Pollock et le Chamanisme

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Une amie vient de me faire part d’une exposition qui se tient à la Pinacothèque de Paris jusqu’au 15 février prochain :

Jackson Pollock et le chamanisme.

Petite présentation de l’exposition en vidéo, un entretien avec M. Marc Restellini, Directeur de la Pinacothèque de Paris.

Voici ce qu’on peut lire sur le site du musée :

Jackson Pollock et le chamanisme. Une relecture inédite de l’oeuvre de Jackson Pollock

281275084.jpg A partir du 15 octobre 2008, la Pinacothèque de Paris présente, pour la première fois à Paris depuis 26 ans, un ensemble exceptionnel d’oeuvres du peintre expressionniste abstrait Jackson Pollock inspiré par le chamanisme amérindien.

Grâce à cette lecture inédite, véritable découverte du mode opératoire de l’artiste, nous vous proposons d’éclairer et de comprendre le processus de transformation spirituelle chamanique que Pollock avait fait sien.

La fascination éprouvée par Pollock pour l’art amérindien et ses rituels, ainsi que leur influence sur son travail n’ont jamais été véritablement étudiées.

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Jackson Pollock, Composition With Oval Forms, c 1934-1938, Collection José Mestre (c) ADAGP Paris 2008

L’exposition se penche sur cette question essentielle. Elle montre l’idée que Pollock se faisait de l’inconscient comme illustration des rituels indiens et du chamanisme. Avec des dessins et tableaux importants puisés dans son travail abstrait et semi abstrait, elle sera la première à illustrer ses images et ses formes en les comparant à l’imagination chamanique, dont on ne connaît pas grand-chose, tout en admettant son existence.

L’article de Roger Pierre Turine de la libre. be est particluièrement intéressant :

La Pinacothèque de Paris propose un regard inédit sur l’art du peintre américain. Avec le chamanisme, c’est l’attrait du peintre pour les arts premiers.

De Jackson Pollock (1912-1956), on connaît surtout, sinon essentiellement, ses peintures monumentales corsées du fameux « dripping », ou l’art de projeter de haut, par jets répétés, la couleur sur une toile posée à même le sol. Un art de cibler ses envois avec une précision n’empêchant point les accidents créatifs.

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Les toiles les plus connues de Pollock sont frappées de cette énergie qui enchevêtre les lignes et les points pour nous composer des fresques informelles puissantes et uniques en leur genre dans l’histoire de l’art.

Mais Pollock, à ses débuts, n’était point encore ce créateur abstrait soucieux d’enclencher l’art sur de nouvelles voies. Figuratif, il en appela aux références sociales, historiques et cultuelles.

Il y a quelques années, nous avions ainsi assisté, à Düsseldorf, à une confrontation éclairante entre les travaux de Siqueiros, le muraliste mexicain, et de Pollock, qui fut un temps à son école.

Aujourd’hui, en établissant un lien entre Pollock et le chamanisme, le commissaire Marc Restelli table sur une nouvelle donne. L’attrait de l’Américain pour les arts premiers, à l’instar d’un Gauguin, d’un Modigliani, d’un Picasso et de tant d’autres avant lui. Captivé par les arts amérindiens, et ses relations avec Siqueiros y auront peut-être contribué, Pollock avoua son attirance pour un chamanisme porteur de valeurs insoupçonnées par le commun des mortels.

Un peu comme Mondrian s’intéressa de près à la théosophie, en des temps également troublés, ceux de la Première Guerre mondiale, Pollock s’approcha des chamans par réaction aux conflits destructeurs des années trente et quarante. L’objet de l’expo.

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Birth (détail), 1941, Jackson Pollock, © Tate Gallery

Les voies de l’inconscient

Concept des portails mystiques débouchant sur des univers sensoriels et conférences de Jung sur l’inconscient l’habiteront durant les conflits. Et, de ses contacts avec certains surréalistes, le Français André Masson notamment, dont plusieurs tableaux sont mis en relation avec des études de Pollock, surgiront des toiles, aux formats encore réduits, chargées de références chamaniques par rejet d’une société déshumanisante.

