Je suis Charlie et j’ai Charlie

C’était le grand jeu hier matin : être parmi les premiers (les 700 000 premiers, relativisons…) à se procurer le numéro historique de Charlie fait par les membres de l’équipe de l’hebdo qui ont réchappé au massacre du 7 janvier. Vers 6 h du matin, la quasi totalité des 27 000 points de vente français n’en avait plus un seul.

Tous les points presse ayant été littéralement dévalisés, il ne restait plus qu’une solution : se rendre dans une grande surface qui ouvrait un peu plus tard dans la matinée. Aussi me suis-je dirigé vers l’entrée de mon Inter à 8h15, c’est-à-dire un quart d’heure avant l’ouverture. Sept ou huit personnes attendaient déjà, discutant de leurs motivations à acheter ce numéro si symbolique : la solidarité avec les victimes et les rescapés, le rejet du chantage terroriste, le soutien à la liberté d’expression.

Juste avant que les portes s’ouvrent enfin, nous étions une bonne cinquantaine. Du jamais vu, comme partout ailleurs en France. A peine avons-nous pu entrer que nous nous sommes mis presque à courir vers le présentoir réservé à la presse à quelques mètres de l’entrée, juste après le comptoir derrière lequel se trouvaient deux hôtesses.

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La dame qui trottinait à côté de moi s’est marrée en disant : « On croirait les soldes ». Alors que les premiers atteignaient le présentoir et réalisaient qu’aucun numéro de l’hebdo n’y trônait, une des hôtesses a dit : « Pour les Charlie, c’est ici ». J’ai pilé, j’étais juste à sa hauteur, j’ai tendu la main et j’ai eu mon précieux Charlie, comme quelques autres clients dont la dame qui se marrait. L’hôtesse a précisé qu’on n’avait droit qu’à un par personne, ce qui était très bien.

L’ambiance était bon enfant, pas de pugilat ou d’énervement, tout le monde savait déjà qu’au pire, il suffirait de repasser dans l’après-midi ou le lendemain : les radios avaient annoncé en boucle dès l’aube qu’il y aurait en tout 5 millions d’exemplaires diffusés dans les jours à venir. Et probablement plus si nécessaire. N’empêche, j’était tout content de l’avoir, « mon » Charlie, et je l’ai ramené pour le tendre fièrement à Anti qui finissait son café au lit.

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C’est la plus belle des réponses aux assassins qui ont cru couler un journal et terroriser un pays avec leurs actes aussi criminels qu’imbéciles. Ils ont échoué sur tous les tableaux.

Bravo à l’équipe des rescapés, non seulement pour avoir sorti ce numéro dès le mercredi suivant le massacre, mais en plus d’avoir rassembler un contenu de très haute qualité, indépendamment des circonstances dramatiques qui ont conduit à le faire.

Charlie, on t’aime !

Très belle journée à vous

3 Replies to “Je suis Charlie et j’ai Charlie”

  1. valentine

    Veinard! En Suisse, c’est aujourd’hui la parution. Le chef s’est levé encore plus tôt que dab…….j’attends.
    La page de couverture: tout est dit! Du grand art.
    Et sortir le numéro dans les conditions que l’on sait relève de l’exploit. Mais à Charlie, rien d’impossible.

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