Ayo aux arènes de Nîmes

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Festival aux Arènes de Nîmes donc, la suite avec le concert de Ayo, gracile, sublime, à la voix enchanteresse.

Après le spectacle donné par Raphael Saadiq, spectacle auquel elle a assisté dans les arènes, une musique s’est élevée, une voix nous a élevé…

Petit retour sur cette jeune femme (née le 14 septembre 1980) que la vie n’a pas épargnée.

Née en Allemagne, enfant du métissage, Ayo (de son vrai nom Joy Olasunmibo Ogunmakin) est très tôt sensibilisée aux questions de l’Autre et de la différence. Son père nigérian, DJ à ses heures perdues, possède une importante collection de vinyles et l’initie à la musique. Elle est ainsi bercée par Pink Floyd, Fela Kuti ou Bob Marley.

A l’âge de six ans, elle assiste impuissante à la déchéance d’une mère tzigane roumaine sombrant dans la drogue. C’est aussi à cette époque qu’elle s’intéresse au violon, comme une sorte d’exutoire, avant d’abandonner cet instrument pour le piano, et enfin la guitare.

Déjà, elle commence à composer. C’est d’ailleurs à l’adolescence qu’elle écrit le titre ‘Neva Been‘, qui paraît ensuite sur son premier album.

En 2001, à l’occasion d’un séjour dans sa famille à Londres, elle se découvre un réel besoin de voyager. Elle qui avait déjà visité le Nigeria de ses origines durant son enfance débute des allers-retours incessants entre Paris et New York et trouve dans le pluralisme de la Grosse Pomme un style de vie qui lui convient.

Faisant une pause dans sa carrière le temps de s’occuper de son petit garçon Nile, la jeune femme ne peut néanmoins prolonger son congé maternité car, et un peu malgré elle, le phénomène Ayo a commencé.

Composant et enregistrant en cinq jours les douze titres qui composent ‘Joyful‘, qui sera un succès commercial et critique énorme. Elle récidive en 2008 avec Gravity at last. (Source Evène)

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Attraction musicale

Avec plus de 450.000 copies vendues dans l’Hexagone et deux nominations aux Victoires de la musique, l’album ‘Joyful’ et son single ‘Down on my Knees’ ont propulsé Ayo sur le devant de la scène. Deux ans après le succès de ce premier opus, l’artiste revient avec un disque enlevé et diversifié. Rencontre avec l’heureuse auteur d’un ‘Gravity at Last’ très réussi.

Belle et talentueuse, c’est déjà pas mal pour une seule femme. Joy Olasunmibo Ogunmakin, Ayo de son nom de scène, ne s’en contente pas. Touchante, gentille, accessible et souriante, elle se prête avec simplicité au jeu de l’interview. Après une journée marathon de rencontres avec la presse, beaucoup seraient maussades. Ayo, elle, reste disponible et réellement à l’écoute. Ravie de pouvoir sortir sa guitare pour une session acoustique à la fin de l’entretien, elle s’inquiète même du résultat : « Vous êtes sûre que vous ne me dites pas que c’était bien comme quand le jury de la ‘Star Academy’ affirme que c’est génial alors qu’en réalité c’est horrible ?! » Mais non Ayo, on te jure, c’était super.

L’enregistrement de cet album, comme du précédent, s’est fait en cinq jours. Pourquoi un si court délai ?

Je pense que pour faire quelque chose de bon, il n’y a pas besoin de beaucoup de temps. On ne peut pas recréer un instant et, quand on a trop de temps, on essaie de le faire. Tu fais un truc très bon une fois et tu te dis que tu peux encore l’améliorer. Tu recommences mais ça ne sera jamais aussi bon… C’est pour ça que je ne fais jamais plus de trois prises. Trois, c’est vraiment le maximum, quand il y a un problème technique à l’enregistrement.

Avec des titres soul, gospel et blues, ‘Gravity at Last’ évoque une culture musicale noire américaine. Vous vouliez marquer une différence nette avec le style de ‘Joyful’ ?

Il y a certaines choses plus gospel, blues ou afrobeat. Ca ne signifie pas que c’est plus américain. Je suis africaine, gitane, née en Allemagne de l’Ouest. Je ne suis pas Américaine et je ne le serai jamais. En réalité, je ne crois même pas à l’idée d’être américaine, d’être ceci ou cela. Je suis juste moi. Le style du premier et du second album est le même. C’est juste plus progressif, plus rythmé. Il y a de nombreuses chansons que j’avais déjà lors du premier disque mais que je n’avais pas enregistrées. J’ai beaucoup plus de compositions que les douze du premier album et les treize du second ! J’écris tout le temps : je n’écris pas pour faire un disque, j’écris parce que je suis musicienne. Ce qu’il y a sur mes albums, c’est une infime partie de mes chansons. J’adorerais sortir un double album mais c’est la maison de disques qui décide du nombre de titres.

Dans ce cas pourquoi ne pas en avoir sorti un autre plus tôt ?

Si le disque n’était que pour le France, j’en aurais déjà sorti un autre l’an dernier. J’aurais vraiment aimé. Ce n’est pas sympa de jouer les mêmes chansons pendant deux ans. Mais c’est une sortie mondiale et il faut comprendre le fonctionnement d’un label dans son ensemble. Et puis je suis aussi une mère, une femme et je dois prendre soin de ma famille. Certaines choses ne sont pas aussi importantes pour moi qu’on pourrait l’imaginer. Ma priorité est ma famille. Mon fils m’a apporté un équilibre : avoir un enfant, ça t’oblige à être plus direct, plus déterminé. Tu vas droit au but. C’est en partie pour ça que j’ai intitulé l’album : ‘Gravity at Last’.

