Histoire vécue d’une interdiction de penser…

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Voici ce que j’ai trouvé sur le blog de Claude-Marie Vadrot après avoir reçu un mail de Sapotille m’informant de cette histoire sordide :

Mardi 31 mars. Au jardin des Plantes il est désormais interdit de penser et de parler : histoire d’un cours interdit.

Je suis inquiet, très, très inquiet…

Vendredi dernier, à titre de solidarité avec mes collègues enseignants de l’Université de Paris 8 engagés, en tant que titulaires et chercheurs de l’Education Nationale, dans une opposition difficile à Valérie Pécresse, j’ai décidé de tenir mon cours sur la biodiversité et l’origine de la protection des espèces et des espaces, que je donne habituellement dans les locaux du département de Géographie (où j’enseigne depuis 20 ans), dans l’espace du Jardin des Plantes (Muséum National d’Histoire Naturelle), là où fut inventée la protection de la nature.

Une façon, avec ce « cours hors les murs », de faire découvrir ces lieux aux étudiants et d’être solidaire avec la grogne actuelle mais sans les pénaliser avant leurs partiels.

Mardi, arrivé à 14 h 30, avant les étudiants, j’ai eu la surprise de me voir interpeller dés l’entrée franchie par le chef du service de sécurité tout en constatant que les deux portes du 36 rue Geoffroy Saint Hilaire était gardées par des vigiles…

00-b20ba.jpg – « Monsieur Vadrot ? ».

– euh…oui

– Je suis chargé de vous signifier que l’accès du Jardin des Plantes vous est interdit.

– Pourquoi ?

– Je n’ai pas à vous donner d’explication….

– Pouvez vous me remettre un papier me signifiant cette interdiction ?

– Non, les manifestations sont interdites dans le Muséum.

– Il ne s’agit pas d’une manifestation, mais d’un cours en plein air, sans la moindre pancarte…

– C’est non….

Les étudiants, qui se baladent déjà dans le jardin, reviennent vers l’entrée, le lieu du rendez vous. Le cours se fait donc, pendant une heure et demie, dans la rue, devant l’entrée du Muséum.

Un cours qui porte sur l’histoire du Muséum, l’histoire de la protection de la nature, sur Buffon. A la fin du cours, je demande à nouveau à entrer pour effectuer une visite commentée du jardin. Nouveau refus, seuls les étudiants peuvent entrer, pas leur enseignant. Ils entrent et, je décide de tenter ma chance par une autre grille, rue de Buffon. Où je retrouve des membres du service de sécurité qui, possédant manifestement mon signalement, comme les premiers, m’interdisent à nouveau l’entrée.

Evidemment, je finis pas le fâcher et exige, sous peine de bousculer les vigiles, la présence du Directeur de la surveillance du Jardin des Plantes. Comme le scandale menace il finit par arriver. D’abord parfaitement méprisant, il finit pas me réciter mon CV et le contenu de mon blog. Cela commencer à ressembler à un procès politique, avec descriptions de mes opinions, faits et gestes. D’autres enseignants du département de Géographie, dont le Directeur Olivier Archambeau, président du Club des Explorateurs et Alain Bué, insistent et menacent d’un scandale.

Le directeur de la Surveillance, qui me dit agir au nom du Directeur du Muséum (où je pensais être honorablement connu), commençant sans doute à discerner le ridicule de sa situation, finit par nous faire une proposition incroyable, du genre de celle que j’ai pu entendre autrefois, comme journaliste, en Union soviétique :

– Ecoutez, si vous me promettez de ne pas parler de politique à vos étudiants et aux autres professeurs, je vous laisse entrer et rejoindre les étudiants…

Je promets et évidemment ne tiendrai pas cette promesse, tant le propos est absurde.

J’entre donc avec l’horrible certitude que, d’ordre du directeur et probablement du ministère de l’Education Nationale, je viens de faire l’objet d’une « interdiction politique ». Pour la première fois de mon existence, en France.

Je n’ai réalisé que plus tard, après la fin de la visite se terminant au labyrinthe du Jardin des Plantes, à quel point cet incident était extra-ordinaire et révélateur d’un glissement angoissant de notre société. Rétrospectivement, j’ai eu peur, très peur…

9782916628202FS.gif A découvrir, le Blog Environnement, nature et société : que disent et font les politiques…

Pour examiner ce que disent ou oublient de dire les élus en matière de protection de la nature, d’écologie et de société. Avec rappel des promesses (oubliées) par les uns et les autres. Toujours sur la nature, l’écologie et notre vie quotidienne, quelques informations, nationales et internationales et que les médias « oublient » de diffuser parce qu’elles ne se prêtent pas aux « petites phrases » ou à la démagogie. Avec en prime des commentaires qui ne sont jamais « politiquement corrects ».

Claude-Marie Vadrot :

Journaliste depuis 30 ans, à la fois spécialiste des pays en proie à des conflits et des questions d’écologie, de protection de la nature et de société; derniers livres publiés : Guerres et environnement (Delachaux et Niestlé), L’horreur écologique (Delachaux et Niestlé), « La Grande Surveillance » (Le Seuil), une enquête sur tous les fichages (vidéo, internet, cartes bancaires,cartes médicales, telephone, etc). Et enfin « Enquête sur la biodiversité » (ed Scrinéo, coll Carnets de l’info). Aprés 20 ans au Journal du Dimanche, collabore désormais à l’hebdomadaire Politis et à Médiapart.

A l’heure où je fais lire « Matin brun » à mon fils de 13 ans qui me pose des tas de questions sur comment on a pu, dans l’histoire, assister à tant d’horreurs, je trouve cet évènement aussi inquiétant.

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7 Replies to “Histoire vécue d’une interdiction de penser…”

  1. Anna Galore

    Scandaleux !!! Et parfaitement inquiétant, en effet. On se croirait presque dans 1984 d’Orwell. Depuis quand est-il interdit d’avoir une opinion en France ? Et depuis quand l’accès à un lieu public peut-il être interdit à une personne isolée qui ne vient là que pour faire son boulot : donner un cours. Et quand bien même ce serait pour parler AUSSI de politique, j’ignorais que ce fût illégal en France.

    Ca fait peur.

    A nous, acteurs de la blogosphère, de faire diffuser le plus largement possible cette information.

  2. ramses

    Très inquiétant, en effet…

    Il s’agit d’une interdiction tout à fait contraire à nos principes de liberté… Où va t’on ??

    Aujourd’hui, Zola, après avoir publié son « J’accuse » serait probablement en garde à vue…

    Orwell, 1984… Ce n’est plus de la science-fiction !

  3. Foucaud

    Bonjour. merci de m’envoyer votre courrier. Je ne sais pas ce qu’est un URL. Jean-Gabriel Foucaud

  4. Anna Galore

    Bonjour, Jean-Gabriel,

    L’URL, c’est l’adresse de votre site web si vous en avez un mais ce n’est en rien obligatoire.

    De quel courrier parlez-vous ?

  5. anti

    Bonjour Jean-Gabriel ! Contente de vous lire ici ! Dans le doute, je vous ai envoyé le texte de cet article ainsi qu’un lien vers « Tisserand du Soleil ». Si jamais il s’agissait d’autre chose, n’hésitez pas à nous demander !

    Amitiés,

    anti

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