Corrida la honte : la couverture

Suite à l’assignation des Editions du Puits de Roulle devant le tribunal des référés concernant la couverture du livre de Roger Lahana « Corrida la honte – Les dessous de la tauromachie », peut-être vous posez-vous la question de savoir comment on crée une couverture de livre ?

Explications.

Pour créer une couverture de livre, il faut respecter les règles de base :

     – Une couverture doit être sobre et facilement identifiable ;

     – La police de caractère doit correspondre à l’ensemble graphiquement et en terme de couleur ;

     – Une couverture ne doit pas être surchargée avec de multiples photos ;

     – Les photos doivent être dans la thématique de l’ouvrage ;

     – Il faut aussi prendre en compte le fait qu’il y aura la manchette rouge en bas de l’ouvrage.

LE CHOIX DE LA COUVERTURE DU LIVRE :

« Corrida la honte – Les dessous de la tauromachie »

1 – Le cahier des charges

Le thème : la Corrida

Le sujet : Enquête sur les dessous peu glorieux de la corrida ; une pseudo bonne réputation entachée de scandales divers et récurrents.

Il était question de réussir à trouver un symbole de la corrida qui :

– ne pouvait pas être un taureau blessé (nous ne sommes pas dans le sujet de la corrida en tant qu’acte de cruauté envers les animaux défini par l’article 521-1 du Code Pénal) ;

– ne pouvait pas être une photo de torero esthétique (le sujet n’est pas de faire la promotion de la corrida comme on le voit dans les magazines spécialisés) ;

– devait être sombre : ce qui se passe se passe bien souvent dans l’ombre, n’est pas connu du grand public. C’est l’univers du mensonge, du pouvoir, de la mort et de la cruauté. Le Mal : code couleur standard : noir.

– et surtout devait symboliser la corrida… pas simple.

– être en accord avec le titre « Corrida la honte – Les dessous de la tauromachie ».

Nous sommes basés à Nîmes, ville qui selon l’Expansion n°794 de mai 2014 (et selon bien d’autres sources) est « l’un des principaux fiefs français de la tauromachie française ». J’ai donc commencé mes recherches sur Nîmes.

mag nimeno copet

« Mag méditerranée tourisme 2014 : Bienvenue en Languedoc Roussillon » – Présentation des arènes de Nîmes : place avec la statue

Il s’avère que je prends beaucoup de photos. De tout. J’ai une énorme photothèque personnelle. Dans mes dossiers, l’un s’intitule : « Nîmes insolite ». Dedans, il y a de tout : des scènes, des graffitis, des animaux, des arbres, de l’architecture, et des photos des arènes de jour, de nuit et là, une photo des arènes avec l’acte de vandalisme sur la statue de Nimeno II du 24.09.2012.

J’avais trouvé la bonne photo pour illustrer ma couverture. En effet, les arènes, la place avec la statue, tout cela symbolise la corrida à merveille, ce ne sont pas les aficionados qui me contrediront sur ce point. L’acte de vandalisme (peinture rouge renversée sur la statue) était parfait pour illustrer plusieurs points : la réputation de la corrida pas si clean que ça ; le drapé de la muleta, comme un voile qui cache quelque chose ; le ras-le-bol des gens qui, face aux massacres réels d’animaux vivants, n’ont pour soupape que de la peinture à l’eau à verser dans un endroit symbolique de la corrida…

La photo est bien une photo d’un fait journalistique à la base, on y voit même le nettoyeur et son véhicule :

clh SL censure

La photo montrée ici a été occultée en raison du verdict du 15/9/14 interdisant le visuel original.

La photo est ensuite recadrée, nettoyée (j’ai effacé les personnes qui figuraient sur le cliché pour des raisons de droit à l’image et esthétiques) et nettement assombrie : c’est l’ensemble qui doit symboliser la corrida comme un univers sombre et souillé.

Le titre est alors intégré à la couverture « Corrida la Honte » en rouge, couleur sang (on saigne des bovins lors des corridas quand même), reprenant le logo que l’on voit sur certains t-shirts anti-corrida (avec autorisation sollicitée et obtenue). Il est très gros et cache ce qu’il reste à voir de la statue, car encore une fois, ce n’est pas cette dernière (ni la personne qu’elle représente) qui est le sujet de la couverture (ni celui du livre), mais bel et bien la corrida. Enfin, une manchette apposée sur le livre cache encore plus ce qui ne nous intéresse pas, à savoir la statue en tant que telle.

Compte tenu du procès qui est en cours, voici quelques réponses aux questions que l’on m’a déjà posées.

2 – Comment et pourquoi a été prise cette photo ?

Cette photo a été prise le 24 /09 /2012 à 11 h 26. J’avais lu sur Facebook que des anti-corrida avaient aspergé la statue de Nimeno II et que les aficionados criaient à la profanation. J’ai décidé d’aller voir par moi-même en allant chercher mes enfants à l’école. Voilà pour la photo, une parmi les milliers que j’ai prises dans ma vie.

