Les tristes pitres de Boujan

Comment doit-on qualifier le maire de Boujan : menteur, inconséquent, provocateur, demeuré ? Certains de ces qualificatifs – voire tous – sont forcément passés par la tête de pas mal de monde, alors qu’il avait annoncé en grandes pompes la suppression des corridas dans sa commune avant de décider d’en organiser une dimanche 7 septembre. Je ne parle pas de l’opinion de la poignée d’aficionados concernés, bien sûr. Pour eux, il est surtout devenu la cause d’une journée paranoïaque de plus dans le monde déliquescent de l’aficion à la dérive. Ce qui ne les empêchera pas de le considérer comme un grand homme. On a les héros qu’on mérite.

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Rappelez-vous, début août : une action citoyenne prévue à Villeneuve-de-Marsan n’avait mobilisé quasiment aucun militant anticorrida, mais en revanche un bon paquet de gendarmes, avec barrières, filtrages, détours et autres contrariétés pour les pervers locaux qui avaient tenu à venir voir six ruminants se faire massacrer.

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Hier, à Boujan (non loin de Béziers), c’était pareil. Le maire a cédé à une crise de paranoïa dont les édiles des villes de sang ont désormais l’habitude : les méchants anticorrida, furieux, allaient débarquer en masse dans son trou paumé qui aurait aimé le rester et mettre le village à feu et à sang, c’était certain. Il allait falloir leur frapper dessus à titre préventif et les gazer à bout portant pour faire bonne mesure, sinon ils auraient été capables de faire du bruit avec leurs dangereux sifflets. Il fallait en appeler aux troupes d’élite, aux forces spéciales, voire – pire – aux CRS de Maubourguet afin de pouvoir torturer en paix.

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Boujan était donc en état de siège, comme Rodilhan en 2013. Pas moins de quatre barrières à passer pour atteindre le torturodrome local. Et, bien sûr, pour les spectateurs, fouilles au corps, palpations, examen des sacs, le grand jeu. Et tout ça pour quoi ?

Pour rien. Les seuls militants qui se sont déplacés sont venus là à quelques voitures pour prendre des photos de la mobilisation démesurée des forces de l’ordre. Ils n’avaient aucune raison de s’installer à plusieurs centaines de mètres des arènes si c’était pour crier des slogans que personne n’entendrait. Donc, aucune manifestation au programme. Juste la satisfaction d’avoir fait céder à la panique un maire, puis par ricochet un autre maire plus puissant (Ménard), un sous-préfet (présent dans les gradins), les CRS, la Police municipale, la Police nationale, le service Médiation de Béziers et une entreprise de sécurité privée, rien que ça.

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Bilan : un coût démesuré pour l’Etat et/ou la commune, des afiocs très énervés d’être traités en délinquants potentiels sous haute surveillance, une commune transformée en prison de haute sécurité pour pouvoir pratiquer ses petites horreurs à l’abri des regards du monde extérieur. Quelle fête ! Et avec des enfants, en plus !

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Un petit incident, quand même : les pandores étaient tellement sur les dents qu’ils ont arrêté la voiture dans laquelle se trouvaient Nathalie Valentin et Françoise Luvini Cueff, alors qu’elles roulaient tout-à-fait légalement en dehors de la zone de détention des afiocs. Pas moins de trois voitures de flics autour d’elles pour procéder à leur arrestation musclée suivie de fouille au corps, retrait des chaussures, le tout en pleine rue sous les yeux médusés des passants. Comme il y avait dans un sac fermé quelques bricoles jugées suspectes, ils les ont envoyées en garde à vue au commissariat de police le plus proche.

En garde à vue alors qu’elles ne faisaient rien ? Les policiers qui les ont accueillies étaient sidérés qu’elles aient été arrêtées sur un motif aussi inconsistant et surtout inconnu du Code pénal. Après leur avoir servi un repas végétarien et les avoir traitées de façon courtoise, ils les ont relâchées dans la soirée, en leur demandant de se présenter ce matin à 9h pour une audition, ce qu’elles ont fait. Résultat : un simple avertissement. Heureusement que la paranoïa et la crétinerie la plus profonde ne touchent pas tous les rouages de l’Etat…

En fait, c’est très simple : il suffit de s’éloigner de quelques kilomètres d’une ville de sang pour retrouver le monde normal, celui où on a le droit d’avoir une opinion, de circuler librement et d’être présumé innocent tant qu’on n’a rien fait d’illégal.

