Nous ne sommes pas des fous furieux

Christophe Marie, porte-parole de la Fondation Brigitte Bardot, était l’un des nôtres à Rion-des-Landes. Il a publié dans le Nouvel Observateur l’article qui suit, reproduit ici avec son aimable autorisation.

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Après Rodilhan en octobre 2011, où nous étions 70 militants enchaînés au centre des arènes à nous faire lyncher par des aficionados déchaînés, retour sur ce 24 août 2013 dans les arènes, cette fois à Rion-des-Landes et deux fois plus nombreux, pour mener une action d’opposition à la barbarie.

Les trois partenaires (CRAC Europe, Fondation Brigitte Bardot et Animaux en Péril) ont organisé la venue des militants dans les Landes, puis préparé l’action basée sur l’occupation du terrain dans le but de faire annuler le sanglant « spectacle ». Durant les deux jours de préparation, le secteur où les défenseurs des animaux sont rassemblés est placé sous haute surveillance par des agents si peu discrets qu’ils sont aussitôt repérés.

Le préfet informé, avant même l’action des militants

Les autorités connaissant de toute évidence notre projet, il nous paraît évident que nous ne pourrons pas rentrer dans les arènes avec les chaînes prévues pour nous attacher mutuellement et former un cercle solide. Peu importe, avec ou sans chaîne, nous irons.

Au moment du départ, le convoi se disperse. Le car principal des 50 militants parisiens prend la route de Mimizan où se tient à la fois une manifestation de rue et une corrida. Nous espérons encore pouvoir semer le doute sur le lieu réel de l’action. Lorsque le car se dirige vers Rion-des-Landes, les gendarmes l’immobilisent à l’entrée du village pour faire un contrôle d’identité. Ils savent alors que nous allons agir dans les arènes.

Peu à peu, les militants se retrouvent par petits groupes devant des arènes entourées de gendarmes. Ce déploiement se veut dissuasif, mais nous entrons à l’intérieur de cet abattoir public sans réelle difficulté.

Une action pacifique

Une fois installés dans les gradins, nous attendons tous le signal avant de sauter pour rejoindre le centre et former un cercle fermé. L’objectif est de tenir le plus longtemps possible pour empêcher le déroulement de cette novillada où quatre jeunes taureaux doivent être torturés à mort. Tous ceux qui participent à cette action pacifique connaissent les risques. Comme à Rodilhan, ils ont pris l’engagement de ne pas répondre aux coups reçus et s’y tiendront.

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Pour faire lâcher prise et évacuer les militants, les gendarmes utilisent des méthodes qui ont fait leur preuve : tordre les oreilles, les doigts, tourner les membres pour créer un pic de douleur au niveau des articulations (genoux, coudes, épaules, chevilles). Des procédés d’une cruauté inouïe, que nous n’attendions pas vraiment de la part des forces de l’ordre.

Violence policière

Au bout de 20 minutes, les gendarmes libèrent les lieux pour laisser place aux jeux du cirque, du moins le croient-ils. C’est sans compter sur la détermination des opposants à la torture.

Devant les portes des arènes nous ne lâchons rien. Excédés, les gendarmes nous gazent copieusement. Alors, les yeux brûlants, le nez et la gorge en feu, nous nous dirigeons vers le camion où sont parqués les quatre malheureux animaux promis au sacrifice.

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C’est là, à l’abri des regards, que la violence s’intensifie dangereusement. Alain, militant pacifique d’une soixantaine d’années, s’approche du camion et de l’escalier qui mène à la tribune « d’honneur ». Après avoir été violemment repoussé par les gendarmes, Alain tombe sous les coups d’aficionados… À l’arrivée des pompiers, la situation jugée critique (plus tard les médecins parleront de pronostic vital engagé) nécessite le transfert de la victime par hélicoptère jusqu’à l’hôpital de Bordeaux.

Dans le même temps, des militants grimpent sur le camion pour empêcher au véhicule de se mettre en position pour décharger les taureaux. Nous restons ainsi une quinzaine de minutes avant d’être délogés par la force.

