Dépénaliser l’outrage

Ronron m’a indiqué l’article qui suit dans Rue89. C’est bien volontiers que je le reproduis ici.

Dépénaliser l’outrage : après les articles et le collectif, la pétition

Par J.J. Reboux, outrageur de poulets | 17/12/2008 | 13H45

Comme la plupart des colères citoyennes, le Collectif pour une dépénalisation du délit d’outrage (Codedo) est né dans la rue. Et c’est une suite de rencontres. Des mauvaises. Et des belles. D’abord, il y a ce flic qui me balance à l’oreille, matraque dans les côtes, alors que je suis menotté aux chevilles et aux poignets, en partance pour un riant commissariat après une arrestation arbitraire: « T’as de la chance qu’il soit pas président! »

La scène se passe avenue de Clichy, à Paris, en juillet 2006. Un an et demi plus tard, après un marathon judiciaire éprouvant, des retrouvailles touchantes avec ce policier dans les bureaux de l’IGS, la menace a été mise à exécution.

Plus de 30 000 personnes poursuivies pour outrage en 2007

« Il » est devenu président. Comme des millions de citoyens abattus par l’avènement, j’arpente une autre rue, née de cette misère de la démocratie: la Rue89. C’est là, en février 2008, que je fais la connaissance de Romain Dunand, militant RESF condamné à 800 euros d’amende pour avoir, dans un courriel adressé à Claude Guéant place Beauvau, comparé les expulsions des sans-papiers aux années Vichy.

Comme moi, Romain fait partie des 31 731 personnes poursuivies pour outrage en 2007:

– Comme Patrick, poursuivi pour avoir tenté de dialoguer avec des CRS à Avignon.
– Comme Serge, poursuivi pour avoir dit merde à un gendarme qui faisait ses courses en civil à Pontoise.
– Comme Isabelle, poursuivie pour s’être rebellée contre une arnaque de la SNCF à Lyon.
– Comme Maria, poursuivie pour avoir dit à un sous-préfet: « Votre république n’aurait pas plu à Guy Môquet. »
– Comme Jean-Claude, poursuivi pour avoir empêché des CRS héliportés d’arrêter des Afghans affamés à Calais.
– Comme Simone, poursuivie pour avoir osé une comparaison entre le printemps Hortefeux et le printemps maréchaliste.
– Comme Eunice, poursuivie pour avoir résisté à six molosses en uniforme alors qu’elle emmenait sa mère chez le coiffeur.
– Comme tous ces jeunes de banlieue victimes de contrôles de faciès.
– Comme tous ces citoyens délestés de leur liberté par des cow-boys irascibles en uniforme.

Mais revenons à Romain. Ensemble, alors que nous ne sommes pas des juristes, mais juste des citoyens épris de justice, nous nous plongeons dans le code pénal. Et nous écrivons une lettre à la garde des Sceaux.

Pour lui dire, au nom de tous ces gens poursuivis chaque année par des policiers violents, des gendarmes mal lunés, des préfets pas trop tarabustés par la conscience: madame Dati, l’outrage est un délit d’un autre âge, ça suffit, dépénalisez!

Entre-temps, ô surprise, les médias s’intéressent à nous. Le Monde, Libération, l’Obs, l’Humanité, Témoignage chrétien, Le Parisien, tant d’autres… Adam Sage, correspondant du Times à Paris, se fend d’une page (reprise dans Courrier Internationnal) sur l’outrage, ce délit « à la française », objet de toutes les dérives, de toutes les absurdités, de toutes les saloperies, aussi.

Il faut le dire haut et fort: il y a des gens dont la vie a été brisée à cause d’une simple histoire d’outrage. Ça commence par un outrage, et puis… Et c’est un riverain de la Rue89 (William Tell) qui posera la bonne question: « Il faudrait créer un collectif pour dépénaliser le délit d’outrage! »

Quand « Casse toi pov’con » monte à bord

Au procès de Maria Vuillet, c’est fait. Le Codedo est né. Hervé Eon nous rejoint. Eon, vous savez? Ce Mayennais condamné à 30 euros d’amende avec sursis par des magistrats peureux, pour avoir brandi sa pancarte plagiant le minable « Casse-toi pov’con! » du Président (eh oui, encore lui)

Là, on n’est plus dans le registre de l’outrage, mais dans celui de l’offense. Autrement dit, le crime de lèse-majesté. Dont nous demandons, tout comme le délit d’outrage, qu’il soit chassé du code pénal. Avec le soutien de Jean-Luc Mélenchon, premier parlementaire sensible à notre lutte contre ce morceau d’arbitraire qui n’est que la partie visible de l’iceberg écrasant la France rancie du nouvel ordre libéral sarkozien.

Nous espérons que vous serez nombreux à signer notre pétition, à la faire connaître… Et ne croyez surtout pas que les pétitions ne servent à rien. Comme dit Chomsky, « le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changements ». CQFD.

Le Codedo vous donne rendez-vous le 23 février 2009 pour une grande journée nationale contre le délit d’outrage, et aussi, et surtout, contre les violences policières, ce cancer de la société française.

La pétition pour la dépénalisation du délit d’outrage

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