Ecrire une nouvelle et lire pour écrire

P8060042.JPGMaintenant que j’ai vraiment entamé l’écriture de mon recueil de nouvelles en en écrivant une deuxième, je réalise à quel point il s’agit d’un exercice différent que celui d’écrire un roman, ou même un chapitre.

En fait, je trouve cela tout à fait passionnant à faire. Raconter une histoire en dix à quinze feuillets, c’est vraiment très particulier. Il faut que tout soit dit dans un minimum de mots et pour autant, il ne faut rien laisser de côté ou traiter de façon superficielle. Cela impose certaines contraintes naturelles dans ce qu’il est possible ou non de raconter. Et, dans mon cas, cela induit une immédiateté dans l’écriture, une sorte d’urgence à aller au bout. Lorsque j’ai écrit mes romans, j’ai presque toujours pris tout mon temps, laissant s’écouler des jours ou des semaines entre un chapitre et le suivant, donnant toute sa place à la maturation des idées avant de les coucher sur le papier.

Là, aussi bien pour Oxana il y a quelques mois que pour Hasta siempre ce weekend, à partir du moment où j’ai commencé à écrire les premières phrases, il n’était plus question que je m’arrête avant la fin, en dehors de pauses indispensables pour reprendre un peu d’air, manger, dormir, parler, regarder le ciel mais le tout dans des limites temporelles très rapprochées.

En en parlant avec Anti, lors de l’une de ces pauses, je lui disais que cela me donnait envie de relire Histoires extraordinaires d’Edgar Poe, tellement son talent à raconter des choses riches et complexes dans un format aussi court m’époustoufle. La traduction magnifique de Baudelaire les magnifie d’autant plus. J’en dirais autant des nouvelles écrites par Anna Gavalda, que j’avais adoré lire également.

Je compte donc, avant de me lancer dans mon troisième petit conte, relire quelques-uns de ceux écrits par Poe, d’un regard certainement différent de celui que j’avais il y a des années, lorsque je les avait dévorés comme n’importe lequel de ses lecteurs.

En fait, je compare cela à écouter un morceau de musique soit comme un auditeur normal, soit en tant que musicien (et on peut le généraliser à toutes les formes d’expression). Mais pour revenir à mon sujet, qu’il s’agisse de romans ou de nouvelles, lire est la meilleure et la plus agréable des écoles pour écrire.

Très belle journée à vous

Photo : une rue de La Havane, où se situe l’intrigue de Hasta Siempre

5 Replies to “Ecrire une nouvelle et lire pour écrire”

  1. anti Post author

    « Hasta Siempre »

    Avis aux amateurs de curiosités ayant le câble, la chaîne 381 est la chaîne cubaine et c’est trop top de revoir La Havane comme décor de film et les docus de l’office de tourisme !!!

    Je sui ravie que tu aies enfin commencé ce 10ème livre (11 si on compte les Anna chroniques) !

    Le recueil de nouvelles est une forme de textes qui ne marche pas très bien en France comparativement aux pays anglo-saxon. C’est curieux, car c’est une invention française. L’article de Wiki est vachement intéressant :

    La Naissance du genre

    La nouvelle naît en France à la fin du Moyen Âge. Elle vient s’ajouter, et en partie se substituer, à une multitude des récits brefs : fabliaux, lais, dits, devis, exemple, contes, etc. Les nouvelles étaient d’abord de petites histoires anonymes distribuées gratuitement dans la rue, et qui se distinguaient en deux groupes : les « exemplums », qui étaient des récits religieux prêchant la morale et les dons à l’église, et les « canards », racontant des faits divers comme des vols, des tromperies, ou des meurtres. Ces derniers ont donné aujourd’hui le mot argotique désignant le journal, qui lui même rapporte des faits divers. Directement inspiré du Décaméron (1349-1353) de Boccace, le premier recueil de nouvelles françaises, anonyme, Les Cent Nouvelles nouvelles, est probablement paru entre 1462 et 1466[1].

    Mais c’est le XVIe siècle qui voit le véritable essor du genre. En 1558, avec L’Heptaméron, Marguerite de Navarre donne au genre ses premières lettres de noblesse : dans ce recueil inachevé de 72 récits[2], voisinant avec les récits licencieux hérités des fabliaux, on trouve des histoires plus graves, où l’anecdote laisse en partie la place à l’analyse psychologique.

    Les Premières évolutions

    Publiées en 1613 et traduites en français deux ans plus tard, les Nouvelles exemplaires de Miguel de Cervantes, l’auteur de Don Quichotte, connaissent un succès considérable et constituent pour longtemps la référence. Sous leur influence, le genre subit une évolution double, déterminée par ses relations avec le roman. Dans un premier temps, on voit la nouvelle se rapprocher de celui-ci par ses sujets et sa composition : ainsi, La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette est considérée, au moment de sa parution, comme une nouvelle. Les romans contemporains intègrent d’ailleurs souvent en leur sein des nouvelles, sous la forme de digressions à l’intérieur du récit principal, ou d’histoires racontées par des personnages à d’autres. Mais la nouvelle se distingue cependant des romans de l’époque, extrêmement longs et touffus, par son action plus resserrée. C’est cette conception qui, dans les dernières décennies du XVIIIe siècle, l’emporte finalement sur la nouvelle « petit roman », et qui se développe au cours du siècle suivant.

