Lettre ouverte du CRAC au maire d’Alès

Abolition de la corrida, encore un dernier effort M. Roustan

Monsieur le maire, le Comité Radicalement Anti corrida, dont le siège est à Alès depuis 1991, vous remercie d’avoir, à notre demande, supprimé la gratuité de l’entrée aux arènes pour les enfants dès le mois d’août 2009.

Cela fait par ailleurs dix ans que nous vous demandons de supprimer les subventions publiques aux spectacles tauromachiques, vous l’avez fait en 2013 et nous vous en félicitons. Après Carcassonne, Alès devient la deuxième ville de France à prendre cette décision : c’est la mort programmée de la barbarie des arènes puisque sans argent public, la corrida ne peut pas exister, dans aucun pays.

Un cheval éventré c’est insupportable mais un taureau torturé c’est acceptable ?

Enfin, à la demande de l’association « Cheval », vous avez supprimé les corridas équestres au cours desquelles les chevaux ne sont pas protégés et risquent l’éventration.

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Vous ne l’ignorez pas, la corrida est punie par la loi de 30 000 euros d’amende et deux ans d’emprisonnement partout en France, sauf dans une dizaine de départements du sud du pays où une exception a été créée en 1951 pour l’autoriser par un simple alinéa. Sa légalité dans ces régions ne retire rien au fait qu’il s’agit, selon les termes exacts employés par la loi, de « sévices graves » et d’un « acte de cruauté envers un animal », dans le seul but d’en faire un spectacle que Zola décrivait comme « ni un art, ni une culture mais la torture d’une victime désignée ».

Aussi, une chose nous gêne, monsieur le Maire : un cheval éventré c’est  insupportable, mais un taureau torturé à mort pendant plus de 20 minutes, c’est acceptable ? Vous qui, paraît-il, aimez les animaux, comment pouvez-vous le supporter ?

Le vrai peuple du taureau

Nos trois manifestations des 11 et 12 mai 2013 ont permis à plus de 4000 manifestants d’exprimer leur indignation. Ces deux journées de démonstration de force pacifique de la part du vrai « peuple du taureau », celui qui respecte et aime les êtres vivants sensibles, pas le « peuple du toro », petit groupe de personnes se réjouissant de regarder un herbivore succomber à des sévices graves et des actes de cruauté.

Ces aficionados qui aiment tant le spectacle de la souffrance d’un animal sont tout simplement des monstres comme l’a déclaré le cinéaste Jérôme Lescure qui nous a ramené des images insoutenables des corridas alésiennes, dont celles d’un jeune taureau agonisant, éviscéré.

Le désaveu du préfet

Grâce à une couverture médiatique sans précédent – toute la presse locale et régionale, TF1, France 3, LCI, BFM TV, l’AFP, toutes les radios locales et régionales, France Inter, France Info, RMC, RTL, Europe 1, etc. – la France entière a appris qu’avec votre soutien, on torturait des animaux, juste pour le plaisir, dans la capitale des Cévennes.

Fort heureusement, les autorités préfectorales ont été plus conciliantes que vous sur les parcours que nous pouvions emprunter lors de nos trois manifestations, ce qui nous a permis d’entrer jusqu’en zone de féria pour adresser notre message au plus près de la population.

55% des Alésiens pour l’abolition de la corrida

Il paraît que vous refusez de nous recevoir, que vous refusez de négocier  avec  nous  car vous  ne  prenez pas de décisions sous la pression. Vous seriez bien le seul élu dans ce cas. Relisez vos livres d’histoire, M. Roustan, c’est toujours sous la pression, parfois très forte, que toutes les avancées de civilisation ont pu être obtenues, en particulier en France.

Nous vous demandons, à travers cette lettre ouverte, un nouveau rendez-vous, nous vous demandons de respecter le peuple et d’organiser au plus vite un référendum afin de recueillir l’avis de vos concitoyens sur le sujet. Appliquer la démocratie, est-ce donc si difficile ? 55 % des Alésiens voteraient pour l’abolition (sondage Institut CSA pour le CRAC Europe, juillet 2012).

Si vous restez campé sur vos positions, vous pourriez bien perdre en 2014 le dernier siège que vous occupez, puisqu’une majorité clairement exprimée s’oppose au maintien des corridas dans notre ville.

Laisser derrière nous un passé obscurantiste

Il faut arrêter de renverser les valeurs en nous traitant de gens violents et fanatiques. A Alès, après deux jours entiers de manifestation, pas un centime de dégâts de notre part. Nous sommes pacifiques et nous sommes face à des gens qui glorifient la tenue de spectacles cruels dont les exécutants seraient lourdement condamnés pour leurs actes sur les 90% du territoire français qui n’en veulent plus depuis 1893.

Il est grand temps de laisser derrière nous un passé obscurantiste, M. le Maire. Faites en sorte que notre ville ait vécu ses dernières séances indignes les 11 et 12 mai dernier, vous en sortirez grandi M. Roustan.

Jean-Pierre Garrigues
Président du CRAC
Vice-président du CRAC Europe

Cette lettre ouverte est publiée par le Midi Libre édition Alès les 14, 15 et 16 juin 2013.

Lettre ouverte Roustan

 

4 Replies to “Lettre ouverte du CRAC au maire d’Alès”

  1. anti

    Je l’ai vue dans le journal, il faut bien reconnaître que cela en jette ! Bravo le CRAC pour toutes ces actions que vous menez d’une main de maître !

  2. Anna Galore Post author

    Il faudra un de ces jours que je vous raconte les dessous des négociations parfois surréalistes que nous avons eues avec le rédacteur en chef du Midi Libre pour parvenir à un texte qu’il finisse par accepter, sans lâcher pour autant ce que nous voulions exprimer à tout prix ! C’était… plutôt drôle, rétrospectivement.

  3. lulubozo

    Bravo le CRAC pour cet excellent article !
    Je suis Alésien et contre la corrida, autant que je peux dans cette dictature municipale.
    Vite un sondage municipal, il a des sondages pour un oui ou un non au niveau municipal mais jamais sur le maintien de cette dictature tauromachique. C’est incroyable, non ?
    Je peux vous affirmer, d’après mes contacts, que les Alésiens sont contre dans leur très grande majorité même s’ils ne se sont pas manifestés au cours des manifestations comme on pouvait l’espérer. La peur, les passe-droits, les avantages pouvant être supprimés, c’est cela la dictature municipale.
    Si un véritable sondage est mis en place, alors là les Alésiens pourront s’exprimer contre cette monstruosité mais jamais cela

  4. Sophie So

    Ah je me doutais bien que, même en réservant une page, les journaleux tenteraient d’edulcorer le contenu.
    Mais la ligne directive est intacte, le message est limpide, le maire est coincé ! Bravo le CRAC pour cet excellent article et ce coup médiatique !

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