Irène Noël écrit à Robert Ménard

A l’attention de M. Robert Ménard, maire de Béziers

« La liberté d’expression est chez nous constamment ignorée, bousculée ou bafouée par ceux-là mêmes qui, par profession, devraient l’incarner« 

Cela vous concerne en premier, Monsieur le maire. Vous interdisez les manifestations de militants anti-corrida pacifiques trop près des arènes, là où les pires sévices sont infligés à des animaux sans défense, devant un public hystérique, assoiffés de sensations dégueulatoires ! Où est la liberté d’expression ? Ce n’est pas une manifestation pacifique qui va retenir les assoiffés de sang d’assister à leur amusement ignoble !

Sans aucun doute, vous appréciez la corrida, qui représente selon vous « une des plus belles traditions, un spectacle culturel ! » Vous en êtes vraiment convaincu ? Si oui, quelque chose ne tourne pas rond dans votre tête de maire soi-disant civilisé. Vous voulez consacrer toute votre vie, toutes vos forces, toute votre énergie à votre ville ! Surtout au monde minable des aficionados, grâce auxquels vous avez été élu avec en sus le soutien du FN.

La corrida serait donc une tradition dans les villes de sang ? Non ! C’est une pratique qui fut importée dans le sud-ouest de la France en 1853 par la femme de Napoléon III, une Espagnole fanatique de tauromachie. Il s’agit donc bel et bien d’une tradition espagnole, non pas française !  En plus, une tradition n’est pas source de droit et n’a pas force de loi ! Une tradition qui avilit l’homme est un crachat au visage de la civilisation.

Avez-vous déjà entendu parler du siècle des Lumières, Monsieur Ménard ? Ce mouvement intellectuel dont le but était de dépasser l’obscurantisme, l’ignorance ? Retournez à vos livres de philosophie… et humanisez-vous ! Ne dites pas que vous êtes un humaniste, vous vous ridiculiseriez !

Vous dites que la corrida est chère au cœur des Biterrois ! Donc aussi au vôtre. Ce n’est pas très louable, seuls les aficionados, disciples de Sade, qui ignorent l’empathie, la compassion, la pitié, aiment ces jeux sanguinaires.

La corrida, un spectacle culturel ? Vous le croyez vraiment ? Ne savez-vous pas que la culture est le processus de construction intellectuelle et morale de l’être humain qui permet à celui-ci l’approfondissement en lui de la nature humaine ? Ce n’est certes pas dans les arènes mortifères que l’on va s’humaniser! Et dire que les enfants sont autorisés à assister à ces spectacles abjects ! Que des enfants de 7 à 16 ans, en pleine construction intellectuelle et affective qu’on appelle « graines de toreros » apprennent dans les écoles tauromachiques à mutiler et tuer des vachettes, des taurillons, « matériel vivant fait pour ça » ! Toujours au nom de la tradition, de la culture, de l’art ! Quelle hypocrisie ! Une tartuferie qui voile habilement le vrai visage de la tauromachie… Pauvres gosses dans les mains de tortionnaires qui cherchent uniquement à perpétuer leur passion coupable !

La corrida où des toreros torturent à mort des animaux innocents est interdite par la loi ou plutôt est tolérée au nom de l’alinéa 7 (alinéa débile et injuste) de l’article 521.1 du Code pénal ! Tout comme les combats de coqs, divertissements pour coqueleux et spectateurs crétins.

D’un côté, vous autorisez, voire encouragez, sur le sol de votre commune, la pire des barbaries alors que d’un autre côté, vous interdisez d’étendre du linge aux balcons… C’est du tragi-comique! Cette interdiction s’applique-t-elle également aux muletas, capes, collants roses, chemises et chaussettes de torero, ces accessoires tauromachiques grotesques qui constituent les armoiries de la ville de Béziers ?

Je n’ai pas le cœur à vous saluer, Monsieur le maire Ménard qui exhalez des relents mortifères…

Irène Noël
Professeur retraitée
Montreux
Déléguée pour la Suisse du CRAC Europe pour la protection de l’enfance

3 Replies to “Irène Noël écrit à Robert Ménard”

  1. valentine

    Voilà qui est extrêmement bien écrit. Bravo à vous Irène Noël de Montreux!
    Pour un homme qui a créé reporter sans frontière, ce Ménard est devenu infréquentable.

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