Interdépendance

874308237.JPGChacun de nous dépend de tous. Personne ne peut dire qu’il ne dépend de personne.

Tout commence dès notre conception : notre venue au monde est le résultat de la rencontre entre notre mère et notre père. Nous en dépendons.

L’endroit où nous vivons a été construit par d’autres. La nourriture que nous mangeons a été produite par d’autres. L’argent que nous recevons provient d’autres que nous. Les vêtements que nous portons ont été fabriqués par d’autres. Le travail que nous faisons est fait pour d’autres et avec d’autres.

Les livres ou les journaux que nous lisons ont été écrits par d’autres. Même si nous écrivons des livres, nous les écrivons par rapport à d’autres personnes et même si nous sommes journalistes, nous dépendons des évènements arrivés à d’autres.

Notre vie quotidienne est un entrelacs complexe de relations avec d’autres, depuis les commerçants chez qui nous faisons nos courses jusqu’à nos amis les plus proches ou, pour beaucoup d’entre nous, la personne que nous aimons. Elle dépend aussi des gens dont nous ignorons tout et que nous croisons – par exemple, si nous roulons, notre conduite est directement dépendante de celles des véhicules qui nous entourent.

Si nous avons des problèmes de santé, notre rétablissement dépendra des soins que nous recevrons de la part d’autres, qu’ils soient efficaces ou pas, qu’il s’agisse de médicaments conçus par d’autres et vendus par d’autres ou d’autres formes de thérapie dispensées par d’autres ou apprises d’autres. Si nous allons mieux ou moins bien, nous le devrons à d’autres.

Et, réciproquement, être conscient de tout ce que nous faisons pour d’autres, du geste le plus banal à l’altruisme le plus élevé conduit à l’estime de soi.

Même un homme seul en pleine nature ne pourra survivre que grâce aux plantes et aux animaux qu’il y trouvera.

Tout ce que nous vivons, nous le devons à d’autres.

Et, de proche en proche, cela signifie que tous les êtres humains et, plus généralement, toutes les formes de vie sont interdépendantes.

Dès lors, personne ne devrait se sentir supérieur ou inférieur à personne. Chacun de nous devrait être reconnaissant à tous pour ce qu’ils lui apportent. Chacun de nous devrait se sentir bien d’apporter quelque chose à d’autres. Chacun de nous devrait être heureux de croiser toutes les personnes qu’il croise.

Chacun de nous devrait évoluer, au fur et à mesure de cette prise de conscience, vers plus d’amour et de compassion, plus de patience et de compréhension, bref, plus de sagesse.

L’interdépendance ne repose sur aucune opinion, croyance ou foi. Il s’agit d’une constatation, d’un fait. Nul besoin d’avoir de sentiment religieux pour en percevoir la réalité, nul sens du sacré, nulle crainte d’un enfer, nul recours au divin ou à des forces surnaturelles. Rien de plus terre-à-terre, rien de plus naturel.

L’interdépendance est la notion la plus fondamentale qui caractérise la vie.

Hier soir, Jampa nous en a longuement parlé, l’interdépendance étant également la notion la plus fondamentale sur laquelle est bâti le bouddhisme. Nous étions une poignée à l’écouter, mais avec le sentiment d’être reliés à tous, partout autour de la Terre.

Très belle journée à tous

38 Replies to “Interdépendance”

  1. anti Post author

    Magnifiquement exprimé Anna. C’est marrant, hier soir, en me repassant le fil de la journée des commentaires lu sur le blog je me suis aperçue qu’il avait été beaucoup question de cette interdépendance dans les phrases des uns et des autres.

    J’ai été particulièrement touchée par son anecdote sur le riz basmati. Il explique.

    Le riz basmati tout le monde aime ça. Tout le monde dit : « Mmmm, que c’est bon. C’est délicieux. » Et moi, je n’ai jamais vu ou entendu quelqu’un exprimer un sentiment pour les personnes qui l’ont ramassé. J’ai grandi en Inde. Chaque fois que j’y retourne, je vois les gens travailler dans les rizières. C’est un travail pénible. Prendre conscience de l’interdépendance des êtres, c’est aussi avoir une pensée qui va jusqu’à remercier ces personnes qui ont ramassé le riz pour nous quand on mange ce riz. Là, commence la véritbale compassion.

    anti

  2. Neidine Post author

    Oui, c’est vrai aussi. Un sociologue éminent, Pierre BOURDIEU, parlait de « l’habitus », le social incorporé qui nous construit, nous fait grandir et nous aide à devenir ce que nous sommes. En y ajoutant l’héritage trans-générationel, il en résulte que nous sommes des êtres construits grâce à autrui mais qui ont une individualité (une personnalité intrinsèquement unique). Mieux que l’expression « d’inter-dépendance », je considère que l’expression « de liens inter-personnels » est plus juste.

