémère de toute chose

La vie humaine, aussi brève soit-elle, est inestimable. La réflexion sur l’impermanence permet d’apprécier la valeur du temps, de se rendre compte que chaque seconde de vie est précieuse alors que d’ordinaire nous laissons le temps s’écouler comme de l’or fin entre les doigts.

Méditation : Pensons à la succession des saisons, des mois et des jours, de chaque instant, et aux changements qui affectent chaque aspect de la vie des êtres ; pensons à la mort enfin, qui est inéluctable mais dont l’heure est incertaine. Qui sait combien de temps il me reste à vivre ? Même si je vis jusqu’à un âge avancé, la fin de ma vie passera aussi rapidement que le début. Il importe donc que je considère, au plus profond de moi-même, ce qui compte vraiment dans l’existence, et que j’utilise le temps qu’il me reste à vivre de la façon la plus fructueuse, pour mon bien et celui des autres. Si j’aspire à méditer et à développer mes qualités intérieures, il n’est jamais trop tôt pour m’y consacrer.

Les comportements qu’il faut adopter et ceux qu’il faut éviter

Le marin en haute mer, le guide de montagne ou l’artisan consciencieux savent que l’on obtient rien de bon en cédant aux caprices du moment. Et c’est d’autant plus vrai si le but que l’on poursuit est la libération de la souffrance. Pour savoir quelle est la bonne manière de procéder, il ne faut pas s’appuyer sur un dogme pour distinguer le bien et le mal ou se conformer à des conventions préétablies, mais il faut respecter avec lucidité les mécanismes du bonheur et de la souffrance tels que nous pouvons nous-même les observer, à condition d’être attentif. Nous ne pouvons pas prévoir toutes les conséquences de nos actions, mais il nous est possible d’examiner notre motivation et le but que nous poursuivons, et de nous assurer que nous recherchons le bonheur véritable et celui d’autrui.

Méditation : Recueillons-nous au plus profond de nous même et reconnaissons que nous désirons être affranchis de la souffrance et trouver le bonheur authentique. Prenons sincèrement conscience du fait que tous les êtres vivants souhaitent la même chose. Considérons les enchaînements de cause et des conséquences qui font que certains type de pensée, de parole et d’action – ceux par exemple, qui sont inspirés par la haine, l’avidité, la jalousie et l’arrogance – engendrent la souffrance et que d’autres qui procèdent de la bienveillance et de la sagesse mènent à une satisfaction profonde. Tirons-en les conclusions qui s’imposent concernant ce qu’il faut faire ou ne pas faire et soyons déterminés à les mettre en pratique.

L’insatisfaction inhérente au monde ordinaire

Notre situation actuelle est souvent loin d’être satisfaisante et une transformation est non seulement désirable, mais possible. Nous pouvons utiliser les nombreuses distractions offertes par notre monde moderne pour oublier les aspects insatisfaisants de l’existence, ou même les masquer sous des déguisements attrayants – activités incessantes, flot d’expériences sensorielles, poursuite de la richesse, du pouvoir, de la reconnaissance, etc. – mais la réalité reviendra toujours se rappeler à nous avec son lot de souffrances. Il est donc préférable de regarder cette réalité en face pour déraciner les véritables causes du malheur et cultiver celles du véritable bonheur.

Autres sujets de méditation

Je vous livre ici quelques autres sujets parmi les nombreux qu’aborde Matthieu Ricard :

Méditation sur la pleine conscience

Nos automatismes de pensée, qui font que nous percevons à peine ce qui se passe à l’instant même, sont aux antipodes de la pleine conscience. Celle-ci consiste à être parfaitement éveillé à tout ce qui surgit en soi et autour de soi, à tout ce que nous voyons, entendons ou ressentons. Le passé n’est plus, l’avenir n’a pas encore surgi, et le présent est à la fois insaisissable et immuable. Comme le disait Schrödinger, « le présent est la seule chose qui n’ait pas de fin« . Cultiver la pleine conscience du moment présent signifie que l’on doit vivre lucidement notre expérience actuelle.