Photos CP – merci à lui

4 Replies to “Les tristes pitres de Boujan”

  1. Elsa

    Pour la petite anecdote…Je demande au CRS pour aller aux toilettes(excuse rigolote pour amorcer la conversation) vu qu’ils « siégeaient » devant. On me répond « Allez-y, on n’est pas là pour garder les chiottes! » En êtes- vous bien sûr???
    Mais vous êtes là pour quoi alors???
    « Mais chère madame, si on le savait? Demandez à vos chers élus… »
    Merci Roger pour cet article, merci Stéph, on vous aime!!!

  2. soleil vert

    Jusqu’à quand ces abus de pouvoir vont-ils durer ? Les forces de l’ordre commencent donc à se rendre compte qu’on se fiche d’elles également. Les afiocs vont-ils enfin comprendre que leur loisir n’est pas anodin et que les abords des « torturodromes « sont des zones de non-droit, honteusement militarisées….?
    L’avantage, c’est qu’ils sont les premiers à être emmerdés et qu’ils rient surtout jaune…

  3. françoise

    Je réponds en ces termes au « Tore Roge » qui a longuement commenté ton texte Roger, partagé sur la page de l’événement fb:

    Eh bien non, nous n’étions pas là. Hé hé! viendront-ils ? Ne viendront-ils pas ?… Comment savoir où nous serons et dans quelle arène nous allons sauter ?… Imprévisibles ces anticorrida !
    En attendant sachez, mon cher To(a)ré Rouge que cela fut (sans accent – passé simple) pour nous un plaisir savoureux de voir les invraisemblables conditions dans lesquelles vous et vos comparses devez à présent savourer vos ignobles petits spectacles sanguinaires et archaïques !
    On a les plaisirs qu’on peut, certes, mais je me mets à votre place cher ami taurin, ça a un petit air de « ça n’est plus comme avant… » Et je ne peux même pas vous rassurer en vous disant que le bon vieux temps des petites tortures tranquilou entre amis reviendra car, non, c’est bien fini tout ça. Les temps changent, que vous le vouliez ou non.
    Vous vous accrochez pathétiquement à des lambeaux de ce que vous nommez votre « culture » mais la société, les mentalités évoluent même si ce n’est pas votre cas.
    Voyez donc! Vous avez sans doute remarqué que même les journaux comme Midi Libre ou la Dépêche, plutôt prompts « traditionnellement » à faire l’éloge des petits jeux sanglants que vous affectionnez qu’à les remettre en cause, sont en train, tout pépères qu’ils sont, de changer leur fusil d’épaule et leurs articles « rubrique taurine » nous sont, vous en conviendrez, de plus en plus favorables.
    Ils ont compris, eux, que le vent tourne, même si vous le prenez mal et trépignez dans votre coin en grognant que « tout fout le camp »… à moins que vous ne préfériez à la manière de l’autruche, nier en bloc et dire que tout va pour le mieux dans le noble milieu de l’aficion (posture qui semble être la vôtre à la lecture de votre commentaire).
    Hélas, hélas… Des pelotons de gendarmes, compagnies de CRS, détachements de policiers nationaux et municipaux etc. auxquels s’ajoute la colère des habitants psychiquement normaux, aucunement intéressés par le charcutage de ruminants et très mécontents de tout ce remue-ménage que vos activités assassines occasionnent dans leurs villages.
    Voilà ce qu’est et sera désormais le nouveau paysage de vos sales petites réjouissances que vous appelez… comment déjà ? Ah oui ! un « spectacle taurin » !… tiens, c’est joli ça !…

  4. Anna Galore Post author

    Je n’ai pas lu ce qu’a écrit LTR, n’étant jamais sur FB d’une part et ne portant aucun intérêt à son point de vue d’autre part… mais ta réponse exprime parfaitement les choses !

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