  3. Adele Riner Post author

    Jolie sentiment pour souligner cette magnifique journée ensoleillée, et qui exprime bien l’aveuglement de certains.
    Tiens, je me tâte pour envoyer cette note à mes voisins chéris. 😉

  4. anti Post author

    Je pense que prendre conscience et accepter cette idée que nous dépendons tous les uns et des autres, de quelque manière que ce soit et qu’on le veuille ou non est effectivement le chemin le plus difficile à parcourir car pensé ainsi, l’Ego n’a plus cette place centrale qu’il aime à prendre.

    anti

  5. voiedoree Post author

    Tu es tout a fait au coeur de la réflexion Anti

    Comment faire pour ne pas se trouver dominé par l’ego ?

    D’abord le reconnaitre c’est à dire prendre conscience de son existence lorsque nous avons un comportement critique ou de jugement

    c’est la première étape

    c’est cette reconnaissance qui permet d’échapper à son emprise.

  6. LilieSlay Post author

    « D’abord le reconnaitre c’est à dire prendre conscience de son existence lorsque nous avons un comportement critique ou de jugement »

    situation à laquelle nous sommes tous confrontés un jour (et heureusement ! sans ça on n’avancerait pas). Reconnaître, l’existence de son « Ego » est primordiale, l’humilité fait avancer et la prise de recul aussi. A 100 % d’accord, Voie.

  7. voiedoree Post author

    d’accord Slay cependant…..

    Le fait de le débusquer et de le reconnaitre et comme tu dis le mettre en perspective ne signifie pas pour autant l’exclure de notre comportement (pas possible). Simplement le fait d’en prendre conscience débouche sur deux choses

    d’abord d’atténuer sa fonction dominatrice
    le remettre à sa juste place
    savoir que l’ego n’est pas soi, seulement une représentation mentale de notre physique dans cette dimension, d’ailleurs l’ego s’en va avec nous

    En sachant qu’il n’est pas soi on en déduit que les autres ne sont pas ce qu’ils représentent mais principalement leur ego

    Sauf dans des moments particuliers ou on communique avec l’esprit

    Mais ça fait plus de deux choses ça

    je m’égare je m’égare

  8. LilieSlay Post author

    Je crois comprendre. L’égo n’est qu’une illusion. On vit avec, il est là, mais nous devons prendre conscience qu’il n’est pas l’essence, juste une représentation.

    Donc, quand on juge ou quand on critique qq1, non seulement c’est notre « ego » qui juge, mais on juge aussi l’égo des autres. Donc, au final, tout ceci n’est qu’une illusion, un rapport faussé entre moi et l’autre. Comme si un voile nous aveuglait.

  9. voiedoree Post author

    Oui c’est exactement cela et en prendre conscience est le meilleur moyen de

    régler les problêmes de communication
    relativiser les propos tenus par l’autre et par soi-même dans certaines confrontations conflictuelles

    En pratiquant de cette façon on entre plus facilement dans la connaissance de son véritable moi et les leçons de vie en sont facilitées

  10. catherine Post author

    Très jolie note qui ouvre des perspectives infinies… Quand aux commentaires… Une mine de réflexions !!!

    Quand à cette notion d’ego… Merci Voie et LilieSlay pour cet échange !

  11. ramses Post author

    Très belle réflexion philosophique… Plus on avance dans la vie, plus l’ego passe au second plan (en général, mais il y a des exceptions…)

    J’écrivais chez Christina (« Le baluchon troué ») :

    « Notre vie est parsemée de rencontres fugitives, qui nous marqueront souvent pour la vie. Les bienfaits sont rarement rendus à ceux qui nous les ont prodigués, mais à d’autres, sous une autre forme. On mesure la réussite de sa propre vie à la « balance » de ces dons respectifs… Certains sont très débiteurs, ils paieront des agios, comme à la Banque… »

    Elle a répondu :

    « et la forme des agios est souvent surprenante… »

    Quand on abandonne la critique des autres et la confrontation(pour rassurer son ego), un grand pas est franchi.