Le calme intérieur

Pour reconnaître la véritable nature de l’esprit, il faut ôter les voiles engendrées par les automatismes de la pensée. Pour cela, il faut commencer par laisser l’esprit devenir clair, calme et attentif. Il existe pour cela deux techniques enseignées par les écoles bouddhistes :

1. Le calme mental ou shamata. C’est l’état d’esprit apaisé, clair et parfaitement concentré sur son objet. Il prépare le terrain en faisant de l’esprit un outil maniable, efficace et précis.
2. La vision pénétrante ou vipashyana. C’est la vision pénétrante de la nature de l’esprit et des phénomènes, à laquelle on parvient en analysant minutieusement la conscience, puis en ayant recours à la pratique contemplative, à l’expérience intérieure. Il libère l’esprit du joug des afflictions mentales et des voiles de l’ignorance.

Notre esprit est la plupart du temps instable, et constamment occupé par son bavardage intérieur qui maintient un bruit de fond dont nous sommes à peine conscient. Or ce dysfonctionnement est une production de l’esprit lui-même ; il est donc logique qu’il soit également lui-même en mesure d’y remédier.

Le shamata vise à apaiser le tourbillon des pensées en se concentrait sur une chose à laquelle nous prêtons rarement attention : le va-et-vient de notre souffle. Puisque nous respirons sans cesse, prendre cet acte comme support de concentration permet de disposer d’un outil précieux disponible en permanence.

Cette pratique comporte trois étapes indispensables :

1. Tourner l’attention vers un objet choisi, ici la respiration.
2. Maintenir l’attention sur cet objet.
3. Être pleinement conscient de ce qui le caractérise.

Méditation : Une méthode pour raviver la concentration lorsqu’elle devient trop ténue consiste à compter les respirations. On peut, par exemple, compter mentalement « un » à la fin d’un cycle complet du souffle, c’est à dire inspiration et expiration, puis « deux » à la fin du cycle suivant, et ainsi de suite jusqu’à 10, et recommencer alors à partir de « un ». Cette façon de procéder nous aide à maintenir l’attention. Si l’on préfère, on peut aussi compter « un » à la fin de l’inspiration, et « deux » à la fin de l’expiration. Cette méthode peut être appliquée de temps à autre en fonction des besoins, mais il n’est pas nécessaire de compter les respirations pendant toute la durée de la méditation.

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La progression du calme intérieur

Graduellement, l’esprit s’apaisera. Pourtant au début, c’est tout le contraire qui semble se produire : on a l’impression d’avoir davantage de pensées qu’auparavant. Or, ce n’est pas vraiment leur nombre qui a augmenté, c’est simplement que l’on prend conscience de leur foisonnement. La pacification du tourbillon des pensées se fait selon cinq étapes :

1. La cascade qui se jette d’une falaise : les pensées s’enchaînent sans discontinuer.
2. Le torrent qui dévale des gorges : l’esprit alterne entre périodes de repos et d’activité.
3. Le large fleuve qui s’écoule sans encombres : l’esprit s’agite lorsqu’il est perturbé par les événements, sinon il reste calme.
4. Le lac ridé par quelques vagues : l’esprit est faiblement agité en surface, mais demeure calme et présent en profondeur.
5. L’océan paisible : la concentration inébranlable et sans efforts n’a plus besoin de recourir aux antidotes contre les pensées vagabondes.

Une telle progression ne s’accomplit pas en un jour, mais tôt ou tard l’on constate des progrès.

La vision pénétrante ou vipashyana

Nous surimposons constamment au monde notre vision tronquée de la réalité, et les déformations qui en résultent sont autant de causes de frustration et souffrances. Combien de fois n’avons-nous pas considéré quelqu’un ou quelque chose comme étant totalement désirable ou totalement haïssable ? Avec quelle force nous aggripons-nous au « moi » et au « mien », persuadés de la solidité de ces concepts ?

Imaginons que nous percevions le monde comme un flux dynamique d’évènements interdépendants dont les caractéristiques sans cesse changeantes résultent d’innombrables causes et n’appartiennent pas intrinsèquement aux objets qu’elle définisse. Les concepts de « moi » et de « mien » nous apparaîtraient beaucoup plus fluides et ne feraient plus l’objet de fixations aussi puissantes.

