Le Labyrinthe de Pan

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Je vous parlais dernièrement d’un réalisateur mexicain que j’aime beaucoup, Alejandro González Iñárritu, du coup, ça m’a donné envie de vous parler d’un de ses confrères ( avec Alfonso Cuarón) de la même génération et ami proche, j’ai nommé Guillermo del Toro et particulièrement de son film « Le Labyrinthe de Pan ».

Pour moi, Guillermo del Toro, c’est un peu le Tim Burton mexicain. Il parvient sans peine à me faire entrer dans des univers fantastiques.

« J’éprouve une sorte de fétichisme pour les insectes, les appareils servant à mesurer le temps
(tels que les horloges), les monstres, les endroits mal éclairés, et ce qui est à l’état larvaire. »

« La fascination que j’éprouve pour eux [lesmonstres] est quasiment anthropologique… Je les étudie,
je les dissèque dans bon nombre de mes films : je veux savoir leur mode de fonctionnement,
de quoi ils sont faits, et quels êtres sociaux ils sont. »

Il devrait prochainement adapter « Sacrées Sorcières », le roman pour enfants de Roald Dahl et doit réaliser Bilbo le Hobbit en 2011. L’article de Wikipédia concernant Guillermo del Toro donne le vertige tant il a de projets cinématographique en cours !!!

Mais revenons au « Labyrinthe de Pan« . Voici ce qu’en dit Robert Hospyan sur Films de Culte :

Espagne, 1944. Fin de la guerre. Carmen, récemment remariée, s’installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l’armée franquiste. Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe…

panslabyrinthint7.jpg LE LABYRINTHE DES PASSIONS

Sixième long métrage et première sélection au Festival de Cannes pour l’auteur mexicain, qui retourne dans son pays d’origine entre deux projets hollywoodiens, comme il l’avait fait en 2001 avec L’Echine du Diable. Le Labyrinthe de Pan est décrit justement comme un parent de ce dernier. Tout droit issu de l’imaginaire du cinéaste, qui trouve une nouvelle fois le moyen d’explorer ses obsessions (l’enfant face au monstre, l’Espagne des années 40, la figure du labyrinthe), le film marque une fois de plus la progression de l’auteur depuis ses débuts avec le fondateur Cronos. A plus d’un titre, son dernier opus sonne comme le film de la maturité, tant thématique qu’esthétique. Del Toro abandonne ici ses spectres à demi morts pour aborder la question de la mortalité de manière frontale. Maturité et donc fin de l’innocence, comme c’est le cas pour la principale protagoniste du film, une innocence corrompue par l’arrivée du fascisme (« mort de l’âme » selon Del Toro).

L’idée de transition, de passage, est véhiculée tout le long du film, comme le symbolisent si bien tous ces « raccords invisibles » qui se font sur une surface sombre derrière laquelle on passe pour révéler un autre plan, révéler ce qui se cache derrière. L’univers du Labyrinthe de Pan est fait de secrets et de portails, témoignant d’un contraste perpétuel entre le monde réel et le monde des contes de fées et où l’on se rend compte que la réalité est infiniment plus cruelle que ne peut le permettre la plus effrayante création née de l’imagination d’une enfant et que les monstres existent. Del Toro adopte ici la lumière du clair de lune plutôt que la chaleur ambrée de ses précédents films et signe une œuvre triste, à l’image de sa mélodie fredonnée avec douceur au début et, surtout, à la fin.

le-labyrinthe-de-pan.jpg LE SYNDROME DE PAN

Comme d’habitude chez le réalisateur, le monstre n’est cependant pas celui que l’on croit. Outre les insectes, créatures si chères à l’auteur, métamorphosées ici en fées chargées de guider l’héroïne d’un monde à l’autre, ambassadrices de ce nouvel univers, on trouve un monstre en apparence en la personne de Pan. Dieu de la mythologie grecque, Pan était réputé pour ses facéties et son appétit sexuel.
Deux caractéristiques qui mèneront à sa diabolisation par le christianisme du Moyen-Âge, qui octroiera les cornes et les sabots du dieu grec à Satan. Pan inspirait également la peur dans les moments de solitude (la « peur panique ») et s’avère être le seul dieu à avoir un jour connu la mort. Le personnage porte alors en lui les graines du symbole qu’il représente dans ce récit. Effrayée dans un premier temps par la faune, la jeune Ofelia devra alors affronter le caractère malicieux de la créature et éventuellement faire face à la mort. Ainsi Pan se révèle être une figure bénéfique tandis que le monstre réel se cache sous les traits de Sergi Lopez, capitaine fasciste de l’Espagne franquiste.