    Anna, la sagesse est dans le pré…

  12. anti Post author

    Une vraie mine de pépites ces échanges de commentaires.
    Un régal que celui de vous lire mesdames et messieurs.

    Entre Voie et Slay, j’ai revu la scène finale de « Little Bouddha », la confrontation avec l’ego de Siddhartha. J’vais t’êt’ même le revoir ce soir tenez !

    anti

  13. Christina Post author

    Magnifique note joliment mise en valeur par les commentaires des uns et des autres ! L’interaction entre lesdits commentaires illustre d’ailleurs cette interdépendance…
    Mais j’irai au-delà de la notion d’interdépendance. Je perçois plus les autres ainsi que notre environnement comme une prolongation de soi-même. Et par conséquent (et c’est là où cela devient vraiment savoureux), je ne suis que la prolongation des autres. Autrement dit, nous ne sommes qu’un, mais avec une vision limité de notre unicité. C’est comme si chaque cellule de notre corps croyait être indépendante et autonome. Alors qu’elle fait partie d’un être plus grand et plus conscient. Et bien nous sommes nous-mêmes de grosses cellules d’un être plus conscient. Cela signifie que l’autre, l’individu que nous rencontrons, est plus que notre frère ou notre soeur : il est nous-mêmes. Il est une partie de nous.
    Donc interdépendance, oui ! Pleinement ! Mais regardons au-delà du mur de notre étroitesse d’esprit : nous sommes un, matières vivantes et inertes toutes confondues. D’où les impacts de la moindre de nos pensées et du moindre de nos geste sur autrui et sur notre environnement… et sur nous-mêmes !
    Nos vies basées sur nos égo ne sont que des mirages ou des rêves. A chacun et à tous de s’éveiller pour comprendre l’indicible.

  14. ramses Post author

    Christina,
    Prendre concience de son ego est nécessaire (voir « L’estime de soi », « Sous le projecteur »)… Ce qu’il faut ensuite éviter, c’est l’égocentrisme, qui est un repli sur soi et une fermeture aux autres. Ta vision de l’interdépendance rejoint celle de Dieu, mais il faut se garder de se prendre pour Dieu… Cela peut conduire à l’égocentrisme absolu, souvent né de l’ivresse du pouvoir… Suivez mon regard !

  15. Apostille Post author

    Un sage et savoureux conseil d’un maître Chan:

    « Au jeu de l’ego, vous n’êtes pas forcément le plus fort… »

    ;-))

  16. Christina Post author

    @ ramses : comme disait Brel, « Dieu, c’est les hommes ». Il n’y a aucun parjure, aucun égocentrisme, aucune soif de puissance. Juste admettre le merveilleux. Ceux qui sont gagnés par l’ivresse du pouvoir n’ont rien compris et restent à côté de la plaque. Ce n’est pas grave. Ils n’ont juste pas compris. La démarche est intérieure et la persistance d’un égo trop développé indique juste la fausseté du raisonnement. Après, chacun le vit comme il le sent, comme il le veut, comme il le peut. Nul de détient la vérité. Chacun peut juste espérer toucher SA vérité. Le tout est d’être honnête envers soi-même et de tendre vers le bonheur et la plénitude.

  17. ramses Post author

    Apostille, mdrrrr !!

    Christina, tu as déja compris à 20 ans ce que certains à 60 n’imaginent même pas… Par contre, je ne partage pas cette affirmation de Brel « Dieu, c’est les hommes ». Pour moi, Dieu, c’est Dieu.

  18. sapo Post author

    Et tu te rends compte, si Dieu il dit un jour.. « Je vais faire les hommes à mon image »…forcément, Brel, il y verra que du feu!!
    Bon perso Brel, il me f.. les jetons avec ses idées sur les femmes, (c’était une autre époque c’est vrai..) alors ses idées sur Dieu.. hum.. mais bon c’est pas une Brelle quand même m’enfin..
    Je l’adore complètement quand il chante… ait. Me manque.. Brel..

  19. Anna Galore Post author

    Je ne connais pas assez Brel pour savoir ce qu’il a vraiment voulu dire ce jour-là (très loin de là) mais en tout cas, sa phrase n’est pas fondamentalement différente de ce que diraient les bouddhistes 😉

  20. anti Post author

    Sapo, t’es excellente dans ton genre.