Pour développer cette vision pénétrante, il est nécessaire d’avoir l’esprit clair, concentré et stable, d’où l’importance de l’avoir préparé avec shamata, le calme intérieur. Cependant, shamata permet d’apaiser momentanément les émotions perturbatrices, mais pas de les éradiquer. Il est donc indispensable d’avoir recours à la vision pénétrante pour reconnaître la nature fondamentale de la conscience, la façon dont les émotions surgissent et s’enchaînent, et comment nos fabrications mentales renforcent notre égocentrisme.

Vipashyana peut être pratiqué à différents niveaux, de différentes façons, et a différents aspects, dont notamment :

o Comment arriver à une compréhension plus juste de la réalité.
o Comment s’affranchir des tourments créés par les émotions perturbatrices.
o Comment démasquer l’importante de l’égo et comprendre l’influence exercée par ce concept sur notre souffrance et notre bien-être.
o Comment appréhender la nature fondamentale de l’esprit.

Cessons de nous identifier à nos émotions

Une manière de faire face à nos émotions perturbatrices consiste à nous dissocier mentalement de l’émotion qui nous afflige. Souvent, nous nous identifions complètement à nos émotions. Lorsque nous sommes pris d’un accès de colère, nous ne faisons qu’un avec elle. Or, l’esprit est capable d’examiner ce qui se passe en lui. Il suffit pour cela qu’il observe ses émotions comme nous le ferions pour un évènement extérieur se produisant devant nos yeux. Or, la part de notre esprit qui est consciente de la colère est simplement consciente : elle n’est pas en colère. La pleine conscience n’est pas affectée par l’émotion qu’elle observe.

Comprendre cela permet de prendre du recul, de se rendre compte que cette émotion n’a aucune substance, et de lui laisser l’espace suffisant pour qu’elle se dissolve par elle-même, ce qui permet d’éviter deux extrêmes très préjudiciables : réprimer l’émotion, ce qui la confine dans un coin sombre de notre esprit comme une bombe à retardement, et la laisser exploser, au détriment de ceux qui nous entoure et de notre paix intérieure.

Méditation : Imaginons que nous soyons submergés par une très forte colère. Il nous semble que nous n’avons pas d’autre choix que de nous laisser emporter. Impuissant, notre esprit retourne sans cesse vers l’objet qui a déclenché sa rage, comme du fer vers un aimant. Si quelqu’un nous a insulté, l’image de cette personne et ses paroles nous reviennent constamment à l’esprit. Et à chaque fois que nous y repensons, nous déclenchons une nouvelle flambée de ressentiment qui nourrit le cercle vicieux des pensées et des réactions à ces pensées.

Changeons alors de tactique. Détournons-nous de l’objet de notre colère et contemplons la colère elle-même. C’est un peu comme si l’on regardait un feu tout en cessant de l’alimenter avec du bois. Le feu, aussi violent soit-il, ne tardera pas à s’éteindre tout seul. De même, si nous posons simplement le regard de notre attention sur la colère, il est impossible qu’elle perdure d’elle-même. Toute émotion, aussi intense soit-elle, s’épuise et s’évanouit naturellement lorsque l’on cesse de l’alimenter.

Finalement, d’où vient cette colère ? Où est-elle maintenant ? Où disparaît-elle ? Tout ce que l’on peut affirmer, c’est qu’elle provient de notre esprit, y demeure quelques instants et s’y résorbe ensuite. L’esprit quant à lui est insaisissable, il ne constitue pas à une entité distincte et n’est rien d’autre qu’un flux d’expériences.

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Critique du livre :

Ce livre est une merveille. Clair et concis, court et pertinent à la fois, écrit dans un langage simple et accessible adapté à la mentalité Occidentale, bien loin de l’ésotérisme de certains ouvrages comme le Vijnana-Bhairava, et rendu le plus neutre possible d’un point de vue religieux malgré une coloration bouddhique bien naturelle étant donné le positionnement de l’auteur. J’ai à peine commencé à pratiquer la méditation, je ne peux donc vous parler encore des bénéfices – j’écrirai sans doute un article sur le sujet bientôt – mais ce livre en est une excellente introduction et un guide plaisant et pratique pour accompagner nos premiers pas.