A l’instar du personnage d’Eduardo Noriega dans L’Echine du Diable, le Mal est à nouveau incarné par une figure masculine séduisante. Seulement ici, comme le souligne Del Toro, « le capitaine Vidal est méchant par choix ». La question du choix, déjà présente dans Hellboy, définissant la personne que l’on décide d’être, est au cœur du film. En opposant le fascisme (abolition du choix) à l’imagination, le metteur en scène met en contraste les deux choix qui font des personnages (Ofelia et le Capitaine Vidal) ce qu’ils sont. Si le Mal s’impose comme une solution plus facile, le choix de la solution plus ardue aboutit à une sorte d’immortalité comme le représente la fable de la rose évoquée dans le film (une fleur qui rend immortel mais dont l’accès est rendu périlleux par ses épines mortelles).

Cette question du choix de la personne que l’on veut devenir est un thème que j’ai particulièrement aimé dans la très belle pièce de Jean Anouilh Le voyageur sans bagage, pièce dont je parlerai un jour certainement.

Le Labyrinthe de Pan aura été pour moi, l’occasion de retrouver l’excellent Sergi Lopez que je venais de voir quelque temps avant dans « Les mots bleus » de Alain Corneau où il incarnait un personnage très attachant loin, bien loin, du terrifiant capitaine Vidal. Comme quoi, c’est un véritable comédien qui sait jouer.

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Le Labyrinthe de Pan est disponible en VOD.

La partition pour piano de Lullaby est téléchargeable gratuitement ici.

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8 Replies to “Le Labyrinthe de Pan”

  1. Anna Galore

    Film magique, envoûtant, poétique que tu m’as fait découvrir il y a quelques temps… Je partage ton appréciation de Sergi Lopez, il est absolument remarquable. Les effets spéciaux sont comme ils devraient toujours être : au service de l’histoire.

  2. Kathy Dauthuille

    J’avais vu ce film en Espagne, très impressionnant.
    Le côté mythique avec ce faune fait rêver mais les scènes de la guerre civile nous plongent dans une très dure réalité ; nous sommes dans les extrêmes.

  3. Emma

    J’ai trouvé ce film atroce. Beau, mais atroce. Ne serait-ce que le passage où le beau-père d’Ofelia massacre un type avec une bouteille…

    Beurk.

  4. Bloody From Elle

    Un film magique !
    Guillermo del toro fait partie de mes réalisateurs préférés pour l’esthétique « grouillante » de tous ses films… J’aime beaucoup les « Hell Boy » aussi pour la qualité des effets spéciaux. C’est genre totalement à l’ouest du labyrinthe mais ça vaut le coup d’oeil aussi (pas pour les histoires parce que faut reconnaître que de ce côté, c’était léger, lol).

    Bloo dit « red »

  5. ramses

    Très belle réflexion sur le « bien » et le « mal »…

    Anti, tu devrais nous pondre une note sur « Peter Pan »… Je suis sûr que c’est aussi un sujet qui te passionne…

  6. anti

    C’est vrai que c’est un film très très triste Emma et beau aussi. Comme dit Kathy, nous sommes dans les extrêmes.

    Peter Pan ? Ecoute, je n’y avais pas pensé mais un jour qui sait… En fait, je ne l’aime pas ce personnage. Pour moi, il incarne l’être irresponsable mais bon… à creuser.

    anti

  7. ramses

    Anti,

    Tu sais que le « syndrome de Peter Pan » est très observé en psychologie… Je pensais à la vie de Michael Jackson en l’évoquant… L’enfance est un « marqueur » de l’existence… A creuser ?

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