    L’essor du genre

    On s’accorde à considérer le XIXe siècle comme l’âge de l’essor de la nouvelle. Et d’Honoré de Balzac (Contes drolatiques) à Gustave Flaubert (Trois contes), de Victor Hugo (Claude Gueux) à Stendhal (Chroniques italiennes), d’Alfred de Musset à Barbey d’Aurevilly (Les Diaboliques), de George Sand (Nouvelles) à Zola (Contes à Ninon), il n’est guère de romancier d’importance qui n’ait écrit de nouvelles, et même de recueil de nouvelles. Certains, comme Prosper Mérimée, Jean de La Varende et surtout Guy de Maupassant, avec dix-huit recueils publiés de son vivant, se sont même spécialisés dans le genre.

    Si la nouvelle exploite alors en France surtout les deux veines apparemment opposées du réalisme et du fantastique, il n’est guère de thèmes qu’elle n’aborde, guère de tons qu’elle n’emprunte. Au reste, son prestige ne se limite pas à la France : en témoignent, entre autres, Hoffmann, Edgar Poe, Henry James, Herman Melville, Pouchkine, Gogol, Tchekhov, et bien d’autres. Il convient enfin de rappeler que c’est au cours du XIXe siècle que sont proposées les théories les plus élaborées du genre, d’abord en Allemagne (Goethe,qui fonde avec la Nouvelle le modèle du genre et Schlegel), puis aux États-Unis (Poe et James). Alphonse Allais, fondateur du rire moderne, introduit la folie dans ses nouvelles, comme Les templiers.

    Le XXe siècle a vu de nombreux écrivains choisir la forme courte. En France, Sartre, bien sûr, et son recueil Le Mur, mais aussi, parmi les contemporains, Georges-Olivier Châteaureynaud, Dominique Mainard, Hubert Haddad, pour n’en citer que quelques-uns, connus ou moins connus. Certains ont choisi de ne s’exprimer (presque) que par la nouvelle, parfois très courte : c’est le cas du belge Thomas Gunzig, de Georges Kolebka, d’Hervé Le Tellier et surtout d’Annie Saumont.

    Poétique de la nouvelle

    Une nouvelle possède plusieurs caractéristiques qui poussent à sa brièveté.

    * Contrairement au roman, elle est centrée sur un seul événement.
    * Les personnages sont peu nombreux et sont moins développés que dans le roman.
    * La fin est souvent inattendue, et prend la forme d’une « chute » parfois longue de quelques lignes seulement.

    Baudelaire, traducteur de Poe, a proposé cette analyse de la nouvelle :

    « Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. »

    — Notes nouvelles sur Edgar Poe

    * nouvelle réaliste
    * nouvelle fantastique

    Auteurs de nouvelles,etc. ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Nouvelle

  2. Anna Galore Post author

    Génial cet article ! L’évolution du genre est super intéressante. Quant à l’analyse qu’en fait Baudelaire, elle est d’une précision remarquable. Je suis particulièrement en phase avec ce qu’il dit sur la recherche d’efficacité maximale avec un minimum de mots. Pas de gras, tout doit servir, une règle que j’ai toujours mise en oeuvre dans tous mes romans.

    « Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début.  »

    Tou à fait d’accord, mon cher Charles ! C’est, du moins, ce que j’ai fait dans Hasta Siempre, dont la première phrase, très courte, joue exactement ce rôle.

    Intégrer des nouvelles dans des romans est aussi quelque chose quue j’ai pratiqué au début. Dans « Là où tu es », les chapitres intitulés « Mango Requiem » et « Trois voeux » étaient initialement des nouvelles. De même pour « Salomé pleure » dans « Les trois perles ».

  3. valentine Post author

    J’étais plutôt réfractaire à la « Nouvelle » optant, de préférence pour un bon gros pavé à lire le plus longtemps possible!

    Et puis, je me suis réconciliée avec les « Nouvelles » de Anna Gavalda, surtout « Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part ».

    Ce que j’aime dans la « Nouvelle » c’est justement ce concentré psychologique d’un personnage rapport à un temps donné de sa vie. C’est percutant et j’imagine fascinant et périlleux comme exercice de style.

    Exercice périlleux également pour moi que de télécharger un roman (« Les neuf soeurs » pour ne pas les citer!) d’imprimer les 144 pages (au diable l’avarice…) de m’installer le plus confortablement possible avec mon fatras de pages en évitant me m’emmêler les pinceaux entre celles déjà lues et les à venir. Vous n’imaginez pas la gymnastique…

    Mais je m’y fais et ma lecture avance …..me réjouis donc doublement de découvrir Hasta Siempre….!

  4. anti Post author

    J’aime la nouvelle en ce sens où, souvent occupée, voire très occupée, elle me permet de « vivre » une histoire entière sans être interrompue, sans avoir à quitter le nouvel univers que je viens de pénétrer. Quand je lis un roman, il faut que je le termine vite ! Alors quand il fait 631 pages comme Le Don de Qâ, ça ne me rend pas très dispo !

    Pour la lecture de roman imprimé, pour ma part je le reliais au travail, mais c’est faisable chez n’importe quel photocopieur, tu peux aussi le coudre 😉

    anti

  5. ramses Post author

    Un recueil de nouvelles permet d’interrompre la lecture après chacune d’elles, tandis que le roman doit être quasiment lu d’une traite, si l’on veut rester concentré. J’ai apprécié, pendant les vacances, de pouvoir lire la première trilogie « papier » en quelques jours. Pour la « relecture » des deux derniers romans, je n’ai éprouvé aucune difficulté à la faire directement sur l’écran, sans impression. L’écriture de nouvelles est sûrement un exercice plus difficile qu’un roman, puisqu’il faut à chaque fois inventer une histoire avec de nouveaux personnages. Il y faut cependant un fil conducteur… Voyons comment Anna se tirera de ce nouvel exercice, j’attends son opus avec impatience ! Je pense comme elle que l’on ne peut écrire sans avoir beaucoup lu soi-même.

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