Je découvre avec étonnement que de nombreux concepts liés au bouddhisme et à la méditation sont communs à de nombreux livres de développement personnel, comme la nécessité d’être proactif et acteur de sa vie et de sa destinée, la capacité qu’à l’esprit de choisir la réponse qu’il va donner aux contraintes extérieures, comme le théorise le psychologue Viktor Frankl, la nécessité de sans cesse s’améliorer pour parvenir à être un meilleur nous-même, l’efficacité beaucoup plus grande qu’il y a à changer et créer la structure plutôt que de régler les problèmes comme le développe The Path of Least Resistance, etc.

Ce livre m’ouvre néanmoins à un vaste univers totalement nouveau, que j’aborde avec beaucoup d’excitation et de plaisir, comme à chaque fois que je débarque sur un nouveau continent vierge 🙂 . La méditation me semble être une voie extrêmement intéressante à explorer pour devenir un meilleur moi-même, qui semble pouvoir entrer en totale synergie avec mes objectifs et ma vie, et a de plus de nombreux bénéfices prouvés par de multiples études scientifiques.

Le seul reproche que je pourrai lui adresser, c’est qu’il est difficile à résumer, non pas comme certains livres parce qu’il est dense et volumineux, mais parce que Matthieu Ricard écrit de manière tellement concise et précise que j’ai eu souvent du mal à faire autre chose que paraphraser ou reprendre certains passages tels quels pour résumer les concepts 🙂 . Je ne vous ai cependant livré qu’une petite partie de tous les points et méthodes de méditation qu’aborde l’auteur.

Je recommande donc ce livre à toutes les personnes désireuses d’explorer de manière plus approfondie la nature de leur esprit. Ce livre pourrait être la porte vers un nouvel univers à explorer pour beaucoup d’entre nous.

Points forts :

* Clair et concis
* Va droit à l’essentiel
* Le plus neutre possible d’un point de vue religieux – il conviendra donc à tout le monde, quelque soit sa religion ou sa non-religion
* Concepts, méthodes et notions abordées de manière simple et adaptée à la mentalité Occidentale
* Ouvre la porte d’une nouvelle manière de percevoir le monde et nous-même qui peut être extrêmement bénéfique
* Immédiatement applicable au quotidien sans matériel et investissement nécessaire
* Tous les bénéfices liés à la vente de ce livre sont reversés à l’association Karuna, qui gère de nombreux projets humanitaires

Points faibles :

* Je n’en vois pas – et honnêtement c’est rare 😉

Lire plus de commentaires sur L’art de la Méditation sur Amazon.

Ressources :

 

Olivier Roland.

Absolument d’accord. A mettre entre toutes les mains !

anti

Toutes les photos sont de Matthieu Ricard sauf la fleur de lotus, Dordogne, 2009.

21 Des réflexions sur “L’art de la méditation

  1. anti

    Alors toi ! Tu me surprends ! Je m’attendais à ce que tu réagisses sur la photo de Khenpo Konchok Tashi Rinpoché et non, tu penses à Mirouchkouillou ! Trop forte !

    anti

  2. sapotille

    Que Nenni (comme disait l’autre). C’est en me plongeant dans le regard de Lama Tashi et donc en réactualisant (pour moi) le vécu, Sa présence… L’expérience le cheminement de ré-actualisations successives qui s’en est suivi… après un moment de (…) aussi et un grand (TRÈS grand éclat de rire… que je n’ai plus été capable QUE de saluer Mirou. Et votre gentillesse. 😉
    Maintenant que je suis revenue… ben Il est vachement sympa, ce rimpotché, MDR.
    Saphoung femme intérieure;-)

  3. Anna Galore

    Je ne reviens pas sur le texte, habité d’une magnifique lumière. Par contre quelques mots sur les photos, renversantes de beauté (et la modestie d’Anti dût-elle en souffrir, j’y mets aussi celle de la fleur de lotus prise à Dhagpo). Les paysages pris par Matthieu Ricard sont tout simplement sur-naturels.

