Yolande

Hier, j’ai refait un tour aux urgences. Rien de grave, heureusement. J’étais perché sur un vieil escabeau pour couper une branche d’acacia. Tout à coup, l’escabeau s’est déglingué, il est parti vers la gauche et moi vers la droite. Je me suis affalé environ 1 m 20 plus bas, de tout mon long, sur le côté. L’acacia est entouré d’une petite bordure en pierres de garrigue. L’une d’entre elles s’est enfoncée dans ma cage thoracique. J’ai repris doucement mon souffle, me suis mis à quatre pattes et là, je me suis senti rassuré : en dehors d’une éraflure qui brûlait un peu en travers du dos, je n’avais vraiment mal qu’au point d’impact de la pierre quelques centimètres plus bas et je pouvais respirer profondément sans que ça ne tire. Donc rien aux vertèbres, rien aux membres et probablement pas de côte cassée non plus.

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Je me suis redressé plutôt facilement et suis rentré dans la maison m’allonger pour récupérer. Enzo est allé prévenir Anti, qui a appelé les pompiers, qui m’ont conduit aux urgences où tout s’est enchaîné de façon très efficace – auscultation, radios (pas de fracture, en effet) et  Anti à la sortie qui m’attendait.

Mais ce dont je voulais vous parler surtout, c’est ce que j’ai entendu pendant que j’étais aux urgences. Ça en dit long sur la détresse de certains patients et le quotidien des urgentistes.

Alors que je venais d’arriver sur mon brancard, une vieille dame s’est mise à geindre de toutes ses forces « Yolaaaannnnde ! Yolaaaaannnde ! » Je ne la voyais pas, j’entendais juste les voix. Une soignante tentait de calmer la dame, qui s’appelait Yvette. Mais en vain : Yvette continuait à crier « Yolaaaannnnddde ! » Elle s’est mise à lancer des « Au secooouuuurs ! Au secoooouurs ! » et puis : « Ah, il y a l’armée. » Ça l’a provisoirement apaisée, mais elle a vite repris ses « Yolaaannndde ! Yolaaannnnddde ! »

J’ai réussi à me tourner un peu et je l’ai vue. Elle était très âgée, toute menue, le crâne et le nez recouverts de bandages. Des pompiers s’étaient rassemblés autour d’elle – c’était eux, l’armée.

Un interne est venu s’occuper de moi et a fait rouler mon brancard vers une petite pièce pour m’ausculter. Puis, comme je pouvais me tenir debout sans difficulté, il m’a demandé d’aller seul au bout du couloir au service de radiologie. Je faisais clairement partie des chanceux qui se retrouvent dans ces murs. Je me suis retrouvé dans une nouvelle salle d’attente et deux minutes plus tard, j’ai entendu à nouveau la voix de la vieille dame.

Un médecin lui a demandé : « Comment vous appelez-vous ?
– Yolande.
– Mais non madame, vous ne vous appelez pas Yolande, a dit une soignante.
– Ah oui, je m’appelle Yvette ».
Puis elle a ajouté, haut et clair : « Ils sont méchants ! Ils sont méchants ! Mauriiiiiiiiice ! Mauriiiiiiiiiiice !
– Il n’y a personne de méchant ici, madame.
– Maurice, c’est mon frère ».

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On m’a appelé pour mes radios et ensuite, je suis reparti sans plus la voir ni l’entendre. J’ai repensé à elle plusieurs fois depuis. J’espère qu’elle va mieux, qu’elle est apaisée et qu’elle a retrouvé Yolande.

Très belle journée à vous

Première photo prise par Enzo, les deux autres par moi dans la salle d’attente

7 Replies to “Yolande”

  1. Anna Galore Post author

    Oui, c’est ça, elle était en pleine confusion. J’ai aussi croisé un type qui avait pris des coups sur le visage, un autre allongé complètement hébété, un qui passait difficilement sa chemise alors qu’il était équipé d’une perf. J’ai aussi entendu, lorsque j’étais dans la seconde salle d’attente, un monsieur qui hurlait de douleur et demandait qu’on lui donne « quelque chose ». En ressortant, j’ai croisé un couple qui cherchait quelqu’un arrivé aux urgences pour un coup de couteau et me demandait si je ne l’avais pas vu. J’ai répondu que non, mais qu’il était forcément par là puisqu’on était en traumato. L’homme m’a dit : « Non, il n’est pas traumatisé, il a juste pris un coup de couteau » (la routine, quoi). Je lui ai dit que « traumato » ça voulait dire tous les types de blessures.
    Le personnel soignant était efficace, précis, calme… un jour de plus aux urgences…

  2. Anna Galore Post author

    Et ce matin, je suis bien raide, ça tiraille du côté droit – normal maintenant que les muscles ne sont plus chauds. Heureusement, je ne sens pas du tout la douleur quand je suis assis et quasiment pas quand je marche d’un endroit à un autre, c’est déjà ça ! En revanche, le passage de debout à assis ou l’inverse, faut y aller doucement 🙂

  3. Terrevive

    Divers chocs : celui physique, heureusement pas grave et l’autre psychique de cette dame ; là est toute l’interrogation et l’ampleur de la détresse.

  4. valentine

    Oh la la Anna! Un remake de la tyrolienne? Tu ne fais pas dans la demi mesure toi. Heureusement que la chance était au rendez-vous. Yapuka rester tranquille pour laisser la douleur en sommeil. On compatit et on t’envoie plein de messages de réconfort.
    C’est sûr, la visite dans les hôpitaux, ça calme! J’ai eu l’occasion dans ma vie de me faire deux fois trois mois de visites de mes proches hospitalisés en psychiatrie et psychogériatrie. La vie nous apprend l’humilité, le respect et la compassion.
    Un personnel souvent très humain, parfois très loin du compte, comme tout et partout. D’où l’importance de la solidarité quand on le peut.
    Ta Yolande-Yvette me remue. Moi, j’ai vu ma Lulu dans un état semblable….et tant d’autres.

  5. Anti

    Bon ben voilà… Ce matin, j’ai accompagné Anna chez notre bon vieux médecin généraliste qui a vu au moins une côte cassée… Après, direction la pharmacie… Dans une heure, je ramène la miss passer de nouvelles radios et re-médecin… Curieusement, j’ai l’impression de ne pas avancer comme je le souhaiterais côté boulot. En plus, j’ai oublié le chargeur de mon PC à Paris, j’ai donc quasiment plus de batterie… Bouh ouh ouh !!! Nom de Dieu !!! C’est quand la fin de la poisse et surtout le retour du top moumoute niveau d’sa race !

    Allez zou, je file !

  6. pasang

    hé bé voilà : à force d’être dans l’urgence, on finit aux urgences ; ça sonne comme un dicton mais là faut faire kek’chose, non ? ou plutôt rien; faire RIEN ! si possible, bien sûr ! mais au moins éviter pour quelque temps le burin, le marteau …y’aura d’autres moyens de rencontrer les voisins. Si l’escabeau est H.S c’est déjà ça; par contre pour la miss côte cassée, c’est pas cool; on l’embrasse bien fort , plein de bisous et bons souhaits de prompt rétablissement; quant au chargeur, Anti, ça c’est pas grave, hein ! allez, courage, repos et zénitude; nom de Dieu ?! j’suis d’accord ! et zou, on vous aime, vous.

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