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Vous parlez beaucoup de votre vie personnelle dans vos chansons. La musique revêt une fonction catharsique chez vous ?

En ce qui concerne la musique, je suis égoïste. J’ai commencé à jouer parce que j’en avais besoin. Je n’avais personne à qui parler et je recherchais quelque chose pour exprimer ce que je ressentais vraiment. J’ai grandi dans des conditions un peu difficiles, différentes de la plupart des gens. Quand je joue ou j’écris, je le fais pour moi, pour me sentir mieux et devenir une personne meilleure, plus équilibrée. J’écris pour extérioriser mes angoisses, ma colère. Ca m’aide à lâcher prise et accepter les choses. Certaines de mes chansons comme ‘Lonely‘ ou ‘Better Days‘ sont prises pour des chansons d’amour. Seules les personnes concernées comprennent de quoi ça parle réellement. Parfois elles n’apprécient pas. Mon père n’est pas vraiment le plus grand fan de mon second album. Je n’ai aucun moyen de communiquer avec mes parents aujourd’hui alors je le fais par la musique.

En découle une certaine publicité de votre vie personnelle. Ça ne vous effraie pas ?

Les gens ne peuvent rien dire sur moi, vu que tout est déjà dit. Aujourd’hui, je suis plus protégée que je ne l’étais autrefois. Quand j’allais à l’école, je mentais. Je ne disais pas que j’allais voir ma mère en prison. Personne ne le savait. Les gamins sont horribles à un certain âge, il fallait que je me protège.
Du coup, je ne pouvais pas être entièrement moi-même et vivre pleinement. Je n’ai jamais été quelqu’un de triste : je plaisantais, j’étais joyeuse, mais quand je rentrais à la maison, c’était difficile. Ma mère n’était pas là et mon père avait beaucoup de problèmes. J’étais une petite fille noire dans un pays blanc.
L’Allemagne n’est pas comme la France, vous savez… J’avais beaucoup de choses à gérer et je ne pouvais pas en parler. Je n’avais pas beaucoup d’amis. Alors aujourd’hui, je suis juste heureuse de pouvoir parler de tout ce dont j’ai envie. Je ne suis plus gênée. On ne devrait jamais être gêné par quelque chose que nos parents ont fait. Certains me disent que je ne devrais pas évoquer tout ça mais je m’en fiche. C’est eux qui ont un problème. Les vies sans imperfections n’existent pas.

Comment vous êtes-vous retrouvée à signer avec un label français ?

C’est une longue histoire. Je m’apprêtais à signer avec un gros label allemand et puis, au dernier moment, j’ai changé d’avis. Ils voulaient m’enfermer dans un genre, faire de moi la prochaine star du reggae allemand. J’ai tout abandonné pour partir à Londres. Ca m’a causé quelques problèmes mais j’ai bien fait.
Je voulais quitter l’Allemagne, m’éloigner de ma mère, laisser mon passé derrière moi et me trouver. J’avais déjà quelques chansons comme ‘Down on my KneesWatching You ou Without You mais c’est là que j’ai vraiment débuté la musique.

J’ai acheté une guitare avec l’avance sur contrat que m’avait fait le label allemand et j’ai commencé à écrire. Je jouais dans des petits bars à Londres puis à Paris. J’ai fait les premières parties de Dieudonné et Titoff… Personne ne me connaissait. J’ai d’ailleurs commencé à apprendre le français pour comprendre ce qu’ils disaient parce que tout le monde riait, et moi je trouvais qu’ils avaient l’air drôle mais je ne comprenais rien.

Aborder des sujets plus politiques dans vos compositions, ça ne vous tente pas ?

J’ai des chansons politiques, beaucoup en fait. Peu sont sur l’album mais elles existent. Après, je pense qu’on peut mélanger musique et politique mais il faut vraiment savoir comment. Pointer du doigt bêtement n’a aucun intérêt. Je suis capable de dire si une action est bonne ou mauvaise, j’ai les bases en politique, mais, pour se permettre d’approfondir plus, il faut avoir étudié le sujet. Bob Marley était politique d’une façon intelligente. Il donnait de grandes tendances, parlait de bien et de mal… C’est une meilleure façon de faire passer un message que celle d’un Peter Tosh, je pense.

Propos recueillis par Aurélie Louchart pour Evene.fr – Septembre 2008

Ayo fera un hommage à Mickael jackson dans une superbe reprise de « I want you back« .

Un concert très, très… humain.

Autres vidéos 1, 2, 3, 4, 5, 6.

Son site très sympa avec toutes les dates de concerts (et il y en a) de cet été.

Autres concerts aux Arènes :

Alela Diane, Justin Nozuka, Jason Mraz et Raphael Saadiq.

Joyful en écoute sur Deezer
Gravity at last en écoute sur Deezer
Ayo sur Deezer

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One Reply to “Ayo aux arènes de Nîmes”

  1. Anna Galore

    Que dire de plus… une personne à la fois talentueuse, vraie et adorable, en effet.

    J’ai eu l’occasion de bavarder avec elle lors de son concert aux Docks à Marseille il y a trois ans, ayant pu bénéficier d’un accès aux loges. Elle rayonnait du plaisir d’être là et elle était d’une simplicité rare. Elle venait tout juste de commencer à tourner en France et son groupe avait été rassemblé à la hâte pour les besoins de la tournée. Elle s’attendait à jouer ce soir-là devant quelques centaines de personnes. Nous étions 15 000 à l’acclamer. Sa surprise en montant sur scène et en découvrant le public à perte de vue était un très joli moment à voir. Son manager m’a dit ensuite qu’elle avait même remercié les pompiers qui se tenaient au pied de la scène pour l’aider à y monter.

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