    Grande et douce émotion de revoir le visage au regard incroyablement profond de Khenpo Konchok Tashi Rinpoché… et magnifique souvenir que de l’avoir rencontré (ah, ces yeux à la fois pétillants et d’une douceur sans limite à la fois).

  4. valentine

    Formidable! Osez méditer. C’est un apprentissage long mais qui change la vie. Mathieu Ricard est un homme formidable mais personnellement je ne le trouve pas très accessible.

    En guise de livres de chevet, j’en ai 2 petits, faciles: « Le petit rien qui change tout » de Lama Yéshé Losal Rimpoché et « Méditation » de Sogyal Rimpoché.

  5. ramses

    Très belle note, qui mériterait sans doute de se retrouver « sous le projecteur », tant elle est une leçon de « mieux-vivre ».

    Comme Monsieur Jourdain, j’explore inconsciemment ces différentes voies d’accès à la Paix intérieure, qui re-conduit au bonheur… Car c’est un cheminement sans cesse recommencé de la pensée, qui permet de retrouver cet équilibre indispensable. Une sorte de « Flight level » propre à chacun, où l’on se sent bien. Ni trop haut, ni trop bas…

    Le malheur, voire le désespoir, tient souvent au fait que l’on se focalise sur une espérance inaccessible ou un bonheur perdu, en les affublant de vertus imaginaires… Souvent, en changeant l’angle d’observation et en attribuant une valeur plus réaliste aux paramètres, on se rend compte (ou on se persuade ?) que le bonheur est ailleurs…

  6. Anna Galore

    « Très belle note, qui mériterait sans doute de se retrouver « sous le projecteur », tant elle est une leçon de « mieux-vivre ».  »

    Excellente idée. C’est fait !

  7. anti

    « Les quelques interviews que j’ai vues et lues de Matthieu Ricard sont toujours extrêmement intéressantes »
    Pareil et pourtant, au début, j’avais du mal. Je ne sais pas pourquoi à vrai dire. Une sorte d’incompréhension sans doute, mais avec le temps…

    « et la modestie d’Anti dût-elle en souffrir, j’y mets aussi celle de la fleur de lotus prise à Dhagpo »

    Non, là tu peux. Celle-ci, je la trouve très belle aussi ;-))))

    Les photos sont tellement renversantes de beauté en effet, que j’ai ressorti « Himalaya Bouddhiste » de Matthieu Ricard et Danielle et Olivier Föllmi et « Un voyage immobile » de Matthieu Ricard pour ce soir.

    « En guise de livres de chevet, j’en ai 2 petits, faciles: « Le petit rien qui change tout » de Lama Yéshé Losal Rimpoché et « Méditation » de Sogyal Rimpoché. »

    M’étonne pas de toi Valentine 😉

    « Très belle note, qui mériterait sans doute de se retrouver « sous le projecteur », tant elle est une leçon de « mieux-vivre ». »
    lol si ont écoutait, on aurait une rubrique entière « sous le projecteur » ! C’est flatteur en même temps que tu apprécies autant 😉
    et c’est toujours intéressant de constater que quelque soit le chemin choisi, nous nous dirigeons tous vers le même but.

    anti

  8. verseau

    Cet article est super et me parle car je m’intéresse au sujet. J’aimerais envoyer cet article à des amis mais je trouve qu’il manque un lien pour partager sur Facebook…ne serait-il pas intéressant de mettre un logo facebook à la fin de chaque article?
    Cordialement

  9. anti

    Bonsoir verseau,

    Comme je le signale en début de note, cet article n’est pas de moi, mais provient de « Des livres pour changer la vie » (à parcourir !)