Ensuite, avais-je l’intention de l’utiliser un jour pour un livre en la prenant ? Non.

Ai-je pensé « profaner » la mémoire de quelqu’un ? Non. Puisqu’il ne s’agit pas de la statue sur la couverture mais de l’ensemble de la place des arènes et de l’acte de vandalisme. Par ailleurs, je signale qu’à mes yeux un torero est avant tout un enfant devenu grand, un enfant à qui on a n’a pas appris les règles de la vie en société, un enfant qu’on a non seulement laissé dans l’idée de toute puissance, mais que des adultes ont encouragé en ce sens, que des adultes n’ont pas hésité à mettre en danger en le faisant entrer dans une école taurine tout jeune.

Crédit Photo

On ne naît pas civilisé, on le devient

Tout enfant petit est en effet habité par le pulsionnel. Il a envie d’une chose, il la prend. Il a envie de frapper, il frappe. Et il ne peut, seul, résister à ses impulsions, car le besoin de les satisfaire est chez lui irrépressible. Cette dépendance au pulsionnel est d’autant plus déterminante que l’enfant est également dominé par ce que Freud nomme le « principe de plaisir » (son seul but est d’obtenir, le plus vite possible, le plus de plaisir possible). Et qu’il est empreint d’un sentiment aigu de sa toute-puissance : il se considère comme le centre et le maître du monde. Il n’a donc, sans l’aide des adultes, aucune possibilité d’évoluer. Comment peuvent-ils l’aider ? En l’éduquant. Travail pour eux des plus ardus, car, loin de se limiter à de ponctuelles leçons de morale, il suppose une vigilance de tous les instants. (Source)

Crédit photo

Avais-je prévu cette attaque pour faire un coup de pub ? Non. Je n’ai jamais pensé, à un seul moment, que cette photo poserait problème. Toutes les autres photos utilisées dans le livre l’ont été avec l’accord de le leurs auteurs, ce qui ne fut pas une mince affaire que de tous les retrouver. Dans le cas de la couverture, cette photo est de moi et représente un fait journalistique (voir Midi Libre). Je ne pensais pas qu’elle poserait problème donc, d’autant plus qu’il est possible d’obtenir des droits de reproduction très facilement sur le net. Suite à l’assignation, j’ai demandé à mon agence de me fournir un devis pour l’utilisation d’une autre photo des arènes avec forcément Nimeno dessus (c’est la meilleure vue) pour une couverture de livre : aucun souci. Demain, si je le souhaite, je peux acheter un nouveau cliché de cette place, avec la statue, pour la couverture de ce livre. Alors ? Que dois-je comprendre ? Est-ce le droit de reproduction qui est vraiment en cause dans cette affaire ou me fait-on un procès uniquement parce que ce livre est un outil de première main pour le respect de la loi contre les actes de cruautés et sévices graves envers les animaux sans exception, pour l’abolition de la corrida ? Comme le titre le Midi Libre d’hier : « Statue de Nimeño à Nîmes : l’artiste s’oppose aux anticorrida » il semble bien que la question n’est pas celle du droit de reproduction.

CLH FBB complet

« L’Info-Journal »de la Fondation Brigitte Bardot – 2e trimestre 2014 –

« « Corrida la honte – Les dessous de la tauromachie » un outil à faire connaître pour mobiliser nos concitoyens contre cette pseudo- tradition qui n’a plus rien à faire dans notre pays ».

J’ai dit.

Anti

11 Replies to “Corrida la honte : la couverture”

  1. Alystelle

    BON COURAGE ! Si justice il y a, la couverture sera autorisée, c’est si évident ! Mais avec des  »si »..

  2. jimenez

    Bonjour, j’aime beaucoup votre couverture que je trouve très sort et neutre. Les aficionados se servent de tout pour se défendrent !!!Mais le pire de l’histoire c’est qu’ils se sentent investies d’une mission de mémoire de mort! L aurach, était chasse pour sa viande et le reconvertir dans une arène pour divertissement . C’est un scandale préhistorique!!!!!

  3. kacho

    Anti…. Anti !
    Vous avez un souci : un artiste talentueux, malsain et procédurier, mais qui a des droits
    Il a un problème : un pays de droit ou la liberté d’expression existe (cf constitution).
    Moi, lecteur de votre article, je m’interroge toujours sur les faits objectifs qui pousse la magistrature à instruire des dossiers à la c…
    qui coûte du pognon, du temps et de l’énergie bien mal utilisé me semble -t’il. D’aucun me diront que je manque d’expertise, que mon discours est bien simpliste…
    Que cette épreuve, vous sorte grandit et plus prudente à l’avenir quand au choix de vos première de couv ; Que cet artiste,voit sa demande déboutée… Je lève déjà un verre à votre victoire !!!
    Merci pour cet article clair et limpide.
    bien à vous.

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