Pour l’artiste, les sociétés primitives incarnaient un passé exemplaire. Composée par sections – Pollock et le chamanisme, Pollock et le primitivisme, les surréalistes (Miro et Masson), Pollock et la renaissance de l’homme, la chaleur mystique, l’homme et l’animal, l’homme et la femme, les pictogrammes, l’abstraction – l’exposition se déroule comme une initiation à un art d’essence spirituelle, fruit d’une pensée penétrée de symbolismes.

Et l’on y découvre, attrait incontestable pour une meilleure vision panoramique d’une œuvre aux conclusions indissociables du grand art de l’après-guerre, le parcours d’un homme à travers sa quête sacrée.

Un très beau compte rendu de visite est à lire sur le site de Détours des mondes qui est d’une richesse !!! Arts d’Afrique… Arts lointains, Peuples du Monde. Avis aux amateurs.

On trouve sur le net, un extrait du film américain Pollock réalisé par Ed Harris en 2000.

Enfin, on peut même s’amuser à faire du Pollock : Je suis aussi un/une artiste non mais !

anti, chattegirl

20 Replies to “Pollock et le Chamanisme”

  1. Anna Galore

    J’ignorais totalement ces oeuvres de Pollock – j’ignore beaucoup de choses et c’est tant mieux, j’en découvre en permanence comme ça !

    Je ne connaissais de lui que la phase « dripping ».

    Quelle beauté dans ces tableaux chamaniques ! Les couleurs sont magnifiques et le graphisme me parle. J’aime particulièrement le tableau juste au dessus de la photo de Pollock en train de faire du dripping, une merveille.

  2. Anna Galore

    Anti vient de me faire cliquer sur le lien « Détours des mondes » à la fin de sa note. Waow… Incroyablement riche…

    Faites-le !!!!!!!!!!!!!

    Il y a des gens vraiment admirables dans le travail qu’ils font et tout ce qu’ils donnent.

  3. ramses

    Merci de m’avoir fait découvrir cet artiste, que je ne connaissais pas.

    L’extrait du film est de toute beauté. Ce recueillement devant l’immense toile blanche est saisissant. Puis, tout va très vite, chaque cm2 est méthodiquement recouvert de peinture, pour donner un ensemble harmonieux au final… L’artiste doit être exténué, à la fin.

    J’ai essayé d’en faire autant, grâce au lien « Moi aussi je peux faire du Pollock ». Dès qu’on lâche le clic gauche, une autre couleur apparaît… Hélas, le résultat final n’était pas comparable au travail de l’artiste… Encore des progrès à faire (et une bonne dose de « folie » en plus !)

    Passez une bonne soirée !

  4. sapotille

    « L’extrait du film est de toute beauté. Ce recueillement devant l’immense toile blanche est saisissant.  »

    Oui Ramses… Tellement d’accord avec toi!
    Il « Entre en Peinture » concrètement comme on entre dans l’espace du rêve.. Cette toile de rêve…immense comme le monde

    (Sam francis également, restait ainsi longuement avant de franchir le seuil de ses toiles..et ils ne sont pas les seuls)

    Cependant, le reste du film ne montre que l’aspect sombre de cet artiste, qui , confronté à la vie de ses contemporains n’arrive plus à lier sa vie intérieure au monde extérieur, famille, monde de l’art..etc. et finit par en devenir fou.. par sortir de l’humain… les pratiques d’art se fondant sur une expression directe des pulsions inconscientes telles l’écriture automatique etc.. peuvent se montrer dangereuses, car l’énergie développée ne plie ni ne casse, elle passe à travers nous et nous n’en sommes pas le maître, mieux vaut rester prudent et garder touours un contact concret avec nos proches.. j’ai l’air radotante, bien sur, mais c’est vrai, les pratiques chamaniques ne peuvent se concevoir que totalement encloses dans une communauté qui reprend et élabore les rêves propres à chacun dans le grand rêve de la communauté, puis de l’univers. Un humain isolé ne vaut rien dans ces contrées là… Et Pollock s’est retrouvé isolé.. comme Dali par exemple… même shéma…

    Pourtant ils sont si essentiels..