    Pour ce qui est d’intégrer un logo Facebook pour partager, je ne sais pas comment faire. Cela dit, lorsqu’il m’arrive de vouloir partager un des articles du blog là-bas, je copie-colle l’adresse URL de la page directement sur Facebook, et ça marche aussi bien (avec vignette) 😉

    Merci de votre passage,

    anti

  10. ramses

    Comme le souligne Anti, « quelque soit le chemin choisi, nous nous dirigeons tous vers le même but. »

    Choisir des « itinéraires de remplacement », comme sur un GPS, est une des clefs qui permettent de voyager plus confortablement… Et d’arriver plus sûrement au but…

    Préférer toujours « si ça ne passe pas ici, ça passera ailleurs » à « ça passe ou ça casse »…

    L’école de pilotage ou la randonnée en montagne sont d’excellentes leçons de vie.

    C’est ma façon de méditer (coucou, Valentine !)

  11. anti

    A écouter en ce moment sur le site de France Culture : émission « Le sens des Choses » du 31 juillet dernier avec Matthieu Ricard sur le deuil, la tristesse, le désespoir, la souffrance.

    http://publi.franceculture.com/player?p=reecoute-2466861#reecoute-2466861

    Matthieu RICARD, devenu moine bouddhiste en 1979, à l’âge de 33 ans, vit dans le monastère de Shéchèn, au Népal, et travaille dans la région himalayenne depuis 40 ans. Disciple de François Jacob, l’un des rares français à parler tibétain, Matthieu Ricard est l’interprète français du Dalaï Lama. Ecrivain, photographe, il est l’auteur de nombreux ouvrages dont le célèbre « Plaidoyer pour le bonheur » (Nil) ou encore « Le moine et le philosophe » (Nil) écrit à 4 mains, avec son père Jean-François Revel, des livres qui ont fait le tour du monde.

    Matthieu Ricard a passé environ 4 ans en retraite contemplative solitaire et depuis dix ans, participe activement à des travaux de recherche en neurosciences sur les effets de l’entraînement de l’esprit sur le cerveau.

    Il est le Fondateur de Karuna-Shéchèn, une association présente dans le monde entier qui oeuvre dans les domaines de l’éducation, de la santé, des services sociaux, et qui permet de fournir des soins aux personnes âgées – et d’apporter de l’aide aux plus démunis.

    anti

  12. Stéf

    Bien le boujour, depuis le temps que je cherche un guide, afin de pouvoir pratiquer la méditation !
    Merci !

  13. sampang

    Il y a peu on me certifiait encore que la méditation n avait qu un seul but : essayer d enfouir nos émotions et ainsi devenir encore un peu plus névrosé…
    Alors pourquoi est-ce que lorsque l on médite, d un seul coup on est pris d un gros chagrin ? bah c est que justement ce que l on avait essayer d enterrer, d oublier, de laisser pour compte comme quelque chose de banal ou de pas très important est là et que tout sort quand on s y attend le moins 😉
    Merci encore et encore pour cette note qui nous apprend à nous remettre sur les rails avec nous-mêmes ^^. On est tellement sujet à donner tant d importance à ce que les autres pensent de nous ou croient savoir sur nous. La note sur l estime de soi est à jumeler avec celle-ci ! 😉
    Merci de nous redonner cette confiance et cette plénitude, ce calme qui manque parfois dans nos vies en venant ici vous lire ^^
    Je vous nems toutes les deux ^^

  14. Anti Post author

    Pour info : Psychologie positive, méditation, altruisme

    http://www.matthieuricard.org/events/psychologie-positive-meditation-altruisme

    Le 26 avril 2016 de 09h00 à 17h00 – Palais des Papes, Avignon
    Journées d’Accords présente: « Psychologie positive, méditation, altruisme ». Une autre manière de soigner le corps et l’esprit.

    Matthieu Ricard: Osez l’altruisme!

    La journée avec Matthieu Ricard sera précédée par celle du 25 avril, au cours de laquelle interviendront Jean-Gérard Bloch: Santé mentale, méditation et neurosciences : quels apports pour soigner autrement ? ainsi que Fabrice Berna : la psychologie positive, troisième vague des thérapies cognitives et comportementales. (Programme encore sous réserves)

    Information et contact: http://www.journeesdaccords.com/colloque/programme

    Inscriptions: http://www.journeesdaccords.com/inscription

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