Tjukurpa (4)

Pendant notre séjour en Bretagne cette semaine, je vous propose en mot d’accueil du matin « Tjukurpa », un petit conte initiatique, que j’ai découpé en plusieurs épisodes, un par jour.

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Tjukurpa

4e épisode

Haut dans le ciel, à la verticale parfaite de Kuniya, un 747 traça un trait blanc lumineux vers l’est, comme pour ajouter une piste de plus au dessus d’Uluru. En le suivant des yeux, Kuniya partit en rêve au-delà de l’horizon. Elle traversa un océan immense et atteignit une falaise qui surplombait le rivage, comme Uluru la surplombait. Sur le haut plateau désertique qui s’étendait au-delà, elle vit, gravée dans le sol pierreux, une large voie rectiligne terminer la piste initiée par l’avion.

Un homme était assis tout au bout. Il était vêtu d’un grand sarapé en laine de lama et coiffé d’un chapeau noir, rond comme une grosse mangue. Il portait autour du cou une lanière de cuir retenant un petit sac empli d’amulettes faites d’herbes, de bouts d’os et de poussière volcanique.

Kuniya sentit que le soleil était désormais dans son dos et non plus au zénith.

À près de quinze mille kilomètres d’Uluru, dans la plaine de Nazca au Pérou, le chaman s’assit comme chaque soir au bord de la route, à l’endroit où la plus longue des pistes mystérieuses gravées dans le sol s’élançait vers l’ouest. Et, comme chaque jour, il se demanda ce qui pouvait bien se trouver là-bas, au-delà de la falaise, de l’autre côté de l’océan.

Un sifflement retentit au-dessus de lui. Il leva la tête vers le ciel déjà sombre. Juste à la verticale, un urubu à tête rouge planait lentement en direction du soleil couchant, là où l’extrémité de la piste semblait se perdre.

Le chaman regarda le disque rougeoyant et crut y voir le visage envoûtant d’une femme à la peau sombre et aux yeux de serpent. Elle le fixait, avec curiosité et bienveillance. Un chant inconnu résonna dans l’air sec du haut plateau pendant que le soleil s’enfonçait sous la ligne de crête. Il eut la sensation qu’il reconnaissait cette musique et ce visage. Il sourit.

Il sentait le lien.

(à suivre…)

Illustration : Nazca (Wiki)

2 Replies to “Tjukurpa (4)”

  1. kathy dauthuille Post author

    ‘Il sentait le lien’ : quelle ouverture !
    Les mondes s’ouvrent et s’interfèrent.

    J’aime beaucoup cette nouvelle vue de Nazca. J’ai survolé les lignes il y a quelques années, très énigmatique tout cela.

  2. anti Post author

    Sourire… En lisant ce nouvel extrait, je pensais justement à toi Kathy et me disais que cela devrait te plaire 😉

    Les mondes s’interfèrent… Et comment !

    anti, un tiers fée R.

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