    Le résumé du film de Ed Harris (donné sur « comme au cinéma ») montre bien cette opacité du monde contemporain:

    À la fin des années 1940, l’un des principaux représentants de l’expressionnisme abstrait, Jackson Pollock (1912-1956) est évoqué dans le Life magazine par la question : « Pollock est-il le plus grand peintre vivant? »
    Retour en 1941 : il vit avec son frère dans un appartement minuscule à New York, boit beaucoup et présente quelques toiles occasionnellement, dans les expositions de groupe. Il rencontre alors l’artiste Lee Krasner, qui met sa carrière entre parenthèses pour être son amie, sa femme, son espoir. Afin de le tenir loin de la boisson, l’insécurité et le stress de vie urbaine, ils se déplacent à Hamptons où la nature et la modération aident Jackson Pollock à performer son style : cette renaissance suscite l’intérêt des critiques qui semblent partagées…

    L’inadéquation entre le rêve perso et le rêve du milieu environnant peut nous être fatal..

  5. sapotille

    Génial super le lien par lequel on devient une…
    allez..tendance Miro!
    (vais filer ce lien aux taggueurs du lundi ;-)))
    Sapomiraude

  6. anti

    Très intéressant tout ça ! Contente de vous avoir aiguillés vers le site de « création » à la Pollock 😉

    En voyant l’extrait du film, je me suis rendue compte de la taille de la toile !!! Tellement impressionnante ! On pourrait y entrer. N’y entre-t-on pas d’ailleurs ?

    anti

  7. ramses

    « Entrer dans la toile » ?

    Pour moi, pas à la manière de Pollock, qui semble opérer un transfert de son « moi » intérieur, en ré-emprisonnant ses pensées dans une autre dimension…

    Trop d’introspection peut tuer la relation aux autres, comme le souligne justement apostille.

    Très beau billet, en tous cas, qui donne à réfléchir…

  8. anti

    Merci ramses.

    « Entrer dans la toile » ?
    Oui, en le voyant debout à côté de « Birth » j’ai eu cette sensation de rentrer dans la toile, qu’il était dans sa naissance, une sorte de volonté ou de désir de retour à la matrice originelle.

    Je vais aller lire ça plus tard, pour étayer -peut-être- mon propos :

    http://www.revue-analyses.org/document.php?id=1281

    « Trop d’introspection peut tuer la relation aux autres, comme le souligne justement apostille. »

    Apostille ? Ca lui va bien notez 😉

    C’est bien là toute la difficulté de chaque démarche individuelle entreprise. Pfff ! Encore et toujours la voie du milieu.

    anti

  9. ramses

    Pardon, sapotille, d’avoir transformé involontairement votre pseudo en « apostille »…

    @ anti

    La voie du milieu est celle qui génère le moins d’accidents…

    J’ai lu le lien cité. « La nostalgie des origines » au travers du « Procès verbal » de J.M. Le Clezio… Dur, dur !

  10. sapotille

    Ramses j’allais justement demander aux honables vecteurs de ce Blog de modifier mon label.. c’est bien plus juste sur un blog « Apostille » et c’est un si joli mot… alors vous pardonner.. et bien mon cher!!! Jaaaaaaaamaaais!
    😉

    je n’ai pas encore lu le lien et aujourd’hui n’en aurai pas le temps.. mais ce n’est que partie remise..

  11. Anna Galore

    Ah ben voilà qu’on est des vecteurs maintenant… Quelle flêche, celle-là !