    Beaucoup pensé à toi Christina, en visionnant « 21 grammes » hier soir. Le prénom, la détresse, le physique même et cette quête de sens malgré tout.

    anti

  21. sapo Post author

    C’est toujours le problème des phrases sorties du contexte.. parceque des mots comme art, dieu ou même hommes , on en a tous une définition tellement perso.. (ah! les belles empoignades à propos de l’art sur les forums!) faudrait faire comme les philosophes, passer tellement de temps à définir les limites du sens de chaque concept employé avant de les utiliser..etc.. Sinon oui, les bouddhistes voeint les choses comme çà (à priori si j’ai compris?), mais beaucoup de Chrétiens aussi (y’a pas que les fannas du toutPape..a. ;-), ainsi que des musulmans (soufis, il est vrai) les juifs, je ne sais…je ne connais que certains écrits qui parlent plus de rapports entre des forces en présence et pas réellement les dogmes ou croyances..

  22. voiedoree Post author

    Dieu n’est pas seulement présent dans chaque être humain mais également chaque animal, végétal, minéral les pensées, les planètes, l’univers.

    Le concept de Dieu est difficile à intégrer tant qu’on n’a pas perçu le fait que tout est vibration, tout est énergie vibratoire….

  23. Catherine Post author

    Je relis cette note aujourd’hui avec un autre regard qu’il y a quelques mois !!! Comme si je la percevais de manière plus profonde… J’arrive pas à dire mais… Vous aurez compris ?

    Un vrai plaisir et la note, et les commentaires ! Un régal !

  24. Anna Galore Post author

    Je viens également de tout relire et j’ai, comme toi, une sensation difficile à décrire… mais jubilatoire, ça c’est sûr !

    Le fait d’avancer, pas après pas, tout au long du chemin ?

  25. Catherine Post author

    Il y a le fait que parfois, j’ai l’impression de ne rien comprendre à rien ! Et là, c’est un peu le trou noir ! Et puis, va savoir pourquoi… La maturation, une recherche, une lecture ou une expérience ? Mais, une lueur arrive et alors là ! Ca fait du bien de retrouver un peu de lumière !

    C’est ça que tu appelles avancer ?

    Sur cette note en particulier, j’ai aussi le sentiment que les réflexions sont très profondes et que chacun y a mis beaucoup de soi. Elle donne un sentiment de sérénité, d’échange qui lui donne toute sa saveur !

    Anna ? Tu viens de déchirer un voile ! Ah ! je t’embrasse, tiens !

  26. ramses Post author

    Je viens aussi de relire entièrement cette note et les commentaires. Tu as bien fait de la placer « sous le projecteur », c’était un bel échange. Christina et Voiedorée ont disparu de ce blog, dommage…

  27. Sampang

    Lê Huu Tho disait :  » Quand tu manges le fruit n oublie pas celui qui a planté l arbre » .
    Xuyen mon ami de Saintes, m a appris cela vers l âge de 16 ans. Avoir toujours une pensée quand tu achètes quelque chose, que ce soit un vêtement, une tasse à café ou quand tu épluches un légume, pour celui qui a fait que toi tu puisses un jour l avoir.
    Un de mes beaux pères me disait quand il me voyait éplucher un légume :  » PutinG tu ne gaspilles rien toi ! ». Et je lui répondais immanquablement :  » ça n est pas cela… C est juste utiliser sa totalité. Il n a pas poussé au trois quart… et pour lui et celui qui l a fait grandir, j ai une pensée ». Ses grands yeux bleus devenaient ronds… bah tiens il connaissait bien le Freeze lui aussi dans ces coups d’temps là mdr !
    Mes écrits reflètent le basique des choses et pourtant je suis d accord avec ce que vous tous avez exprimé plus haut il y a quelques années. Je ressens les choses plus que je n arrive à les mettre en mots ^^.

  28. anti

    Mdrrr Sampang en te lisant. Tu as une manière de raconter très descriptive, on s’y croirait. Quant à ce qui a trait au gaspillage, no comment…

    Lê Huu Tho disait : « Quand tu manges le fruit n’oublie pas celui qui a planté l’arbre. »

    Très belle manière de dire les choses 😉 Merci madame avec plaisir et tout.

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