Hammam

Le_Bain_Turc.jpgLors de notre séjour à Marrakech, nous avons bénéficié à notre hôtel d’une séance de hammam suivie d’un massage. Alors que nous étions, Anti et moi, dans la petite pièce sans fenêtre qui se remplissait de vapeur, elle m’a proposé les grandes lignes d’une nouvelle érotique tournant autour d’un hammam – un mot arabe qui signifie tout simplement « eau chaude ».

Cette nouvelle, je l’ai écrite hier. Je vous en propose les premières lignes un peu plus bas – celles qui sont tous publics. En cherchant des textes anciens décrivant cette pratique vieille de plusieurs siècles, j’ai trouvé les informations suivantes.

Au Moyen-âge, le hammam fut l’objet d’un grand débat juridique dans les pays arabes. Les différents courants de pensée musulmans eurent, en effet, à décider de leur licéité et des règles à suivre pour les hommes et les femmes qui le fréquenteraient. De nombreux ouvrages furent consacrés au sujet. Parmi eux figure le livre d’un érudit yéménite du XVIIIe siècle nommé Al-Haymi al-Kawkabani, dont plusieurs passages sont en vers. C’est de l’un d’entre eux que j’ai tiré la citation qui ouvre la onzième nouvelle du recueil J’ai treize envies de plus.

C’est à peu près à la même époque que Jean-Auguste-Dominique Ingres a peint son célèbre tableau intitulé Le bain turc. Il illustre à quel point un hammam avait déjà la réputation d’être un lieu de sensualité extrême et combien il suscitait de fantasmes.

Hammam

                                                                                                          Ami, si tu cherches la vie de délices,
                                                                                                          Alors fréquente le hammam assidûment
                                                                                                          Et réjouis-toi en le fréquentant.

                                                                                                                            Al-Haymi al-Kawkabani

Jamais je n’aurais dû me retrouver là. Tout a commencé à partir en vrille quand cette chère Chloé m’a annoncé qu’elle me plaquait la veille de notre départ pour une semaine en amoureux dans un hôtel haut de gamme à Alexandrie. Comme tout était déjà payé, j’ai décidé de partir quand même. En me levant à 4 heures du mat’ pour filer à l’aéroport de Marseille après avoir très mal dormi, j’avais un SMS de mon tour operator. De nouvelles émeutes avaient éclaté dans la nuit sur la place Tahrir au Caire et tous les vols étaient annulés. On me proposait gentiment d’opter à la place pour un séjour à Marrakech avec un supplément de seulement 54 euros par personne. J’ai répondu d’accord. Non seulement j’étais désormais seul et pas à ça près, mais Chloé détestait le Maroc, donc notre rupture venait de m’éviter une nouvelle scène. J’ai imprimé mes nouveaux billets électroniques et j’ai foncé à l’aéroport. J’aurais mieux fait de prendre mon temps. L’avion prévu ayant eu un problème technique, notre départ était retardé de six heures. Quand on a enfin décollé, je connaissais mon exemplaire de Biba par cœur (oui, il y a aussi des hommes qui lisent Biba).

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La navette qui devait me conduire au luxueux Cheikh Sulayman Palace & Spa est arrivée avec vingt minutes de retard. Le système informatique à la réception était en vrac, il a fallu un temps fou pour que je sois enregistré et que je puisse récupérer ma clé magnétique. J’ai enfin pu rejoindre ma chambre vers 18h. J’étais trop crevé pour avoir envie de ressortir, surtout que j’étais dans le nouveau quartier en pleine construction au sud de la ville, vraiment loin du centre et de la place Jemaa el Fna. Pour terminer cette merveilleuse journée, les cuisines ayant eu un gros souci d’inondation (pourquoi n’étais-je même pas surpris), je n’ai eu droit pour tout dîner qu’à un vague sandwich avec une demi-bouteille d’eau minérale.

DSCN7873.jpgSeule consolation, pour se faire pardonner des ratages à mon arrivée, la direction de l’hôtel m’offrait une séance gratuite de hammam-massage avec service premium-expérience, le jour de mon choix.

Le lendemain matin, j’ai eu droit à un petit déjeuner plantureux, un sans-faute. Tiens ? Le vent était-il en train de tourner ? Bon, puisque j’avais une main gagnante, j’ai décidé de rejouer : je me suis présenté à l’entrée du spa, qui se trouvait au bout d’une coursive en claustra. À peine avais-je donné mon numéro de chambre à l’accueil que la jeune femme a écarquillé les yeux, a décroché son téléphone et a murmuré un truc en arabe avant de raccrocher et de s’abîmer dans la contemplation de son écran. Une autre jeune femme a surgi d’un couloir et m’a guidé jusqu’au vestiaire des hommes.

Je me suis déshabillé, ne gardant que mon slip et passant un grand peignoir blanc, puis j’ai suivi les flèches indiquant le hammam. Je suis arrivé dans un petit salon marocain où la même personne m’attendait. Elle m’a dit de patienter un peu, m’a servi du thé à la menthe et s’est éclipsée. J’ai à peine eu le temps de terminer ma tasse qu’elle revenait et me demandait de la suivre le long d’une piscine d’intérieur chauffée jusqu’à une antichambre qui donnait sur une porte d’aspect massif. Elle m’a indiqué où poser mon peignoir, a ouvert le vantail et est partie.

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Le hammam était une petite pièce bleu nuit, de trois mètres sur trois, au plafond vouté, sans aucune fenêtre. Les murs à gauche et à droite étaient bordés d’une banquette de pierre. Face à moi, de l’eau jaillissait de deux gros robinets anciens qui surplombaient un petit bassin hémicylindrique en marbre, haut de un mètre environ. Un seau en cuivre était posé sur la margelle. L’éclairage, minimal, était fourni par quelques spots encastrés.

Il n’y avait personne d’autre que moi. Je me suis installé sur la banquette de droite. De la vapeur s’est mise à sortir d’un tuyau au ras du sol près du bassin. Au bout de quelques minutes, j’ai commencé à avoir bien chaud.

La porte s’est ouverte et une superbe fille à l’abondante chevelure noire et aux yeux de jade est entrée, ceinte d’une simple serviette.

(à suivre… )

Très belle journée à vous

Photos prises lors de notre voyage à Marrakech

11 Replies to “Hammam”

  1. Irène Post author

    Bonjour,

    Je me permets d’écrire quelques lignes pour tout d’abord vous féliciter de votre plume qui je trouve est très jolie. Concernant les hammams, ce sont de réels moments de détentes et vous le transcrivez relativement bien dans votre article.

    C’est d’autant plus vrai que le Maghreb possède beaucoup des plus beaux hammams du monde.

    Au plaisir de vous relire,
    Irène

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