    Anna, vecteurs et lecteurs associés

    PS: Apostille, c’est vraiment très mimi, en effet.

  12. antiDion

    « La voie du milieu est celle qui génère le moins d’accidents… »

    C’est ce qui se dit en Bretagne, par les nuits sans lune, quand on rentre de soirée un pu trop arrosée ou par nuit de brouillard : suis la ligne du milieu, c’est celle qui génère le moins d’accident ! » Et c’est vrai !

    « J’ai lu le lien cité. « La nostalgie des origines » au travers du « Procès verbal » de J.M. Le Clezio… Dur, dur ! »

    Je viens de le lire. Dur dans les propos ou dur dans la manière d’écrire ? Ou les deux ?

    « une expérience d’écriture excavatrice au parcours mythique qui tente de donner sens à l’aventure de vivre. »

    C’est ce que je sens dans la peinture de Pollock, en fait, dans quasiment toutes les expériences artistiques, voire dans tous nos actes : donner du sens à la vie.

    Il y a des passages qui me parlent bien et que j’extrapole volontiers à d’autres que Le Clézio :

    « Car, si « Le Clézio rêve de plénitude et souhaite se fondre dans le monde[, l]a création littéraire devient alors le moyen privilégié de pallier cette déficience cosmique » (Favre, p. 167). »

    « Deux figures paradoxales, un chiasme qui résorbe les contraires dans la fusion symbolique des antagonismes, processus qui est le propre du récit mythique.
    L’imagination travaille ainsi la matière du langage pour éliminer les oppositions et retrouver l’unité (la coincidentia oppositorum des alchimistes) indistincte à la base du développement originaire du fœtus humain dans l’ordre biologique et qui trouve écho dans l’ordre psycho-symbolique : « C’est en ce sens que l’inconscient, dans ses formes les plus primitives, est hermaphrodite », nous rappelle Bachelard »

    « Ce qu’on vit, ce qu’on écrit, c’est contre sa mère », écrira plus tard Le Clézio dans L’Extase matérielle (p. 189); contre et « tout contre », pourrions-nous ajouter.

    « celui-là s’emploiera dans la suite de son œuvre à remonter le temps par l’intermédiaire d’une imagination nourrie aux récits des générations passées pour se donner une identité grâce à l’écriture. C’est en remontant le cours du temps et des générations que Le Clézio s’adonnera à une véritable archéologie de la mémoire qui le conduira à creuser, non seulement ses propres souvenirs, mais aussi ceux de ses ancêtres, de ceux et celles qui l’ont précédé. Désert (1980), Le Chercheur d’or (1985), Onitsha (1991), Étoile errante (1992), Révolutions (2003), L’Africain (2004), Ritournelle de la faim (2008) entre autres, sont imprégnés de ces récits multiples et entrelacés qui donnent naissance et consistance à son écriture; autant d’exhumations de la mémoire ancestrale grâce à laquelle se construit progressivement, et comme en un seul texte, le récit identitaire de l’écrivain qui poursuit inlassablement sa mise au monde. »

    Quand on parle d’un tableau qui s’intitule « Birth », c’est pas mal.

    anti, mon mèèèri René Sens.

  13. sapotille

    Loool!
    Quand je pense que j’ai cherché un quart d’heure (à minima) hier soir cette note pour vérifier que le lien ne s’y trouvait pas déjà.. MDRRRRRRR
    (suis tro trô nulle)

  14. ramses

    J’ai relu avec plaisir cette note et les commentaires. Je venais d’arriver sur le blog et avais transformé involontairement sapotille en apostille… (terme juridique pour valider l’exequatur d’un jugement rendu à l’étranger).

    Sapotille, tu avais écrit quelque chose de très juste, que je partage entièrement :

    « L’inadéquation entre le rêve perso et le rêve du milieu environnant peut nous être fatal. »

    L’inverse est vrai aussi… Trop de lucidité nuit…

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