Le bilan aurait pu être plus lourd

Alors qu’un policier me soulève la tête en écrasant et me tordant les oreilles, un jeune bénévole de la Fondation Brigitte Bardot venu filmer la scène est violemment projeté de l’escalier par une femme gendarme. Mauvaise chute qui plonge le militant dans l’inconscience. Transporté à l’hôpital de Mont-de-Marsan, le médecin se dit très préoccupé par la perte de réaction des membres inférieur, la colonne est touchée. Après des heures d’attente et d’angoisse, l’IRM ne révèle aucune fracture mais « seulement » des chocs provoquant une paralysie passagère. Nous avons évité le pire.

Pour avoir participé à de nombreuses actions en faveur des animaux, je n’avais jamais vu autant de militants au sol, transportés à l’hôpital ou soignés sur place. Les médias ont retenu les huit plus gravement touchés mais nous avons tous été violentés durant cette action qui reste une action pacifique, de résistance, face à un acte qui n’a rien de pacifique puisqu’il entraîne la mort d’un animal dans d’effroyables souffrances.

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Beaucoup de reportages, diffusés sur les chaînes de télévision ou dans la presse écrite, ont présenté les défenseurs des animaux comme étant violents, agressifs… Pourtant, personne ne peut apporter un début de preuve à ces accusations gratuites. En revanche, et là il ne s’agit pas d’interprétations mais de faits, tous les blessés sont dans nos rangs, aucun aficionado, aucun gendarme n’a été égratigné alors que les fractures et traumatismes divers se comptent par dizaines chez les opposants à la torture. Nous savons tous parfaitement de quel côté est la violence.

La force injuste de la loi

Le président François Mitterrand avait déclaré ne pas vouloir recourir à « la force injuste de la loi », l’actuel ministre de l’Intérieur, l’aficionado militant Manuel Valls, mène une politique inverse basée sur la répression absolue lorsqu’il s’agit de combattre les revendications légitimes portées par les abolitionnistes que nous sommes.

Certains nous reprochent une radicalisation du mouvement, mais comment faire autrement lorsque le débat démocratique est rendu impossible par la volonté d’un homme de pouvoir ?

Les Français sont majoritairement favorables à l’interdiction des jeux cruels sur l’ensemble du territoire. Pourtant, le sujet n’est jamais débattu au sein du Parlement ou du gouvernement… Ce combat-là, nous devons le mener et lorsqu’un mouvement majoritaire est méprisé, que la démocratie ne peut se faire entendre, alors oui, forcément, ce mouvement ne peut que se radicaliser pour arriver à l’abolition de la torture.

En 2013, nous ne devrions même plus en être à parler de corrida. Comment une telle barbarie, une telle sauvagerie a-t-elle pu survivre à l’évolution de notre société ? C’est un mystère, une honte surtout…

Christophe Marie
Fondation Bardot

Les photos figurant ici sont de moi

2 Replies to “Nous ne sommes pas des fous furieux”

  1. lulubozo

    Bravo et respect pour votre courage . Il faut la foi chevillée au corps pour s’offrir ainsi à cette violence.
    Ce courage je ne l’ai pas mais je sais reconnaitre celui des autres!
    Respect total pour vos actions.

  2. elisabeth

    C’est des scènes particulièrement hallucinantes. Pour agir de la sorte les gendarmes ont-ils reçu des commandes de meurtre ? Comment Manuel Valls fait-il pour recruter des gendarmes capables de TORTURER des citoyens militants pacifistes anti-corrida ? Utiliser des femmes pour tabasser une autre femme ? Cela sans compter la facture payée par les impôts c’est-à-dire le contribuable pour le déploiement des forces de l’ordre AUTANT NOMBREUSES et ce pendant AUTANT DE JOURS : c’est dingue, c’est hallucinant, c’est du jamais vu même dans les pire films d’horreurs. C’est de l’impensable.
    Lors de ces journées les forces de l’ordre n’ont pas été payées pour leurs missions initiales mais bien pour marginaliser une populations sous les coups de la torture qui gène quelques individus de la corrida.
    BASTA LA CORRIDA la France marche véritablement la tête à l’envers !

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